‹ Le Vathek de BeckfordChapitre 15 sur 15 · I IV · texte numérisé non relu

I IV

tels aflaillans. En parlant ainfi, Carathis courut à fon fils, qui banquetoit tranquillement avec Nouronihar dans fon beau pavillon incarnat. Goulu, que tu es, lui dit-elle; fans ma vigilance, tu ne ferois bientôt que le Commandeur des tourtes; tes Croyans ont renié la foi qu'ils t'avoient jurée; Motavekel, ton frère, règne dans ce moment fur la colline des chevaux pies; 6c fi je n'avois pas quelques petites reiïburces dans notre tour , il ne lâcheroit prife de fi-tôt. Mais afin de ne pas perdre du tems, je ne te dirai que quatre mots; plie tes tentes, pars ce foir même, & ne t'arrête nuUe part à baliverner. Quoique tu aies manqué aux conditions du parchemin, il me rafle encore quelques efpérances; car, il faut avouer que tu as fort joliment violé les loix de l'hofpitalité, en féduifant la fille de l'Emir, après avoir mangé de fon fel & de fon pain. Ces fortes de manières ne peuvent que plaire au Giaour; & fi tu fais en route encore quelque petit crime, tout ira bien, & tu entreras en triomphe dans le palais de Suleïman. Adieu ! Alboufaki & mes négrelTes m'attendent à la porte.

Le Calife n'eut pas le mot à répondre à tout cela; il fouhaita un bon voyage à fa mère, Ôc finit fon fouper. A minuit, il décampa au bruit des

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fanfares & des trompettes ; mais on avoit beau tymbalaler, on ne pouvoit s'empêcher d'entendre les cris de l'Emir & de (es barbons , qui à force de pleurer, étoient devenus aveugles, & n'avoient pas un poil de refle. Nouronihar, à qui cette mufique faifoit de la peine, fut fort aife quand elle ne fut plus à portée de Touir. Elle étoit avec le Calife dans la litière impériale, & ils s'amufoient à le repréfenter toutes les magnificences dont ils dévoient être bientôt entourés. Les autres femmes fe tenoient bien triHement dans leurs cages, & DUara prenoit patience, en pcnlant qu'elle alloit célébrer les rites du feu fur les auguftes terraflcs d'irtakhar.

En quatre jours , on fe trouva dans la riante vallée de Rocnabad. Le printems y étoit dans toute fa vigueur ; ôc les branches grotefques des amandiers en fleurs, fe découpoient lur l'azur d'un ciel étincclant. La terre jonchée d'hyacinthes & de jonquilles, exhaloit une douce odeur; des milliers d'abeilles, & prefque autant de fantons, y faifoient leur demeure. On voyoit alternativement rangés fur les bords du ruifleau, des ruches 6c des oratoires, dont la propreté & la blancheur étoient relevées par le verd brun des hauts cyprès. Ces pieux folitaires s'amufoient à

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cultiver de petits jardins, remplis de fruits, & fur-tout de melons mufqués , les meilleurs de la Perfe. Quelquefois on les voyoit épars dans la prairie, s'amufant à nourrir des paons plus blancs que la neige, & des tourterelles azurées. Us étoient ainfi occupés, quand les avant-coureurs du cortège impérial crièrent à haute voix : habitans de Rocnabad, proflernez-vous fur les bords de vos fources limpides, & rendez grâces au ciel qui vous montre un rayon de fa gloire; car voici le Commandeur des Croyans qui approche.

Les pauvres fantons, remplis d'un faint emprelTement, fe hâtèrent d'allumer des cierges dans tous les oratoires, déployèrent leurs alcorans fur des lutrins d'ébène, & allèrent au devant du Calife, avec de petits paniers remplis de figues, de miel & de melons. Pendant qu'ils s'avançoient en proceflion & à pas comptés, les chevaux, les chameaux ôc les gardes , faifoient un horrible dégât parmi les tulipes, & les autres fleurs de la vallée. Les fantons ne pouvoient s'empêcher de jetter un œil de pitié fur ces ravages, pendant que de l'autre , ils regardoient le Calife & le Ciel. Nouronihar, enchantée de ces beaux lieux qui lui rappelloient les aimables folitudes de fon enfance, pria Vathek de s'arrêter; mais ce prin-

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ce, penfant que tous ces petits oratoires pourroient paiTer dans Teiprit du Giaour pour une habitation, ordonna à les pionniers de les abattre. Les fantons reftèrent pétrifiés pendant qu'on exécutoit cet ordre barbare ; ils pleuroient à chaudes larmes, & Vathek les fit chalTer à coups de pieds par des eunuques. Alors, il delcendit de la litière avec Nouronihar, & ils le promenèrent dans la prairie, tout en cueillant des fleurs & en le dilant des gaillardiles ; mais les abeilles, qui étoient bonnes mululmanes, le crurent obligées de venger la querelle de leurs chers maîtres, les lantons, 6c s'acharnèrent tellement à les piquer, qu'ils furent trop heureux que leurs tentes fe trouvaflent prêtes à les recevoir.

Bababalouk, auquel l'embonpoint des paons & des tourterelles n'avoit pas échappé, en fit mettre tout de fuite quelques douzaines à la broche, & autant en fricalTées. On mangeoit, on rioit, on trinquoit, on blafphémoit à plaifir, quand tous les Moullahs, tous les Scheiks, tous les Cadis, & tous les Imans de Schiraz , qui n'avoient pas apparemment rencontré les lançons, arrivèrent avec des ânes parés de guirlandes, de rubans & de fonnettes d'argent, & chargés de tout ce qu'il y avoit de meilleur dans le pays, ils

préfentèrent leurs offrandes au Calife, en le fuppliant d'honorer leur ville 5c leurs mofquées de i"a préfence. Oh ! pour cela, dit Vathek, je m'en garderai bien ; j'accepte vos préfens , & vous prie de me lailTer tranquille, car je n'aime pas à réfifter à la tentation: mais comme il n'efl: pas décent que des gens auffi refpedables que vous s'en retournent à pied, <Sc que vous avez la mine d'être d'aiïez mauvais cavaliers , mes eunuques auront la précaution de vous lier fur vos ânes, & prendront fur-tout bien garde que vous ne me tourniez pas le dos; car ils lavent l'étiquette. Il y avoit parmi eux de vigoureux fcheiks, qui, croyant que Vathek étoit fou , en difoient tout haut leur opinion : Bababalouk prit foin de 'les faire garrotter à doubles cordesj & piquant tous les ânes avec des épines , ils partirent au grand galop, tout en ruant & s'entrechoquant de la manière la plus plaifante du monde. Nouronihar & fon CaUfe, jouiffbient à l'envi l'un de l'autre, de cet indigne fpeélacle; ils faifoient de grands éclats de rire, lorfque les vieillards tomboient avec leur monture dans le raiiTeau , & que les uns devenoient boiteux, d'autres manchots, d'autres brèche-dents, ou pis encore. On paffa deux jours fort délicieufement à

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Rocnabad, lans y être troublé par de nouvelles ambalTades. Le troifïème, on le remit en marche; on laiiïa Schiraz à la droite , & on gagna une grande plaine d'où l'on découvroit, à Texrrémité de l'horifon, les noirs fommets des montagnes d'irtakhar.

A cette vue, le Calife & Nouronihar ne pouvant contenir les tranlports de leur ame, fautèrent de la litière en bas, 6c firent des exclamations qui étonnèrent tous ceux qui étoient à portée de les entendre. Allons-nous dans des palais rayonnans de lumière , le demandoient-ils l'un l'autre, ou bien dans des jardins plus délicieux que ceux de Sheddad? Les pauvres mortels ! c'eft ainfi qu'ils iè répandoient en conjedures; l'abîme des lecrets du Tout-Puifîant leur étoic caché.

Cependant les bons Génies qui veilloient encore un peu l'ur la conduite de Vathek, lé rendirent dans le (èptième ciel auprès de Mahomet, & lui dirent ; miléricordieux Prophète , tendez vos bras propices à votre Vicaire, ou il tombera Tans reffource dans les pièges, que les Dives nos ennemis lui ont drefles : le Giaour l'attend dans Tabominable palais du feu fouterrein ; s'il y met le pied, il eft perdu fans retour. Mahomet

répondit avec indignation: il n'a que trop mérité d'être laifTé à lui-même ; toutefois, je confens que vous faffiez encore un effort pour le détourner de fon entreprife.

Soudain un bon Génie prit la figure d'un berger, plus renommé pour fa piété , que tous les derviches & les fantons du pays ; il fe plaça fur la pente d'une petite colline auprès d'un troupeau de brebis blanches, & commença à jouer fur un inrtrument inconnu, des airs dont la touchante mélodie pénétroit l'ame , réveilloit les remords, & chalToit toute penfée frivole. A des fons f\ énergiques, le foleil fe couvrit d'un fombre nuage, & les eaux d'un petit lac plus claires que le cryftal, devinrent rouges comme du fang. Tous ceux qui compofoient le pompeux cortège du Calife furent attirés, comme malgré eux, du côté de la colline; tous baifsèrent les yeux, & relièrent confternés ; chacun fe reprochoit le mal qu'il avoit fait : le cœur battoit à Dilara ; & le chef des eunuques, d'un air contrit, demandoit pardon aux femmes de ce qu'il les avoit fouvent tourmentées pour fa propre fatisfacflion.

Vathek & Nouronihar pâliifoient dans leur litière, & fe regardant d'un œil hagard, fe reprochoient à eux-mêmes, l'un, mille crimes des

plus noirs, mille projets d'une ambition impie ; & l'autre, la défolation de fa famille, & la perte de Gulchenrouz. Nouronihar croyoit entendre dans cette fatale mufique, les cris defonpère expirant, & Vathek, les fanglots des cinquante enfans qu'il avoit facrifiés au Giaour. Dans ces angoilTes, ils étoient toujours entraînés vers le berger. Sa phyfionomie avoit quelque chofe de (i impofant, que pour la première fois de fa vie, Vathek perdit contenance, tandis que Nouronihar le cachoit le vilage avec les mains. La mufique ceflfa; & le Génie adreffant la parole au Calife, lui dit: Prince infenfé, à qui la Providence a confié le loin des peuples ! ert-ce ainfi que tu réponds à ta miffion ? Tu as mis le comble à tes crimes; te hâtes-tu à préfent de courir à ton châtiment? Tu fais qu'au-delà de ces montagnes, Eblis & fes Dives maudits tiennent leur funefte empire, & léduit par un malin fantôme, tu vas te livrer à eux! C'ell ici le dernier inltant de grâce qui c'eft donné ; abandonne ton atroce deiïein, retourne fur tes pas, rends Nouronihar à ion père qui a encore quelque refte de vie, détruis la tour avec toutes fes abominations, chafie Carathis de tes confeils, fois jufte envers tes fujets, refpecle les Minillres du Prophète,

répare tes impiétés par une vie exemplaire , & au lieu de pafîer tes jours dans les voluptés, va pleurer tes crimes fur les tombeaux de tes pieux ancêtres! Vois-tu ces nuages qui te cachent le foleil? Au moment que cet aftre reparoîtra, fï ton cœur n'eft pas changé, le tems de la miféricorde fera pafTé pour toi.

