ÉMEUTES ALIMENTAIRES
voulu être les seuls non seulement à ne pas perdre mais à réaliser des gains, supérieurs peut-être aux gains normaux. Leur égoïsme a reçu une rude leçon et vraiment je ne les plains pas beaucoup, je plains davantage les ménagères qui n'ont pas dû voir sans un serrement de cœur (et de ventie), l'écrasement des choux, la capilotade des navets et des carottes, le piétinement du beurre (ce devait être bien sale), enfin, le massacre général de toutes ces feuilles, ces racines, ces fruits délicats, qu'on a presque autant de plaisir à regarder qu'à manger. Pour que les femmes détruisent ce qui manque sur leur table, il faut que leur exaspération ait été grande. Mais n'eut-il pas été plus sage de rester chez soi jusqu'à la fermeture du marché ? J'ai toujours vu qu'à ce moment-là les marchands les plus braillards deviennent fort traitables. Puis, il ne faudrait pas non plus que les émeutières s'imaginassent que leur geste va faire reculer le soleil. Et tant qu'il sera là, jovial et ironique, les jardins ni les champs ne seront pas très féconds. Les émeutes ne sont pas un rite pour faire pleuvoir.