SAVANTS ET SPIRITES
J'ai eu le malheur d'écrire : « Une loi de constance intellectuelle. » Je m'aperçois, en effet, que notre époque lui a donné un démenti singulier, et pas dans le sens qu'on pourrait croire, qu'on est très disposé à croire. Je n'ai pas besoin de dire que si l'on admet que le niveau intellectuel a varié de nos jours, et même d'une façon inquiétante, l'opinion admet aussi que c'est du côté de la montée. L'idée ne viendrait à personne que le thermomètre intellectuel, qui se tenait à une hauteur modérée, a brusquement fléchi, descendant vers le zéro. Il n'y a plus •d'imbéciles, il n'y a pas moins de gens intelligents, mais chez quelques-uns de ceux-là l'intelligence a éprouvé une tare. L'origine de cette tare est déjà lointaine. Elle se manifesta, je crois, vers l'an 1840, à l'heure où les tables se mirent à tourner, danser et parler. Depuis, le champ des manifestations spirites s'est fort étendu. Ayant beaucoup parlé, les morts eurent l'ambition de se faire voir. Ayant matérialisé leur verbe aboli, ils désirèrent matérialiser leur appa-