Vathek, faifi de crainte & chancelant, étoit fur le point de le proflerner devant le berger qu'il fentit bien devoir être d'une nature fupérieure à l'homme; mais fon orgueil l'emporta, & levant audacieufement la tête, il lui lança un de les terribles regards. Oui que tu ibis, lui ditil , cefle de me donner d'inutiles avis. Ou tu veux me tromper, ou tu te trompes toi-même : (i ce que j'ai fait e(t aufli criminel que tu le prétends, il ne fauroit y avoir pour moi un moment de grâce : j'ai nagé dans une mer de fang pour arriver à une puiiTance qui fera trembler tes femblables; ne te flatte donc pas que je recule à la vue du port, ni que je quitte celle qui m'effc plus chère que la vie & que ta miféricorde. Que le foleil reparoifle, qu'il éclaire ma carrière, que m'importe où elle finira! En difant ces mots, qui firent frémir le Génie lui-même, Vathek fe précipita dans les bras de Nouronihar, & commanda

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manda de forcer les chevaux à reprendre la grande route.

On n'eut pas de peine à exécuter cet ordre; Tattraclion n'exiftoit plus, le foleil avoit repris tout réclat de fa lumière, & le berger avoit difparu en jettant un cri lamentable. La fatale impreffion de la mufique du Génie, étoit cependant reftée dans le cœur de la plupart des gens de Vathek; ils fe regardoient les uns les autres avec effroi. Dès la nuit même prefque tous s'échappèrent, & il ne refla de ce nombreux cortège que le chef des eunuques, quelques efclaves idolâtres, Dilara, & un petit nombre d'autres femmes, qui fuivoient comme elle la religion des Mages.

Le Calife , dévoré par l'ambition de donner des loix aux Intelligences ténébreufes , s'embarraffa peu de cette défertion. Le bouillonnement de fon fang l'empêchant de dormir, il ne campa plus comme à l'ordinaire. Nouronihar, dont l'impatience furpaffoit, s'il le peut, la fïenne, le prelfoit de hâter fa marche, & pour l'étourdir, lui prodiguoit mille tendres careiïes. Elle fe croyoit déjà plus puilTante que Balkis (66), 6c s'imaginoit voir les Génies profternés devant l'eflrade de fon trône. Us s'avancèrent ainfi au

clair de la lune julqu à la vue des deux rochers élancés, qui formoient comme un portail à l'entrée du vallon dont Textrémité étoit terminée par les valles ruines d'Iftakhar. Prefqu'au Ibmmet de la montagne, on découvroit la façade de plufîeurs lépulcres de Rois , dont les ombres de la nuit augmentoient l'horreur. On pafTa par deux bourgades prefque entièrement défertes. Il n'y reftoit plus que deux ou trois foibles vieillards, qui, en voyant les chevaux & les litières, Ce mirent à genoux, en s'écrjant: Ciel! eft-ce encore de ces fantômes qui nous tourmentent depuis fix mois ? Hélas ! nos gens effrayés de ces étranges apparitions & du bruit qu'on entend fous les montagnes, nous ont abandonnés à la merci des efprits malfaifans! Ces plaintes fembloient de mauvais augure au Calife; il fît pafler fes chevaux fur les corps des pauvres vieillards , & arriva enfin au pied de la grande terraffe de marbre noir. Là, il defcendit de fa litière avec Nouronihar. Le cœur palpitant & portant des regards égarés fur tous les objets, ils attendirent avec un treffaillement involontaire, l'arrivée du Giaour; mais rien ne l'annonçoit encore. Un filence funèbre régnoit dans les airs & fur la montagne. La lune réfléchilfoit fur la grande plate-forme l'om-

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bre des hautes colonnes qui s'élevoient de la terrafTe prefque jufqu'aux nues. Ces triftes phares, dont le nombre pouvoir à peine fe compter, n'étoient couverts d'aucun toîtj & leurs chapiteaux, d'une archite(flure inconnue dans les annales de la terre , fervoient de retraite aux oileaux nocturnes, qui, alarmés à l'approche de tant de monde, s'enfuirent en croaiTant.

Le chef des eunuques, tranfi de peur, lupplia Vathek de permettre qu'on allumât du feu, & qu'on prît quelque nourriture. Non , non , répondit le Calife, il n'ell plus tems de pcnfcr à ces fortes de chofes; refle où tu es, & attends mes ordres. En difant ces mots d'un ton ferme, il préfenta la main à Nouronihar, & montant les degrés d'une varte rampe, parvint fur la terraffe qui étoit pavée de carreaux de marbre, & femblable à un lac uni, où nulle herbe ne peut croître. A la droite, étoient les phares rangés devant les ruines d'un palais immenfc, dont les murs étoient couverts de diverfes figures; en face, on voyoit les ftatues gigantefques de quatre animaux qui tenoient du griffon & du léopard , & qui infpiroient l'effroi ; non loin d'eux, on diflinguoit à la clarté de la lune, qui donnoit particulièrement fur cet endroit, des caradères femblablcs à

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ceux qui écoient fur les labres du Giaour^ ils avoient la même vertu de changer à chaque inftant; enfin, ils fe fixèrent en lettres arabes, & le Calife y lut ces mots: Vathek, tu as manqué aux conditions de mon parchemin; tu mériterois d'être renvoyé; mais en faveur de ta compagne & de tout ce que tu as fait pour l'acquérir, Eblis permet qu'on t'ouvre la porte de fon palais, & que le feu fouterrein te compte parmi fes adorateurs.

A peine avoit-il lu ces mots, que la montagne contre laquelle la terraffe étoit adoflee trembla, & que les phares femblèrent s'écrouler fur leurs têtes. Le rocher s'entr'ouvrit, & laiiïa voir dans fon fein un efcalier de marbre poli, qui paroilToit devoir toucher àl'abîme. Surchaquedegréétoient pofés deux grands cierges, femblables à ceux que Nouronihar avoit vus dans fa vifion, & dont la vapeur camphrée s'élevoit en tourbillon fous la voûte.

Ce fpedlacle, au lieu d'effrayer la fille de Fakreddin, lui donna un nouveau courage; elle ne daigna pas feulement prendre congé de la lune & du firmament, & fans héfiter, quitta l'air pur de l'atmofphère, pour fe plonger dans des exhalaifons infernales. La marche de ces deux impies,

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étoit fière & décidée. En defcendant à la vive lumière de ces flambeaux, ils s'admiroient l'un Tautre, & fc trouvoient fi refplendilTans, qu'ils fe croyoient des intelligences célefles, La feule chofe qui leur donnoit de l'inquiétude , c'étoit que les degrés ne finilToient point. Comme ils le hâtoient avec une ardente impatience, leurs pas s'accélérèrent à un point, qu'ils fembloient tomber rapidement dans un précipice, plutôt que marcher; à la fin , ils fijrent arrêtés par un grand portail d'ébène que le Calife n'eut pas de peine à reconnoître; c'étoit là que le Giaour l'artendoit avec uneclefd'or àlamain. Soyez les bien-venus en dépit de Mahomet & de toute fa fequelle, leur dit-il avec fon affreux fourire; je vais vous introduire dans ce palais, où vous avez fi bien acquis une place. En difant ces mots , il toucha de fa clef la ferrure émaillée, & auflî-tôt les deux battans s'ouvrirent avec un bruit plus fort que le tonnerre de la canicule, ôc fe refermèrent avec le même bruit dès le moment qu'ils furent entrés.

Le Calife & Nouronihar fe regardèrent avec étonnement, en fe voyant dans un lieu qui, quoique voûté, étoit fi fpacieux & {\ élevé, qu'ils le prirent d'abord pour une plaine immenfe. Leurs

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yeux s'accoutumant enfin à la grandeur des objets, ils découvrirent des rangs de colonnes & des arcades qui alloient en diminuant, & fe terminoient en un point radieux comme le foleil, lorlqu'il darde fur la mer les derniers rayons. Le pavé, femé de poudre d'or & de fafran, exhaloit une odeur fi l'ubtile , qu'ils en furent comme étourdis. Us avancèrent cependant, & remarquèrent une infinité de caffolettes où brûloient de l'ambre gris & du bois d'aloës. Entre les colonnes, étoient des tables couvertes d'une variété innombrable de mets & de toutes fortes de vins qui pétilloient dans des vafes de cryftal. Une foule de Ginns & autres Efprits follets des deux fexes, danfoient laicivement par bandes au fon d'une mufique, qui rélbnnoit fous leurs pas.

Au milieu de cette falle immenfe, fe promenoit une multitude d'hommes & de femmes, qui tous tenant la main droite fur le cœur, ne faifoient attention à nul objet, & gardoient un profond filence. Us étoient tous pâles comme des cadavres, & leurs yeux enfoncés dans leurs têtes, reffembloient à ces phofphores qu'on aperçoit la nuit dans les cimetières. Les uns étoient plongés dans une profonde rêverie; les autres écumoient de rage, & couroient de tous côtés comme

des tigres hlcfTés d'un trait empoifonné; tous s'évitoient; & quoiqu'au milieu d'une foule, chacun erroit au hafard, comme s'il avoit été leul.

