‹ Le Vatican (volume 2)Chapitre 100 sur 123 · LA VATICANE ET L'ORIENT ( HRKTIEN · texte numérisé non relu

LA VATICANE ET L'ORIENT ( HRKTIEN

et Jean Ciampini dont la vie est tout entière consacrée à l'antiquité latine, tant païenne que chrétienne.

Mais l'impulsion donnée aux études orientales n'en était pas moins considérable. Il semble que le pape Clément XI (1700-1721 ait eu conscience de la grande œuvre commencée ; en tout cas, il aida de toutes ses forces à sa réalisation. Son pontificat marque une époque dans Ihistoire de la Vaticane. Sans cesser de veiller à l'accroissement normal de l'ancienne Bibliothèque (c'est lui qui acheta aux Pères de Saint-André délia Valle la collection grecque de Pie II , il comprit qu'il fallait achever de donner à la Vaticane un caractère vraiment catholique, et d'y faire à l'Orient (à rOrient chrétien en particulier, où les tendances à l'union se manifestaient très vives) la place qui lui était due. Il est le véritable créateur du fonds oriental de la Vaticane.

Le don d'une collection de soixante-seize manuscrits formée dans la première moitié du dix-septième siècle par Pietro délia Valle au cours de ses voyages à travers la Turquie, la Perse et l'Inde, et qui contenait le fameux Pentateuque samaritain, fut une joie pour lui; et il n'eut garde, pour sa part, de laisser disperser la collection personnelle d'Abraham Ecchellense, non plus que celle de -\aironi. Mais ces mesures conservatrices lui paraissaient insuflisantes, et lorsqu'il apprit que les nionastères du Val de Na- Iron, dans la Basse-Egypte, recelaient une quantité de précieux manuscrits orientaux, il y dépécha un maronite, Élie Assémani, archiprêtre d'.Vntioche, qui lui en rapporta trente-quatre, sauvés à grand'peinc d'un naufrage sur le Nil ( 1707). Ce fut un neveu d'Élie, Joseph Simon Assémani (juc le pape appela à la Va-

ticane pour étudier les nouveaux manuscrits, presque tous syriaques, et le jeune homme donna de si belles espérances qu"on Tadjoignit à son oncle en 1715 pour une nouvelle expédition en Orient. Il parcourut la Syrie, le Liban et l'Egypte, et revint à Rome en 1717 porteur d'un véritable trésor : cette fois, c'étaient les manuscrits coptes qui dominaient, et leur arrivée à Rome fut le signal d'un progrès rapide des études coptes, auxquelles Renaudot venait de faire faire un si grand pas. En même temps, le pape dépêchait un autre oriental, André Scandar, interprèle à la Propagande, pour chercher de nouveaux manuscrits ; Scandar fouilla l'Egypte, la Syrie, la Mésopotamie, jusqu'à Ninive, et, à la suite de ce voyage, le successeur de Clément XI pouvait introduire à la Bibliothèque soixante et un manuscrits, arabes et syriaques pour la plupart, tandis que la Propagande, qui prenait une part active à ce grand mouvement, cédait à la Vaticane trente-quatre manuscrits orientaux.

C'est au grand nom d'Assémani que se rattache l'impulsion donnée par Rome aux études orientales dans la première moitié du dix-huitième siècle. Joseph Simon fut plus que le propagateur, il fut l'initiateur des études syriaques en Europe : les trois volumes de sa Bibliothèque orientale publiés « par ordre» de Clément XI, et les six volumes de son édition de saint Ephrem font véritablement époque. Il personnifie si bien la physionomie de la Vaticane de son temps, qu'il fut chargé d'en préparer le catalogue, non pas seulement le catalogue des manuscrits orientaux, mais le catalogue général. C'est en 1721 que furent commencés les travaux préliminaires, et en 17.^(1 paraissait le premier volume, bientôt suivi de deux

LA VATICANE ET L'ORIENT CHRÉTIEN. 2V.i

autres. Il nedevaitpasy enavoirmoinsdevingt; mais, dans les proportions où elle était conçue, Tentrepri.se était au-dessus des forces humaines; bien qu'aidé par son neveu, Stéphane Evodius, archevêque d'Apamée, le vieil Asséniani imprimait seulement le quatrième volume quand la mort l'enleva (17G8).

Si le nom des Assémani domine toute cette période et suffit à indiquer les tendances qui s'affirment, dans la direction donnée aux accroissements de la Vaticane, avec d'autant plus de force qu'elles sont plus nouvelles et qu'elles répondent à un besoin plus récent, il ne faut pas oublier pourtant que les études anciennement représentées à la Bibliothèque continuent à y être en honneur. Clément XI, tout préoccupé qu'il puisse paraître des questions orientales. « ordonne » au P. Joseph Bianchini, « scripior » de langue latine, et à Vignoli, second custode, une édition du Liher Pontificalh ; il favorise les recherches de Dom Constant sur les lettres des anciens papes; il imagine, pour enrichir la Bibliothèque, une sorte de « dép(jt légal «, et ordonne à toutes les imprimeries romaines de remettre à la Vaticane un e.\emplaire de chacun des livres qu'elles publieraient. Dans une inscription placée sur un sarcophage de marbre par lui donné à la Bibliothèque, il célébrait « les très anciens manuscrits syriaques et arabes cherchés jusqu'au centre de l'Egypte », mais il se glorifiait aussi de ses autres acquisitions pour la Vaticane : '< alla litleraria supcllt^ctile locuplelala »; et nous voyons, en effet, le premier custode Zaccagni acheter, en ITO.'i, pour cinq cents écus, cent quatrevingt-six manuscrits grecs et latins à la vente Tolomei.

Sous Benoît XIII, sous Clément XII, sous Benoît XIV, le personnel de la Vaticane continue à se préoccuper des antiquités grecques et romaines, sacrées et profanes. Boldetti étudie les catacombes, Bottari reprend l'œuvre de Bosio, et publie les peintures du manuscrit Vatican de Virgile; Cenni, qui puise à la Bibliothèque les principaux éléments de ses travaux, donne, en 1740, ses dissertations sur « les Antiquités de l'Église )),et, en 1760, les « Monuments du pouvoir temporel ». Lorsque, en 1755, les custodes notifient la nomination du cardinal Passionei au poste de bibliothécaire, ils s'adressent « à tous ceux qui cultivent l'antiquité sacrée ou profane », et Benoît XIV ne fait acception d'aucune étude particulière quand il proclame que dans sa sollicitude pour la Vaticane il a eu en vue « l'utilité des lettrés et le progrès des sciences : litteratorum commodo , scientiarum incremenlo ».

C'est tout simplement que le champ s'ouvre de plus en plus vaste devant les érudits. Les nouvelles études ne font pas oublier les anciennes. En 1732, Clément XII se voit forcé d'ouvrir, pour contenir les acquisitions nouvelles, une autre salle, immédiatement au delà de celle qu'Alexandre VIII avait assignée pour demeure aux manuscrits de la Reine Christine, et il déclare qu'à l'avenir les revenus de la bibliothèque seront affectés exclusivement à l'achat des livres et des manuscrits : c'est l'administration des Palais Apostoliques qui devra pourvoir à l'entretien et à l'amélioration des locaux et du matériel et qui <■ fournira chaque année une somme de quatre-vingts écus pour l'achat du papier, des plumes et du parchemin » (1739),

Page 1