LE PAPILLON BLEU
Si j'étais encore un peu plus déraisonnable que je ne suis, j'aurais une collection de papillons. Mais, je réfrène mes instincts. Je me contente de regarder ces fleurs animées à la vitrine des naturalistes. Je fus, cependant, bien tenté hier par un papillon bleu de Colombie, un papillon aux ailes d'un bleu divers, mat ou brillant, selon l'angle sous lequel on le regardait. Et on avait beau s'y prendre de toutes les manières, il y avait toujours une aile d'un bleu mat et une aile d'un bleu vif. Quelle jolie bestiole ! Son prix : 35 francs. Cela n'est pas cher pour un beau papillon. Mais comme il y en a vingt-trois mille espèces dont la moitié au moins de très rares, cela donne tout de même à réfléchir. Voilà une passion dont on pourrait espérer ne jamais voir la fin, ce qui est l'idéal de toute passion. Sainte-Beuve disait avec mélancolie des passions de l'amour : « Ces passions qui ne vous accompagnent pas jusqu'au bout. » Et il félicitait naïvement un jeune homme d'avoir pris l'habitude de fumer. S'imaginait-il vraiment que le tabac est une passion