A l'afpecfl de cette funefte compagnie, Vathek & Nouronihar Te fentirent glacés d'effroi. Us demandèrent avec importunité au Giaour, ce que tout cela fignifioit, & pourquoi tous ces Tpeclres ambulans n'otoient jamais leur main droite de deiïus leur cœur? Ne vous embarraffez pas de tant de chofcs à l'heure qu'il elt, leur répondit-il brulquement , vous faurez tout dans peu; hâtons-nous de nous prélénter devant Eblis. Us continuèrent donc à marcher à travers tout ce monde; mais malgré leur première aifurance, ils n'avoient pas le courage de faire attention aux perfpeclivcs des laUes & des galeries, qui s'ouvroient à droite & à gauche: elles étoient toutes éclairées par des torches ardentes, & par des brafiers dont la flamme s'élevoit en pyramide, julqu'au centre de la voûte. Us arrivèrent enfin en un lieu, où de longs rideaux de brocard cramoifi 6c or, tomboient de toutes parts dans une confufion impofante. Là, on n'entendoit plus les chœurs de mudque ni les danles; la lumière qui y pénétroit, fembloit venir de loin.

Vathek & Nouronihar le firent jour à travers

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ces draperies, & entrèrent dans un vafle tabernacle tapifTé de peaux de léopards. Un nombre infini de vieillards à longue barbe, d'Afrites en complette armure, étoient proflernés devant les degrés d'une eftrade, au haut de laquelle, iur un globe de feu, paroifloit aflis le redoutable Eblis. Sa figure étoit celle d'un jeune homme de vingt ans, dont les traits nobles & réguliers, Tembloient avoir été flétris par des vapeurs malignes. Le dé- Tefpoir & l'orgueil étoient peints dans fes grands yeux, ôc fa chevelure ondoyante tenoit encore un peu de celle d'un ange de lumière. Dans fa main délicate, mais noircie par la foudre, il tenoit le fceptre d'airain, qui fait trembler le monftre Ouranbad (67), les Afrites, & toutes les puiflances de l'abîme.

A cette vue, le Calife perdit toute contenance, & fe profterna la face contre terre. Nouronihar, quoiqu'éperdue, ne pouvoit s'empêcher d'admirer la forme d'Eblis, car elle s'étoit attendue à voir quelque géant effroyable. Eblis, d'une voix plus douce qu'on auroit pu la fuppofer, mais qui portoit la noire mélancolie dans l'ame, leur dit : créatures d'argile, je vous reçois dans mon empire; vous êtes du nombre de mes adorateurs; jouilTez de tout ce que ce palais offre à votre vue,

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des tréfors des fukans préadamites, de leurs fabres foudroyans, & des taliiinans qui forceront les Dives à vous ouvrir les fouterreins de la montagne de Caf, qui communiquent à ceux-ci. Là, vous trouverez de quoi contenter votre curiofité infatiable. Il ne tiendra qu'à vous de pénétrer dans la fortereiïc d'Aherman (68)^ & dans les lallcs d'Argenk (69) où ibnt peintes toutes les créatures railbnnables, & les animaux qui ont habité la terre, avant la création de cet être méprilable que vous appeliez le père des hommes.

Vathek & Nouronihar fe fentirent confolés & rafTurés par cette harangue. Us dirent avec vivacité au Giaour: conduilez-nous bien vite au lieu où lont ces talilmans précieux. Venez, répondit ce méchant Dives, avec fa grimace perfide, venez, vous poiïederez tout ce que notre maître vous promet, & bien davantage. Alors, il leur fit enfiler une longue allée, qui communiquoit au tabernacle; il marchoit le premier à grands pas, & les malheureux difciples le fuivoient avec joie. Us arrivèrent à une lalle Ipacieufe, couverte d'un dôme fort élevé, & autour de laquelle on voyoit cinquante portes de bronze, fermées avec des cadenats d'acier. Il régnoit en ce lieu une

obfcurité funèbre, & fur des lits d'un cèdre incorruptible, étoient étendus les corps décharnés des fameux Rois préadamires , jadis Monarques univerfels fur la terre. Ils avoient encore alTez de vie pour connoître leur déplorable état; leurs yeux confervoient un trifle mouvement; ils s'enrre-regardoient langui (Tamment l'un l'autre, & tenoient tous la main droite fur leur cœur. A leurs pieds on voyoit des infcriptions qui retraçoient les évènemens de leur règne, leur puiifance, leur orgueil & leurs crimes. Soliman Raad, Soliman Daki, & Soliman dit Gian Ben Gian, qui, après avoir enchaîné les Dives dans les ténébreufes cavernes de Caf, devinrent fi préfomptueux, qu'ils doutèrent de la puiffance fuprême, tenoient là un rang diftingué; mais non pas comparable à celui du prophète SuleïmanBenDaoud. Ce Roi fi renommé par fa fageffe, étoit fur la plus haute eftrade , & immédiatement fous le dôme. Il paroiiïbit avoir plus de vie que les autres; & quoiqu'il poulsât de tems en tems de profonds foupirs, & tînt la main droite fur le cœur comme fes compagnons, fon vifage étoit plus ferein; & il lembloit être attentif au bruit d'une catarade d'eau noire, qu'on entrevoyoit à travers l'une des portes qui étoit grillée. Nul autre

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bruit n'inrerrompoic le filence de ces lieux lugubres. Une rangée de vales d'airain, entouroit Tertrade. Oce les couvercles de ces dépôts cabaliftiques, dit le Giaour à Vatliek; prends les talifmans qui briléront toutes ces portes de bronze, ôc te rendront le maître des trélors qu'elles renferment ôc des El'prits qui en ont la garde.

Le Calife, que cet appareil (iniftre avoit entièrement déconcerté, s'approcha des vales en chancelant, & penfa expirer de terreur, quand il entendit les gémilTemens de Suleïman, que dans fon trouble il avoit pris pour un cadavre. Alors, une voix fortant de la bouche hvide du prophète, articula ces mots : Pendant ma vie, j'occupai un trône magnifique. A ma droite étoient douze mille fiéges dor, où les patriarches & les prophètes écoutoient ma dodlrine ; à ma gauche, les l'ages & les dodeurs, fur autant de trônes d'argent, aflîfloicnt à mes jugcmens. Tandis que je rendois ainfi julHce à des multitudes innombrables, les oifeaux voltigeant fans cefle fur ma tête, me fervoient de dais contre les ardeurs du loleil. Mon peuple fleurilToit; mes palais s'élevoient jufqu'aux nues: je bâtis un temple au Très-Haut , qui fut la merveille de l'univers : mais je melaiiïai lâchement entraîner par l'amour

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des femmes, & par une curiofité qui ne fe bornoic pas aux chofes lublunaires. J'écoutai les confeils d'Aherman, 6c de la fille de Pharaon; j'adorai le feu & les aftres; & quittant la ville facrée, je commandai aux Génies de conftruire les fuperbes palais d'Iftakhar & la terraffe des phares, dont chacun étoit dédié à une étoile. Là, pendant un tems, je jouis en plein de la Iplendeur du trône & des voluptés; non-feulement les hommes, mais encore les Génies m'étoient foumis. Je commençois à croire , ainfi que l'ont fait ces malheureux Monarques qui m'entourent, que la vengeance célefte étoit affoupie, lorfque la foudre brifa mes édifices & me précipita dans ce lieu. Je n'y fuis cependant pas, comme tous ceux qui l'habitent, entièrement dépourvu d'efpérance. Un ange de lumière m'a fait l'avoir, qu'en confidération de la piété de mes jeunes ans, mes tourmens finiront lorfque cette cataradle, je compte les gouttes, ceflera de couler: mais hélas! quand arrivera ce tems fi defiré.^ Je fouffre, je fouffre, un feu impitoyable dévore mon cœur.

En difant ces mots , Suleïman éleva fes deux mains vers le ciel en figne de fupplication, & le Calife vit que fon fein étoit d'un cryftal tranfpa-

rent, au travers duquel on découvroit l'on cœur brûlant dans les flammes. A cette terrible vue, Nouronihar tomba comme pétrifiée dans les bras de Vathek: ô Giaour! s écria ce malheureux prince, dans quel lieu nous as-tu conduit? LaifTenous en i'ortir; je te tiens quitte de toutes tes promeffes. O Mahomet! n'y a-t-il plus de miléricorde pour nous? Non, il n'y en a plus, répondit le malfaifant Dives ; fâche que c'eft ici le iéjour du délefpoir & de la vengeance; ton cœur fera embrafé comme celui de tous les adorateurs d'Eblis; peu de jours te font donnés avant ce terme fatal, employe-les comme tu voudras ; couche (ur des monceaux d'or, commande aux puifl^ances infernales; parcours tous ces immenfes fouterreins à ton gré, aucune porte ne te lera fermée; quant à moi j'ai rempli ma million, & je te iaiffe à toi-même. En difant ces mots, il difparut.

Le Calife & Nouronihar repèrent dans un accablement mortel; leurs larmes ne pouvoient couler, à peine pouvoient-ils le foutenir; enfin, ils fe prirent triftement par la main, & fortirent en chancelant de cette lalle funelle, fans lavoir où ils alloient. Toutes les portes s'ouvroient à leur approche, les Dives fe profternoient devant

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leurs pas, des magafins de richefles le déployoient à leurs yeux; mais ils n'avoient plus ni curiofité, ni orgueil, ni avarice. Avec la même indifférence, ils entendoient les chœurs des Ginns, & voyoient les fuperbes repas qui écoienc étalés de toutes parts. Us aUoient errant de chambres en chambres, de falles en falles, d'allées en allées, tout autant de lieux fans bornes & fans limites, tous éclairés par une fombre lueur, tous parés avec la même trille magnificence, tous parcourus par des gens qui cherchoientle repos & le foulagement; mais qui le cherchoient en vain, puifqu'ils portoient par-tout un cœur tourmenté dans les flammes. Evités de tous ces malheureux, qui par leurs regards, fembloient le dire les uns aux autres, c'eft toi qui m'as féduit, c'eft toi qui m'as corrompu, ils fe tenoient à l'écart, & attendoient dans une angoifl^e le moment qui dévoie les rendre femblables à ces objets de terreur.

Quoi ! difoit Nouronihar, le tems viendra-t-il que je retirerai ma main de la tienne ? Ah ! difoit Vathek, mes yeux celferont-ils jamais de puifer à longs traits la volupté dans les tiens? Les doux momens que nous avons pafl^és enfemble me feront-ils en horreur ? Non , ce n'eft pas toi qui m'as mené dans ce lieu détefcable , ce lont les

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principes impies par lelquels Cararhis a perverti ma jeunefTe, qui ont caufé ma perte &la tienne: ah ! que du moins elle louffre avec nous ! En difant ces douloureufes paroles, il appella un Afrite qui attiloit un brader , & lui ordonna d'enlever la princeffe Carathis du palais de Samarah, & de la lui amener.

