LA BAGUE DE FER
Un jour, sur les quais, je m'attardai à feuilleter les poésies de Charles Coran, dont je ne sais rien sinon, je crois, qu'il rêvait sous le second empire. Je ne les trouvais pas très bonnes, mais je cherchais le vers qu'il faut que tout poète ait fait, le vers qui le justifie près des hommes qui le raillent. Je médite une anthologie de ces vers uniques, après lesquels le poète n'a qu'à mourir. Il y en a beaucoup au xvii® siècle, en ce siècle aux mille poètes , ce siècle inégalé même en romantisme. Presque toujours ce vers est unique, en vérité ; quelquefois il se multiplie jusqu'au distique, plus rarement jusqu'au quatrain, jamais jusqu'au sonnet. Les siècles suivants en donneraient aussi, même le xviii® qui fournirait d'ailleurs le plus célèbre et plus que jamais vrai. J'en trouvai un dans Charles Coran. Le voici :
Je n'ai pour bague au doigt qu^une couleuvre (for.
L'image est belle et d'une orchestration délicate. Je me le redis souvent et il m'est souvent venu aux lèvres ces temps derniers que je me suis