UN MÉTIER DIFFICILE
J'ai toujours eu, je l'avoue, une grande admiration pour l'état de pickpocket. Ces hommes et ces femmes qui se faufilent, l'air indifférent, au milieu des foules et qui en ressortent les poches pleines d'un tas de choses, n'ont pas manqué de frapper mon imagination, éprise de merveilleux. Ces êtres m'ont toujours paru doués de quelques dons surnaturels, et, au moment même que je serrais le bras sur ma montre ou mon porte-monnaie, je souhaitais obscurément de leur servir de sujet d'expérience, afin de peut-être surprendre quelques-uns de leurs mouvements à la subtilité sans égale. J'ai donc été peiné en apprenant qu'un des meilleurs pickpockets de Londres, interviewé par un de nos confrères anglais, avait avoué que la moyenne de ses gains au cours d'une année ne dépassait pas dix francs. Quels accents douloureusement ironiques n'a-t-il pas eus en se plaignant du froid ! « Que voulez-vous que l'on fasse avec des doigts tout engourdis ? On risque de se faire prendre, voilà tout. Cet hiver, j'ai à peine gagné de quoi payer mon loyer. Ah ! si nous n'avions