Après avoir donné cet ordre , le Calife & Nouronihar continuèrent de marcher dans la foule filencieufe, ju (qu'au moment où ils entendirent parler au bout d'une galerie. Prélumant que c'ctoient des malheureux qui, comme eux, n'avoient pas encore reçu leur arrêt final, ils fe dirigèrent d'après le Ion des voix, & trouvèrent qu'elles partoient d'une petite chambre quarrée, où fur des fophas étoient aflls quatre jeunes hommes de bonne mine & une belle femme, qui s'entretenoient triflement à la lueur d'une lampe. Ils avoient tous l'air morne & abattu, & deux d'entr'eux s'embralToient avec beaucoup d'attendriffement. En voyant entrer le Calife & la fille de Fakreddin, ils fe levèrent civilement, les faluèrent & leur firent place. Enfuite, celui qui paroilToit le plus diftingué de la compagnie, s'adreiïant au Calife, lui dit : Etranger , qui fans douce êtes dans la même horrible attente que nous, puifque

VOUS ne portez pas encore la main droite fur votre cœur; fi vous venez pafler avec nous les affreux momens qui doivent s'écouler jufqu'à notre commun châtiment, daignez nous raconter les aventures qui vous ont conduit en ce lieu fatal, & nous vous apprendrons les nôtres, qui ne méritent que trop d'être entendues. Se retracer les crimes, quoiqu'il ne foit plus tems de s'en repentir, efl la feule occupation qui convienne à des malheureux comme nous.

Le Calife <5c Nouronihar confentirent à cette propofition, & Vathek prenant la parole, leur fit, non fans gémir, un fincère récit de tout ce qui lui étoit arrivé. Lorfqu'il eut fini fa pénible narration, le jeune homme qui lui avoit parlé, commença la fienne de la manière fuivante.

Hifloire des deux Princes amis , Alafi & Firoux, enfermés dans le palais fouterrein.

Hifloire du Prince Borkiarokh, enfermé dans le palais fouterrein.

Hifloire du Prince Kalilah & de la PrincefTe Zulkaïs, enfermés dans le palais fouterrein.

Le troifième Prince en étoit au milieu de fon récit, quand il fut interrompu par un bruit qui fit trembler ôcs'entr'ouvrir la voûte. Bientôt après, une vapeur fe diffipant peu-à-peu, laiffa voir

Carathis

Conte Arabe. i6i

Carathis fur le dos de TAfrire, qui Te plaignoit horriblement de ion fardeau. Elle lauta à terre, & s'approchant de Ion fils, lui dit; que fais-tu ici dans cette petite chambre.^ En voyant que les Dives t'obéiiïent, j'ai cru que tu étois placé fur le trône des Rois préadamites.

Femme exécrable, répondit le Calife, que maudit ibit le jour où tu m'as mis au monde ! Va, fuis cet Afrite, qu'il te mène dans la falle du prophète Suleïman ; là, tu apprendras à quoi efl defliné ce palais qui t'a paru fi defirable, & combien je dois abhorrer les impies connoiffances que tu m'as données ! La puiiTance où tu es parvenu , t'a-t-elle troublé la tête , répliqua Carathis.'' Je ne demande pas mieux que de rendre mes hommages à Suleïman le prophète. Il faut pourtant que tu fâches que l'Afrite m'ayant dit que ni toi ni moi nous ne retournerions pas à Samarah , je l'ai prié de me laiiïer mettre ordre à mes affaires, & qu'il a eu la poUteiïe d'y confentir. Je n'ai pas manqué de mettre à profit ces inllans ; j'ai mis le feu à notre tour où j'ai brûlé tout vifs les muets, les- négreffes , les torpèdes & les ferpens, qui pourtant m'avoient rendu beaucoup de fervices , & j'en aurois fait autant au grand vifir, s'il ne m'avoit pas abandonnée

pour Motavekel. Quant à Bababalouk, qui avoit eu la fotcife de retourner à Samarah , & tout bonnement d'y trouver des maris pour tes femmeSj je l'aurois mis à la torture, û j'en avois eu le tems; mais comme j'étois preiïee, je l'ai feulement fait pendre, après lui avoir tendu un piège pour l'attirer auprès de moi, auflî bien que les femmes; je les ai faites enterrer toutes vivantes par mes négreiïes, qui ont ainfi employé leurs derniers momens à leur grande fatisfadion. Pour Dilara, qui m'a toujours plu, elle a montré fon efprit en fe mettant ici près au fervice d'un Mage, & je penfe qu'elle fera bientôt des nôtres. Vathek étoit trop conflerné pour exprimer l'indignation que lui caufoit un tel difcours; il ordonna à l'Afrite d'éloigner Carathis de fa préfence, & refla dans une morne rêverie que fes compagnons n'osèrent troubler.

Cependant Carathis pénétra brufquement jufqu'au dôme de Suleïman, & fans faire la moindre attention aux foupirs du Prophète, elle ôta audacieufement les couvercles des vafes, & s'empara des talifmans. Alors, élevant une voix telle qu'on n'en avoit jamais entendu dans ces lieux, elle força les Dives à lui montrer les tréfors les plus cachés, les magafins les plus profonds, que

l'Afrite lui-même n'a voit jamais vus. Elle pafTa par des defcences rapides qui n'étoient connues que d'Eblis & des plus puiiïans de Tes favoris, 6c pénétra au moyen de ces talilmans ju ("qu'aux entrailles de la terre d'où (buffle le fanl'ar, vent glacé de la mort: rien n'efFrayoit Ion cœur indomptable. Elle trouvoit cependant chez tout ce monde qui portoit la main droite fur le cœur, une petite fingularité qui ne lui plaifoit pas.

Comme elle fortoit d'un des abîmes, Eblis fe préfenta à fcs regards. Mais malgré tout l'impol'ant de fa majefté, elle ne perdit pas contenance, (5c lui fit même (on compliment avec beaucoup de prélence d'efprit; ce fuperbe Monarque lui répondit: PrinceiTe, dont les connoifTances & les crimes méritent un fiége élevé dans mon empire, vous faites bien d'employer le loifir qui vous rei^e; car les flammes & les tourmens qui s'empareront bientôt de votre cœur, vous donneront aflTez d'occupation. En difant ces mots, il difparut dans les draperies de (on tabernacle.

Carathis relia un peu interdite; mais réfolue d'aller jufqu'au bout, & de fuivre le confeil d'Eblis, elle raflembla tous les chœurs des Ginns, & tous les Dives pour en recevoir les homma-

Lij

ges. Elle marchoit ainfï en triomphe , à travers une vapeur de parfums, & aux acclamations de tous les Efprits malins dont la plupart étoient de la connoilTance. Elle alloit même détrôner un des Solimans pour prendre la place, quand une voix forçant de fabîme de la mort, cria : tout eft accompli! Aulfi-tôt le front orgueilleux de l'intrépide PrincelTe fe couvrit des rides de l'agonie; elle jetta un cri douloureux, & Ion cœur devint un brafier ardent: elle y porta la main pour ne l'en retirer jamais.

Dans cet état de délire, oubliant fes vues ambitieufes & la loif des Iciences qui doivent être cachées aux mortels, elle renverla les offrandes que les Ginns avoienc pofées à fes pieds ; & maudiffant l'heure de fa naiffance, <5c le fein qui l'avoit portée, elle fe mit à courir pour ne plus s'arrêter, ni goûter un moment de repos.

A peu près dans ce même tems, la même voix avoit annoncé au Calife, à Nouronihar, aux quatre Princes & à la Princeffe, le décret irrévocable. Leurs cœurs venoient de s'embrafer; & ce fut alors qu'ils perdirent le plus précieux des dons du ciel, ïefpérance! Ces malheureux s'étoient féparés en fe jettant des regards furieux.

Conte Arabe. i6y

Vathek ne voyoic plus dans ceux de Nouronihar que rage & que vengeance; elle ne voyoic plus dans les fiens qu'avcrfion & déleipoir. Les deux Princes amis, qui, jufqu'à ce moment, s'écoient tenus tendrement embraffés, s'éloignèrent l'un de l'autre en frémifTant. Kalilah & la lœur le firent mutuellement un geile d'imprécation. Les deux autres Princes témoignèrent par des contorfions effroyables & des cris étouffés , l'horreur qu'ils avoient d'eux-mêmes. Tous le plongèrent dans la foule maudite pour y errer dans une éternité de peines.

Tel fut, & tel doit être le châtiment des paffions effrénées, & des adions atroces; telle fera la punition de la curiofité aveugle, qui veut pénétrer au-delà des bornes que le Créateur a miles aux connoiffances humaines; de l'ambition, qui, voulant acquérir des fciences réfervées à de plus pures Intelligences, n'acquiert qu'un orgueil inlenfé, & ne voit pas que l'état de l'homme efl d'être humble <5c ignorant.

Ainfi le Calife Vathek, qui, pour parvenir à une pompe v-aine, & à une puilTance défendue, s'étoit noirci de mille crimes , fe vit en proie à des remords, 6c à une douleur ians fin & fans

L iij

i66 Vathek, Conte Arabe.

bornes ; ainfi rhumble, le méprifé Gulchenrouz, paiïa des fiècles dans la douce tranquillité, & le bonheur de l'enfance.

O T E première, page 3. {Calife). Chez les Mahométans, ce titre comprend à la fois les caraélères réunis de prophète, de prêtre & de roi ; on l'emploie pour fignifier le vicaire de Dieu fur la terre. Etat de PEmpire Ottoman, par Habef ci, pag. 9. Herbelot, pag. 985.

Note 2, pag. 3. {expirait à Cinflant). L'auteur du Nighiariftan nous a confervé ce qui vient à l'appui de ce récit; & il n'y a aucune hiftoire de Vathek, dans laquelle il ne foit fait mention de fon œil terrible.

Note 3, pag. 4. {Omar Ben Abdalaziz). Calife diftingué de tous les autres par fa tempérance, & fon abnégation de lui-même; au point que l'on croit qu'il a été reçu dans le fein de Mahomet, en récompenfe de fon abftinence exemplaire dans un fiècle de corruption. Herbelot, p. 690.

