PUISSANCE DE LA MODE
Les Anglaises se battent et battent les ministres pour obtenir le suffrage politique. Cependant les Françaises n'ont présentement qu'un souci : la mode. Quel chapeau portera-t-on le mois prochain, quelle robe ? Telles sont pour elles les grandes questions. Il n'y a pas bien longtemps la mode n'était que bisannuelle ; elle tend à devenir mensuelle. Demain, elle sera hebdomadaire. Cela suppose une telle extension de la richesse et une telle expansion de la richesse en frivolité, que c'en est un peu effrayant. Et quel mépris de soi-même ! Soi avec son corps, son aspect naturel, son port, sa démarche, cela n'existe plus. Une femme n'est pas. Elle devient et dans la mesure où elle se vêt comme la mode exige qu'elle se vête. Il semble qu'elles aient conscience, et sans doute excessivement, du néant qu'elles sont et qu'elles passent dans la vie en proférant pour tout langage : « Si je n'étais pas habillée à la mode, je ne serais rien. Ne me regardez pas, regardez ma robe, regardez mon chapeau. Je ne suis quelque chose que grâce à ma parure. » Et