Note 4, pag. 4. {Samarah). Ville de l'Iraque Babylonien , que Ton fuppofe avoir été placée fur le lieu où Nimrod éleva fa tour. Khondemir raconte dans la vie de Motaffem, que ce prince quitta Bagdad, pour terminer les difputes qui s'élevoient continuellement entre les habitans de cette ville & fes efclaves Turcs; & qu'il choifit une fituation dans la plaine de Catoul, où il bâtit Samarah. On affure qu'il avoit dans les écuries de cette ville cent trente mille chevaux pies , dont chacun tranfporta par fon ordre un fac de terre fur la place qu'il avoit

L iv

i68 NOTES.

choifie: de cet amas énorme, il fe forma une élévation qui dominoit fur toute Tétendue de Samarah, Si. qui fervit de bafe à fon magnifique palais. Herbelot, p. 752, 808, 985. Anecdotes Arabes, p. 413.

Note 5, pag. 4. {de leurs cfwnts). Les grands de l'Orient ont toujours été paflTionnés pour la mufique, quoique défendue par la religion Mahométane : elle fait ordinairement partie chez eux de tous divertiffemens; & l'on entretient des femmes efclaves pour les en amufer ainfi que les femmes de leurs harems. Le Khaniagère Perfan, paroît avoir beaucoup reffemblé à notre vieux Meriétrier Anglois ; c'étoit ordinairement des chants héroïques qu'il accompagnoit de fon luth : il paroît que les muficiens de ce pays ont connu le grand art d'émouvoir les pafTions, & qu'ils adreffbient principalement leur mufique au cœur. Alfarabi, (philofophe qui mourut vers le milieu du dixième fiècle) à fon retour du pèlerinage de la Mecque, s'introduifit, quoiqu'étranger, à la cour de Seifeddoula , Sultan de Syrie; les muficiens de ce prince exécutoient des concerts; il fe mêla parmi eux. Seifeddoula l'admira, & voulut entendre quelque chofe de fa compofition. Il tira de fa poche une pièce qu'il diftribua à tous les concertans; le premier morceau excita un rire violent parmi les courtifans du Sultan & chez lui-même, le fécond fit fondre en larmes, & le troifième affbupit tout le monde jufqu'aux muficiens.

Dijfertation de Richard/on fur les langues des nations Orientales, p. 211.

Note 6, pag. 5. {Mani). Cet artifte, qu'Inatullo de Delhi appelle le renommé au loin, vivoit fous le règne de

Schabur ou Sapor, fils d'Ardfchir Babegan ; il étoit peintre & fculpteur de profefflon, Se il fut fondateur de la feéle des Manichéens, Son charlatanifme, foutenu par une rare capacité dans les arts méchaniques, fit croire aux ignorans que fon pouvoir étoit furnaturel. Après avoir quitté fes zélateurs, fous prétexte de pafîer une année dans le ciel, il publia un livre merveilleux, qui renfermoit des figures d'une étrange efpèce , & qu'il difoit avoir reçues de la Divinité. Herbelot, p. 548. Il paroît, d'après les Mille & une Nuits, qu'Haroun Al Rachid, grand-père de Vathek, avoit orné fon palais, & meublé fon magnifique pavillon , des plus fameux chef-d'œuvres des artiftes Perfans.

Note 7, pag. 6. {fepùème ciel). C'eft dans ce ciel que le paradis de Mahomet eft fuppofé placé, tout près du trône d'Allah. Au rapport de Hagi Khalfah, Ben Jatmaiah, célèbre doéleur de Damas, eut la témérité d'affurer , que, lorfque le Très-Haut érigea fon trône, il y réferva une place vacante pour Mahomet.

Note 8, pag. 7. Génie, Getin, ou Ginn, fignifie en arabe Génie ou Efprit; c'eft-à-dire, un être d'un ordre fupérieur à l'homme & formé d'une matière plus fubtile. Suivant la mythologie Orientale, les Génies gouvernoient le monde long-tems avant la création d'Adam ; les Mahométans les regardoient comme une efpèce intermédiaire entre les Anges & les hommes, & fufceptibles de falut. Mahomet prétendit avoir reçu du ciel une miflion pour les convertir. Conformément à cette idée, nous lifons dans le Koran : « Lorfque le Serviteur de » Dieu fe leva pour l'invoquer, il s'en fallut de peu que les

lyo NOTES.

» Génies ne fe preflaffent en foule fur lui pour lui en- » tendre réciter le Koran ». Herbelot, p. 375. Alcoran , ch. 72.

Note 9, pag. 7. {Aidez-lui a bâtir cette tour). Les Génies que les Perfans appelloient Péries & Di'ves, étoient fameux par leur fcience en architefture. Les pyramides d'Egypte leur ont été attribuées, & on nous parle d'une forterefle étonnante qu'ils avoient conftruite dans les montagnes éloignées de l'Efpagne ; la façade de cette forterefle préfentoit cette infcription:

R Ce n'eft pas une tâche aifée d'ouvrir les portes de » cet afyle, paflant téméraire; les verroux n'en » font pas de fer, c'eft la dent d'un dragon fu- » rieux. Sache qu'aucun mortel ne peut rompre » ce charme, jufqu'à ce que le deftin en ait confié » la clef à fa main intrépide ».

Le Koran dit, que Salomon employa les Génies à la conftruftion de fon magnifique temple. Bally, fur VAtlantide, p. 146. Herbelot, p. 8. Koran, ch. 34.. Note 10, pag. 21. [Giaour). Infidèle.

Note II, pag. 31. (// me faut le fang de cinquante enfans ). Parmi les difciples enthoufiaftes des puiflances des ténèbres, TofFrande la plus agréable à ces divinités, étoit le fang des enfans. Si les parens ne s'empreflbient pas de venir eux-mêmes les offrir, les Magiftrats ne manquoient pas de choifir les jeunes gens les plus beaux & qui promettoient le plus, afin que le démon ne fût pas fruftré de fes droits. Dans une occafion, on facrifia à la fois deux cents enfans de la première noblelTe. Obfer'v. de Bryant, p. 279.

Note 12, pag. 40. (prière annoncée à la pointe du jour). Dans les vingt-quatre heures, il y en avoit cinq marquées pour la prière publique ; la pointe du jour, midi, le milieu entre midi Si. le foleil couchant, le moment où le foleil quitte Thorifon, & une heure & demie après qu'il eft au-deffbus.

Note 13, pag. 41. (cornes de rhinocéros). On peut lire le récit curieux de leurs propriétés & applications extraordinaires dans la Bibliothèque orientale, & dans le Supplément.

Note 14, pag. 47. (fiacons de 'vin, & <vafes de Fagfouri (*) où un forbet excellent repofoit fur la neige). Chardin parle d'un vin, fait de jus de grenade, que Ton appelle roubnar, & qui eft très-vanté dans l'Orient, fur-tout dans la Perfej l'on en exporte une quantité confidérable. Les forbets orientaux , que S. Jérôme nomme forbitiunculo' delicata ^ étoient un compofé de difRrens firops, de limon, de liquorice, de capillaire, mêlés avec de l'eau. A ces firops, HafTelquift en ajoute plufieurs autres, & obferve que la violette à la douce odeur, eft une fleur très-eftimée chez les Orientaux, non-feulement pour fon parfum & fa couleur, mais encore pour fon ufage dans le forbet. Lorfqu'ils veulent régaler délicatement leurs convives, ils font cette liqueur avec une diflTolution de fucre de violettes. La neige eft un ingrédient prefque univerfellement employé dans les rafraîchiffemens des

(*) Les Orientaux donnent le nom de Fagfouri à la porcelaine de la Chine, dont l'ufage eft ancien chez eux. Ils appellent l'Empereur de la Chine, le Fagfour,

climats chauds j aufli nous voyons dans les Mille & une Nuits que Bedreddin Haflan , après avoir rempli une grande coupe de porcelaine de forbet de rous , mit de la neige dedans.

Note 15, pag. 47. {parchemin). Les parchemins myftérieux font fréquens dans les écrits des Orientaux. Il y en a eu un en particulier parmi les Arabes, qui eft en grande vénération,- il fut écrit par Ali & Giafar Sudek, en caraélères myftiques. L'on dit qu'il renferme la deftinée de la religion Mahométane, & les grands évènemens qui doivent arriver avant la fin du monde. Ce parchemin eft de peau de chameau. Catherine de Médici? étoit dans Tufage de porter fur elle une légende, écrite en caraflères cabaliftiques fur la peau d'un enfant mort né. Herbeloi, p. 366. Hiftoire de la Maifon de Valois , par Wraxal.

Note 16, pag. 48. {ÏJîakhar). Cette cité étoit, fous les Rois des trois premières races, l'ancienne Perfépolis, la capitale de la Perfe. L'auteur du Lebtarikh dit , que Kifchtab établit fon féjour dans cette ville; qu'il y érigea plufieurs temples confacrés à l'élément du feu ; & qu'il fit creufer pour lui-même & fes fuccefleurs, des fépulcres dans les rochers de la montagne qui communiquoit à la cité. Les ruines qui reftent encore des colonnes & des figures mutilées par. Alexandre & par le tems, prouvent évidemment que ces anciens potentats avoient choifi cette place pour leur fépulture. Cependant , il ne faut pas confondre ces monumens avec le fuperbe palais érigé par la reine Homaï, dans le milieu d'Iftakhar, & que les Perfans diftinguoient par le nom de Tohilminar,

ou les quarante phares. Quelques-uns attribuent Torigine de cette cité à Giamchid, d'autres la font remonter plus hautj mais fuivant la traduction Perfane, elle tut bâtie par les Péris, ou Fées, dans le tems que le monde étoit gouverné par Gian Ben Gian. Herbelot , p. 327.

Note 17, pag. 48. {Gian Ben Gian). Par ce nom l'on diftinguoit le Monarque, de cette efpèce d'Etres appelles par les Arabes, Gian ou G/>/«, qui fignifie Génie, & par les Tarikh Thabari, Feez ou Fées. Gian Ben Gian étoit fameux par fes expéditions guerrières & par Tes édifices prodigieux j fuivant les écrivains Orientaux, les pyramides d'Egypte étoient au nombre des monumens de fa puiflance. Le bouclier de ce Souverain, non moins fameux que celui d'Achille, fervit fucceflTivement à trois Solimans pour l'exécution de leurs exploits merveilleux. Il échut enfuite à Tahamurath , furnommé Diobend, ou le conquérant des géans. Ce bouclier avoit été conftruit par un art talifmanique, & étoit doué des vertus les plus étonnantes : lui feul fuffifoit pour rompre tous les charmes «X les enchantemens des Efprits ou Géans, formés par l'art magique; d'après cela, nous ne fommes plus embarraffés de l'origine du bouclier d'Atlante. Le règne de Gian Ben Gian fur les Péris a duré, dit-on, deux mille ans; après quoi, Eblis fut envoyé par la Divinité pour les exiler, à caufe de leurs défordres, & les enfermer dans la région la plus éloignée de la terre. Herbelot , p. 396. Bally , fur t Atlantide , p. 147.

Note 18, pag. 48. {les talifmans des Suletman ). Le plus fameux talifman de l'Orient, & qui pouvoit même

furpaffer les armes & la magie des Dives ou Géans, étoit mohur Solimani, \e fceau ou l'anneau de Soliman Jared, le cinquième monarque du monde après Adam ; le poffefleur de ce talifman commandoit, non-feulement aux élémens, mais encore à tous les efprits & à tous les êtres créés. Djfertaiion de Rickardfon , p. 272. Herbelot , p. 820.

Note 19, pag. 48. {Sultans pr'eadamites). Ces Monarques , qui étoient au nombre de foixante-douze , avoient chacun le gouvernement d'une efpèce diftinfle d'êtres raifonnables , antérieurs à l'exiftence d'Adam. Herbelot, p. 820.

Note 20, pag. 48. {a la fant'e de Mahomet). Des preuves innombrables atteftent que la coutume Grecque 7vn.7:mv y.vx ôi<^of/.îViiç^ dominoit parmi les Arabes; mais quand même elle n'exifteroit pas , l'on ne pourroit fùppofer que Carathis n'eût pas connu cette coutume.

Note 21, pag. 48. {Pane de Balaam, le chien des fept Dormans, & les autres animaux admis dans le paradis du faint Prophète). C'eft un dogme de la foi mufulmane, que parmi tous les animaux, plufieurs font reçus dans le paradis, L'hiftoire des fept Dormans eft tirée des légendes chrétiennes; la voici: fous le règne de l'empereur Decius, des jeunes gens de bonne famille , fuirent d'Ephèfe, pour éviter les flammes de la perfécution , dans une caverne fecrette , où ils dormirent plufieurs années. Un chien les avoit fuivis dans ce refuge, & lorfqu'iis tentèrent de le chaflTer, l'animal leur dit: j'aime ceux qui font chers à Dieu; allez donc dormir, & je vous garderai. Les Mahométans confervent pour ce

NOTES. i7f

chien une û grande vénération, que pour injurier le plus qu'il elt podible quelqu'un d'avare, ils difent : il ne donneroit pas un os au chien des fept Dormans. L'on aflure même que leur fuperftition leur a fait écrire le nom de ce chien fur les lettres qu'ils envoyent à l'étranger , comme une efpèce de talifman qui leur affiire un voyage heureux. Cérémonies Religieufes , 'vol. 7 , p. 74. Koran de Salé, chap. XVlll & noies.

Note 22, pag. 49. (peignaient les beaux yeux des Circajfiennes ). C'étoit une coutume ancienne dans l'Orient & qui exifte encore aujourd'hui, de colorer les yeux des femmes, particulièrement de celles dont le teint étoit remarquable pour la blancheur, avec une poudre impalpable appellée formé j qui n'étoit autre chofe que de l'antimoine crud. Ebni el Motezz, dans un paflage traduit par Jones, dit non-feulement que cette couleur eft purpurine , mais lui compare encore celle de la violette.

Viola collegit folia fua, fimilia

CoLLVRio MGRO , quod bibit lacrymas fui difcerTus ; Velut fi elfet fuper valla in quibus fulgent

Primae agris flamulae in sulfhuris extrxmi partibus.

Cette couleur, lorfqu'elle eft appliquée à l'intérieur des paupières, comble les yeux, fur-tout à la lumière des lampes, d'une langueur fi tendre & fi enchantereflTe , qu'on ne fauroit l'exprimer.

Note 23, pag. 50. ( Rocnabad). Le ruifl'eau de ce nom coule près de la cité de Schiraz. Ses eaux font extraordinairement claires & limpides, & fes bords couverts de la .plus belle verdure. Stofez a chanté ce ruiffeau dans

un poème plein de verve que le chevalier W. Jones a parfaitement traduit.

'i Jeune homme, bois à longs traits les liquides rubis, M & change en gaieté la mélancolie de ton cœur, en dépit » des propos des fanatiques renfrognés: dis-leur, que » leur Eden ne pofsède point un auiïl clair ruiffeau que » Rocnabad, & un auffi doux berceau que Morellay « (*).

Note 24, pag. 50. {gowvernez par ravis de ma mère). Autrefois, dans l'Orient, les femmes n'étoient pas exclues du pouvoir fouverain. Dans Thiftoire de Zeyn Alafman & le roi des Génies, la mère de Zeyn entreprit avec le fecours de fes vifirs, de gouverner Balfora, pendant qull étoit abfent pour une expédition guerrière.

Note 25, pag. 51. {pots remplis de fcorpions). C'étoit un goût de famille. Motavekel, frère de Vathek, régaloit fes convives de la même manière, & s'amufoit auffi quelquefois à les guérir avec une thériaque admirable. Herbelot, p. 641.

Note 26 , pag. 52. ( Moullahs ). Titre de ceux qui, chez les Mahométans, étoient élevés dans la fcience des loix: de leur claffe on tiroit les Juges des villes & des provinces.

Note 27, pag. 52. {le facr'e Cahaba). La partie du temple à la Mecque qui eft particulièrement révérée , & à foi feule fandifie le refte, eft un bâtiment de pierre quarré, que Ton appelle le Cahaba j fans doute, à caufe de fa forme quadrangulaire. La longueur de cet édifice, du nord au fud, eft de vingt-quatre coudées, & fa lar-

(*) Morellay étoit un oratoire fur les bords de Rocnabad.

geur,

geur, de Teft à foueft, eft de vingt-trois ; la porte eft fituée vers l'orient, & s'élève environ à quatre coudées au-deflus de la terre, & le pavé eft au niveau du feuil. Le Cahaba a un double toît qui eft foutenu intérieurement par trois colonnes oftangulaires de bois d'aloés; entre chacune de ces colonnes il y a une barre de fer, à laquelle eft fufpendu un rang de lampes d'argent j l'extérieur eft couvert d'un riche damas noir, & orné d'une bande brodée en or. Ce tapis, que l'on change tous les ans, étoit anciennement envoyé par les Califes. Difc. pr'el. de Salé, p. 152.

Note 28, pag. 53. {Bababalouk, hors de lui). L'énormité de la profanation de Vathek ne peut être fentie que par un Mufulman orthodoxe, ou par quelqu'un qui fe rappelle l'ablution & la prière indifpenfablement requifes dans des cas pareils. Difc. pr'cl. de Salé, p. 139. Alcoran, chap. 4. Etat de l'Empire Ottoman, par Habefci, p. 93.

Note 29, pag. 54. {régale ces pieufes gens a<vec mon bon <vin de Sc/tiraz). La prohibition que le Koran fait du vin eft fi rigidement obfervée par les fcrupuleux, fur-tout lorfqu'ils ont fait le pèlerinage de la Mecque, que c'eft un crime à leurs yeux de prefler les grappes pour faire cette liqueur, & même de fe fervir de l'argent provenu de fa vente. Voyage de Perfe, par Chardin, tom. 2, pag. 212. Schiraz étoit fameufe dans l'Orient pour les vins de différentes fortes qu'elle produifoit, mais particulièrement pour fon vin rouge, qui étoit même plus eftimé que le vin blanc de Kirmith.

Note 30, pag. 57. {eunuques de l'arrière-garde). Comme

ijS NOTES.

les eunuques noirs font le cortège inféparable des femmes, c'étoit conféquemment à leur fuite qu'étoit leur pofte. Ainfi, nous lifons dans l'argument du poème d'Innrioltais : un jour que fa tribu avoit levé fes tentes pour changer de demeure, les femmes, comme c'eft Tufage, venoient derrière les autres avec les efclaves & le bagage, dans des voitures fixées fur le dos des chameaux.

Note 31, pag. 57. (quelques cages à dames). Ces cages font exaftement décrites dans plufieurs partages du Moallakat. Nous voyons dans le poème de Lebeid : « Combien tes tendres afFeftions étoient émues, lorfque les jeunes filles de la tribu partirent, lorfqu'elles fe cachèrent dans des voitures de cotton comme des gazelles dans leur afyle, & lorfque les tentes repliées produifoient un bruit éclatant. » Elles étoient renfermées dans des chars dont les côtés étoient foigneufement couverts avec des tapis, avec des rideaux de toile fine, & des voiles peints. Et Zohaî :

« Regarde, mon ami! ne vois-tu pas un cortège de jeunes filles afllifes fur des chameaux, & qui s'avancent fur la hauteur au-delà du Jourdain Jortham?

» Elles laifTent fur leur droite les montagnes & les plaines inégales de Chanaan. O combien j'ai d'ennemis cruels dans Chanaan! mais auflî combien j'y poflede d'alliés fidèles !

» Elles font dans des voitures couvertes de riches tapis & de voiles couleur de rofe, dont l'intérieur peint offre le cramoifi du bois d'andem.

» Elles commencent à entrer dans la vallée de Subaan,

maintenant elles la traverfent; les houfles de leurs chameaux font amples & neuves.

» Vois-tu comme elles montent & s'élèvent du fond de la vallée, & comme elles s'aflTeyent en avant fur les houfles, avec toutes les marques d'une gaieté voluptueufe ! Moallakat, tiaduéiion du chevalier Jones, pag. 35, 46. Voyez auflî Lady M. JV. Montagne, Lettre

Note 32, pag. 62. {dix mille flambeaux). M. Marfden, dans fon hiftoire de Sumatra, dit, que les tigres font les ennemis les plus funeftes & les plus deftrufteurs pour les habitans lorfqu'ils voyagent. Il ajoute que le nombre des perfonnes tuées annuellement par ces tyrans des bois eft prefque incroyable; comme ces animaux féroces font effrayés à la vue du feu, les naturels portent une efpèce de torche d'un feu très-brillant; pour les épouvanter, ils allument des feux autour de leurs villages. Pag. 149.

Note 33, pag. 64. y& qui pis efl, nos <vifages). J"ai été informé, dit le do6îeur Cooke, que les Perfans en général, expoferoient plutôt en public toutes les parties de leur corps, que leur figure. Voyage en Ruffie, tom. 2, p.

Note 34, pag. 6^). {des fours d^argent). Les fours portatifs étoient une partie des meubles des voyageurs Orientaux. S. Jérôme {Compl., 8, 10.) les a décrits en détail. Ceux des Califes étoient de la même efpèce, excepté qu'ils étoient d'argent au lieu de cuivre. Le dofteur Powke dit qu'il a été régalé dans un camp Arabe avec des gâteaux cuits exprès pour lui. Il n'eft pas aile de diftinguer ce que le pain royal avoit de particulier : mais,

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iSo NOTES.

dans un conte Arabe, une femme, pour fatisfaire fon plus grand defir, fouhaitoit devenir la femme du boulanger du Sultan, afin de fe raflafier de ce pain, qui eft apprêté pour le Sultan. Tom. 4, p. 269.

Note 35, pag. 66. (jvafes de neige Êf raijins des bords du Tygré). Il étoit d'ufage dans les climats de l'Orient & fur-tout dans la faifon chaude, de porter en voyage des provifions de neige ; ces cajîiones niques {comme Mamertinus Us appelle) étant mis dans des vafes féparés, fe trouvoient par ce moyen plus à Tabrî de Tair, & Ton n'en ouvroît pas plus que ne l'ordonnoit le befoin du moment; pour empêcher la diflblution, les vaifTeaux qui contenoient cette neige, étoient enveloppés dans des paquets de paille. Gejîa Dei, p. 1098. Le Calife Mohadi, ancêtre de Vathek, dans le pèlerinage de la Mecque qu'il entreprit, moins par dévotion que par oftentation, chargea fur fes chameaux une quantité fi prodigieufe de neige, qu'elle fut fuffifante, non-feulement pour lui & fa fuite au milieu des fables brûlans de l'Arabie, mais encore pour conferver dans leur fraîcheur naturelle les diverfes efpèces de fruits qu'il portoit avec lui, & pour boire à la glace tout le tems qu'ils reftèrent à la Mecque : la plus grande partie des habitans de cette ville n'avoit jamais vu de neige auparavant. Anecdotes Arabes, p.-^z6.

Note 36, pag. 67. {horrible Caf). Cette montagne qui n'eft, dans le fait, que le Caucafe, étoit fuppofée environner la terre, comme un anneau demeure autour du doigt : l'on croyoit que le foleil fe levoit d'une de fes éminences {comme les Poètes Latins le difent de l'Œta) & fe cou-

NOTES. i8i

choit fur réminence oppofée ; c'eft pourquoi, de Cof a Caf, fignifioit d'une extrémité à l'autre. Les hiftoriens fabuleux de l'Orient affurent que cette montagne avoit pour bafe une pierre, nommée fakbrat, dont un grain, fuivant Lokman, donnoit le pouvoir de faire des prodiges; l'on repréfente encore cette pierre comme le pivot de la terre, & comme une vafte émeraude, dont les rayons réfléchis donnoient aux cieux leur couleur d'azur : ils ajoutent que lorfque Dieu veut exciter un tremblement de terre, il commande à cette pierre d'émouvoir une de fes fibres (qui fait en elle l'office des nerfs), & qu'alors la terre communiquant avec elle, tremble, s'agite, & s'écroule quelquefois. Telle eft la philofophie du Horan !

Note 37, pag. 67 {la Simorgue). C'eft de ce chimérique oifeau de l'Orient qu'on dit tant de merveilles. Il avoit non-feulement le don de la raifon, mais encore la connoiflance de toutes les langues; d'où l'on peut conclure que c'étoit un génie fous une forme empruntée. Cette créature rapporte d'elle-même, qu'elle avoit vu douze fois commencer & finir la grande révolution de fept mille ans, & que dans fa durée le monde avoit été fept fois dépeuplé, & fept fois repeuplé d'habitans. Le Simurgh eft représenté comme le grand ami de la race d'Adam, & un auiïi grand ami des Dives. Tahamurath & Aherman apprirent par fes prédiflions tout ce qui devoit leur arriver, & ils obtinrent de lui, qu'il les feconderoit dans toutes leurs entreprifes. Tahamurath, armé du bouclier de Gian Ben Gian, fut porté dans l'air par cet oifeau, au deflTus du noir défert à Caf ; le panache de

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i82 NOTES.

fon cafque étoit de plumes tirées du fein de Simurgh, & le cafque a toujours été depuis porté par les plus fameux guerriers. Le Simurgh étoit invulnérable dans les combats, & les héros qu'il favorifoit, ne manquoient jamais de réufTir. Quoiqu'il eût affez de pouvoir pour exterminer fes ennemis, cependant on fuppofoit qu'il lui étoit interdit de déployer ce pouvoir. Sadi, ce grave auteur^ pour prouver combien la Providence eft univerfelle, dit que le Simurgh, malgré fa mafie immenfe, n'eft pas embarraffé de trouver la nourriture fur la montagne de Caf.

Note 38, pag. 68. {toiles peintes). Ces produ6lions élégantes de l'antiquité la plus reculée, fe trouvent en abondance dans toutes les parties du Levant,-^ elles font non-feulement les <Tivàovxç ETAN0EI2, des toiles richement ornées de fleurs, dont Strabon fait mention ; mais encore Hérodote rapporte que les nations du mont Caucafe ornoient leurs vêtemens avec des figures de différente efpèce,- au moyen de certains végétaux, lefquels broyés & délayés dans l'eau, produifoient une couleur ineffaçable & non moins durable que la toile elle-même. Strabon, L. XV, p. 709. Hérodote, L. 1, p. 96.

Note 39, pag. 68. {Afrites). C'étoit une efpèce de Médufe ou Lamie, le plus terrible & le plus cruel de tous les ordres des Dives.

Note 40, pag. 69. {Abdejle). Parmi les règles indifpenfables de la foi Mufulmane, l'ablution eft une des principales. Cette cérémonie fe divife en trois parties: la première, qui fe fait avant les prières, eft appellée ahdejîe. Elle commence en levant les deux mains, & ré-

pétant ces mots : Loué foit Allah qui a créé l'eau pure, & lui a donné la vertu de purifier; il a auflî élevé notre toi au plus haut degré. Ceci terminé, on prend Teau trois fois dans la main droite, & s'étant lavé la bouche, l'adorateur ajoute : « ô Dieu ! je te fupplie de me laifler goû- I) ter de cette eau, que tu as donnée dans le paradis à » ton prophète Mahomet, plus fuave que le niufc, plus « blanche que le lait, plus douce que le miel, Se dont /' le pouvoir eft de défaltérer pour toujours la foif de » celui qui a le bonheur d'en boire ». Cette prière eft accompagnée d'une afpiration d'eau par le nez, puis le vifage eft plongé par trois fois jufques derrière les oreilles : enfuite on prend de l'eau avec les deux mains, commençant avec la droite & s'en jettant jufqu'au coude : l'ablution de la tête fuit immédiatement, faite auiïi à l'ouverture de l'oreille avec le pouce , & au cou avec tous les doigts ; enfin, les pieds, &, dans cette dernière opération, il fuffît de mouiller la fandale.

A chaque cérémonie, on fait une prière convenable , & le tout fe termine ainfi : « Soutiens-moi, ô Dieu! ne » fouffre pas que mon pied chancelé, & que je tombe du » pont dans l'enfer ». Rien n'eft plus édifiant que l'attention avec laquelle ces cérémonies font accomplies. Si une toux involontaire ou un éternuement les interrompt, tout le fervice eft entièrement recommencé, & autant de fois que cela arrive. Habefci,p. 91, &c.

Note 41, pag. 69. ( Cafila ). Un cafila ou caravane , fuivant Pitts, eft divifé en différentes compagnies, à la tête defquelles un officier ou une perfonne de diftinftion va porté dans une efpèce de litière & fuivi par un cha-

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i84 NOTES.

meau chargé de fes tréfors. Ce chameau a une fonnette attachée à chaque côté, dont le fon peut être entendu à une très-grande diftance ; d'autres ont des fonnettes au cou & aux jambes, pour les encourager, lorfqu'ils font abattus par la chaleur & la fatigue.

Note 42, pag. 69. (Deggial). Ce mot fignifie littéralement un menteur, un impofteur; mais il eft appliqué par les Ecrivains Mahométans à leur Antechrift. Il eft repréfenté avec un œil & un fourcil, & Ton rapporte que, fur fon front, les traces de l'infidélité font empreintes. Suivant la tradition des Fidèles, fa première apparition fera entre Trak. & Siria. Monté fur un âne , foixante-dix mille Juifs d'Ifpahan font attendus pour le fuivre j fa durée fur la terre fera de quarante jours; toutes les villes feront détruites par lui ou par fes émiffaires ; Médine fera feule préfervée. Cette ville échappera au bouleverfement univerfel par la proteftion des Anges, & r Antechrift enfin fera tué par Jefus qui le rencontrera à la porte de Lude. Herbelot, p. 282.

Note 43, pag. 73. {le Bifmillah). Ce mot, qui eft à la tête des chapitres de TAlcoran, excepté du dix-neuvième, fignifie au nom du Dieu tres-mifèricor dieux.

Note 44 , pag. 74. ( Tecthrwvan ). Cette efpèce de trône ambulant, quoique plus commun à préfent que dans le tems de Vathek, eft encore réfervé aux perfonnes du premier rang.

Note 45, pag. 75, ( bains d^eau de rofe ). L'ufage d'eau parfumée pour le bain, a une origine très-reculée dans les pays du Levant, où chaque plante odorifère répand une odeur plus fuave que dans nos climats humides.

NOTES. iSf

La rofe favorable au bain , fuivant Haffelquift , eft d'un beau rouge pâle, double, aufll large que la main ; elle furpafle toutes les autres plantes par Texcellence de fon parfum. La quantité de cette eau diftillée annuellement à Faihum , & diftribuée dans tous les pays éloignés, eft immenfe. Voyez HaJJ'elquiJï, p. 248.

Note 46, pag. 80. (^rqffignol, je fuis ta rofe). La paffion du roflîgnol pour la rofe, eft célébrée dans tout rOrient. C'eft ainfi qu'en parle Meffihi : viens , fille charmante, & prête l'oreille aux chants de ton poète. Tu es la rofe même ; il eft l'oifeau du printems, l'amour commande de chanter , & l'amour veut être obéi ; fois gaie , les fleurs du printems fe fanent de trop bonne heure.

Note 47, pag. 83. {Vifnou & Ixhora). Deux Divinités des Indes Orientales, dont les hiftoires & les aventures contiennent plus de folies qu'il n'eft pofllble d'en trouver dans toute la fable.

Note 48 , pag. 83. ( les objets pitoyables ). Ludeke fait mention de la coutume d'apporter dans les places publiques ceux qui fouffroient de quelque maladie, ou qui avoient perdu l'ufage de leurs membres, afin d'exciter la commifération. C'eft pourquoi, lorfque Fakreddin diftribuoit fes aumônes, & que le Commandant des Croyans paroiiïbit en public, on pouvoit s'attendre à de pareilles aflemblées.

Note 49 , pag. 84. ( des petits plats if abomination ). Le Koran a établi diverfes diftinftions, relativement à différentes fortes de nourritures ; & beaucoup de Mahométans font affez fcrupuleux pour ne pas toucher à la

i86 NOTES.

viande de certains animaux, fur làfquels on a oublié de prononcer, à Tinftant de leur mort, le mot de Bifmillah. C'er'em. Relig., 'vol. VII, p. no.

Note 50, pag. 85. {poijfons tirés d'une rivière). Suivant le Bruyn, la coutume orientale eft de pêcher avec une ligne qu'on tourne autour du doigt ; & quand le pêcheur a la certitude que l'amorce eft prife, il tire fa ligne alternativement avec les deux mains; par ce moyen, ajoutet-on, un bon plat de poiflbns eft bientôt pris.

Suivant ce que rapporte Galand, il paroît que Vathek étoit très-paiïionné pour cet amufement. Herbelot, fupplèm., p. 210.

Note 51, pag. 85. {Mont Sina). Cette montagne eft confidérée par les Mahométans la plus noble de toutes les autres, & toujours regardée avec la plus grande vénération , par refpeft pour la Loi divine qui fut émanée d'elle. Herbelot, p. 812.

Note 52, pag. 85. (Péri/es). Le mot Péri, dans le langage Perfan , fignifie cette belle race de créatures qui tient le milieu entre les Anges & les hommes. Les Arabes lui donnent le nom de Ginn ou Génie; & nous, d'après les Perfans, peut-être, de Fées.

Enfin, les Péries correfpondent à cette clafle d'Etres imaginaires qui entrent dans notre fyftême poétique.

Les Italiens les nomment Fates , par allufion à leur pouvoir de charmer & d'enchanter. C'eftainfi que la Manta Fatidica de Virgile eft rendue dans Orlando , la Fata Manto : le nom de Ginn étant commun aux Péries & aux Dives, plufieurs ont fauffement imaginé que les Péries étoient les femelles des Dives. Ces dénominations

ne fervoient cependant qu'à diftinguer leur nature de celle des Anges & des hommes, fans aucun égard à leurs qualités morales ou perfonnelles : ainfi les Dives font hideux & méchans, tandis que les Péries font beaux & bons. Parmi les Poètes Perfans , la beauté des Péries eft devenue un proverbe fi expreffif, qu'une femme parfaitement belle eft appellée la defcendante d'un Péri.

Note 53 , pag. 89. ( Meignoun & Leilah ). Ces perfonnages font confidérés par les Arabes comme les amans les plus beaux & les plus fidèles. Leurs amours ont été célébrées avec tous les charmes de la poéfie dans chaque langue Orientale.

Note 54, pag. 90. {Shaddukian & Atnbreabad). Deux villes des Péries dans la région imaginaire des Ginniftan. La première fignifie plaifir 8c defir^ l'autre la cite de Vambrt gris. Voyez Richardfon, Dijfeit., p. 169.

Note 55, pag. 94. {cuiller de cocknos). Le cocknos eft un oifeau dont le bec eft eftimé par la beauté de fon poli , & quelquefois il fert de cuiller. Voyez l'hiftoire d'Atalmulck & de Zelica Begum dans les Mille & un Jours.

Note 56, pag. 96. {f ombre Goule). Goul ou Ghul en Arabe, fignifie un objet épouvantable qui ôte l'ufage des fens. De-là dérive le nom de ces efpèces de monftres qui partent pour habiter les forêts, les cimetières & les autres places défertes. On raconte que non-feulement ils déchirent les vivans, mais encore déterrent les morts pour les dévorer. Richardfon, dijfert. , p. 174, 274. Voyez aujfi l'hiftoire d'Aminé dans les Mille & une Nuits.

Note 57, pag. 97. {plumes de héron toutes itincelantes

i88 NOTES.

(Tefcarboudes ). Les panaches de cette forte font partie des attributs de la royauté Orientale. Vol. XI, p. 205.

Note 58, pag. 98. {Vef car boucle de Giamchid). Ce puiffant Potentat étoit le quatrième Souverain de la Dynaftré des Pifchadians, & frère ou neveu de Tahamurath. Son vrai nom étoit Giara ou Gem & Shilo , lequel, dans l'ancien langage Perfan, fignifie le foleil, allufion faite à la majefté de fa perfonne, ou à la fplendeur de fes actions.

Note 59, pag. 98. {Elle frappa des mains). C'étoit un ufage familier dans l'Orient d'appeller ainfi les efclaves. Voyez les Mille & une Nuits, vol. I, p. 5, 106, 193, &c.

Note 60, pag. 107. {Les cris de Leillah-Illeilah). Ces exclamations qui fignifient, il n'y a point d'autre Dieu que Dieu, étoient ordinairement prononcées avec une violente émotion. Les Efpagnols les ont adoptées des Maures, leurs voifins, & Cervantes, dans Don Quichotte, en fait ufage. En efto ilegaron corriendo con grita lililies ( littéralement , profefTion de foi d'Allah ) y algazara eos de las libreas, adonde Don Quixote fufpenfo y atonito eftava. Parte fegunda, tom. IV, cap. LXI, p. 241.

Note 61, pag. 109. {Monkir & Nekir). Deux Anges noirs, dont la fonftion eft d'examiner tous les objets concernant la foi. Quiconque ne leur rend pas un compte fatisfaifant eft certain d'être aflbmmé avec des maflues de fer rouge, & d'être tourmenté au-delà de toute expreffion. Cérém. Relig., "vol. V, p. loi, 'vol. VII, /. 59, 68, 118,

Note 62, pag. 110. {le pont fatal). Ce pont, nommé

en Arabe al firal, eft fuppofé s'étendre fur le gouffre infernal. On le repréfente aufli étroit que le fil d'une toile d'araignée & comme le tranchant d'une lame d'épée.

Note 63, pag. 121. {fvin enca'v'e a'vant la naiffance de Mahomet). La prohibition du vin par Mahomet en a diminué la confommation dans les limites de fes propres domaines : ainfi, l'on pouvoit s'attendre d'en trouver en réferve dans le tems dont il eft ici queftion. L'ufage de conferver du vin n'étoit pas inconnu aux Perfans, quoiqu'il ne fût pas auflî fouvent pratiqué par eux que par les Grecs & les Romains.

Note 64, pag. 134. {Ehlis). Herbelot prétend que ce titre eft une corruption du mot grec diabolos. C'eft une qualification conférée par les Arabes au premier des Anges apoftats. Il eft repréfente comme exilé dans les régions infernales, pour avoir refufé de fuivre le culte d'Adam, & avoir défobéi au commandement de l'Etre fuprême.

Note 65, pag. 135. {aftrolabes). La defcription de l'aftrolabe peut être jugée au premier coup-d'œil incompatible avec l'exaélitude chronologique : il n'y a nulle preuve d'aucune conftruélion de ce genre, jufqu'au tems de Vathek, & même après. On remarque que pareil inftrument ne remonte pas plus haut que Sinefius : l'évêque de Ptolemais en a inventé dans le cinquième fiècle; & Carathis n'étoit pas feulement une Grecque, mais elle cultivoit auiïi les fciences que les bons Mufulmans de fon tems avoient en horreur. Bailly , hiftoire de l'Aftronomie moderne, tom. I, p. 563, 573.

Note 66, pag. 145. ( Balkis ). Nom de la reine de

Saba, venue du Midi pour admirer la fageffe & la gloire de Salomon. Le Koran repréfente cette Reine, comme une adoratrice du feu. Salomon a la réputation de l'avoir non-feulement traitée avec magnificence, mais encore de l'avoir honorée de fon trône & de fon lit. Alcoran, chap. XXV 11, & les notes de Salé. Herbelot, p. 182.

Note 67, pag. 152. {Ouranbad). Ce monftre eft repréfente fous la figure d'un hidre volant, très-féroce , & tient de la même clafle des Rakshes, dont la nourriture ordinaire eft de ferpens & de dragons; du foham, qui a la tête d'un cheval, avec quatre yeux, & le corps d'un dragon couleur de feu; du fyl, bafilic, avec une face humaine fi effroyable, qu'aucun mortel ne pouvoit fupporter fon afpeél, ainfi des autres. Voyez les titres refpeftifs dans le Diftionnaire de Richardfon, Perfe, Arabe & Anglois.

Note 68, pag. 153. ( la forterejfe d'Aherman ). Dans la mythologie Orientale, Aherman eft réputé le démon de la difcorde. Les anciens romans de la Perfe abondent en defcriptions de cette forterefle, dans laquelle les démons fubalternes s'affemblent pour recevoir les loix de leurs princes ; & c'eft de là qu'ils partent pour aller exercer leur malice fur toute la terre. Herbelot, p. 71.

Note 69, p. 153. {les faites d'Argenk). Les falles de ce puiffant Dive qui régnoit dans les montagnes de Caf, contenoient les ftatues de foixante-douze Solimans, & les portraits des différens animaux qui lui étoient attachés. Aucun d'entr'eux ne portoit la plus légère reffemblance avec la figure humaine.

Fin des Notes.

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