LA VATICANE ET L ORIENT CURETIEN
Ce livre d'Allatius mérite, à tous points de vue, de fixer rattention. Il est l'indice des tendances qui se manifestent alors nettement à la Yaticane, et qui iront se marquant de plus en plus. En présence du protestantisme, c'était FÉglise latine, directement prise à. partie, qui avait été l'objet principal de Férudition catholique. Maintenant, la curiosité scientifique se portait vers l'Orient, qui représentait une part glorieuse de l'ancien passé de l'Église, et dont le perpétuel accord avec Rome jusqu'au schisme de Photius était une victorieuse réponse aux insinuations des Réformés. Dès le seizième siècle, la Yaticane avait acquis des manuscrits arabes, coptes et syriaques, non seulement par héritage mais aussi par voie d'achat; elle en faisait copier pour son usage ou en faisait rechercher par ses agents, au même titre que les manuscrits latins et grecs : c'est ce qui résulte de la correspondance de Pie lY avec Francesco Avanzati.
Sous Paul Y et Urbain YIII, il entra à la Yaticane un grand nombre de manuscrits coptes et arabes; en ICÙiG, le P. Kircher donnait un premier catalogue des manuscrits coptes, et, en lOdO, Alexandre VII ajoutait aux six '< srriptores » alors existant à la Yaticane deux latins, deux grecs et deux hébreux) un scriplor » pour les langues arabe et syriaque. C'était précisément l'époque à la(juelle Léon Allatius devenait
premier custode en remplacement de Luc Holstein,et la coïncidence est à noter. Le nouveau poste fut confié à un maronite, Abraham dEckel Ecchellense) ; puis, quand ce premier titulaire vint à mourir, ce fut un autre maronite, Mathieu Naironi, qui lui succéda. L'Orient entrait ainsi à la Yaticane : avec quel esprit, cela se voit par les écrits polémiques et apologétiques des deux maronites. Ce sont les mêmes tendances que dans le livre d'Allatius, c'est le même désir de réfuter l'erreur des dissidents, le même espoir qu»' la manifestation complète de la vérité amènera la solution des conflits engendrés par l'ignorance, fera cesser les malentendus entre l'Église romaine et les Églises d'Orient, et proclamera, en face de la Réforme et des dissidents orthodoxes, la catholicité effective de Rome. Tout un Orient lointain, étranger aux préjugés de Byzance, reconnaissait la primauté de Pierre et constatait l'indéfectibilité de sa chaire.
Ce n'est pas à dire que ces études sur la liturgie, le droit canon, et l'histoire ecclésiastique de l'Orient fussent devenues exclusives. Nous avons dans la correspondance et les récits de voyages de nos grands bénédictins de la fin du dix-septième siècle un tableau très vivant du monde d'érudits qui gravitait alors autour de la Yaticane, et on sent bien que, depuis un siècle, les tendances de ce milieu ne se sont guère modifiées : ni le cardinal Henri Noris, custode en 169^, bibliothécaire en 1700, ni Emmanuel Schelstrate. ni Laurent Zaccagni, tous deux custodes de la Yaticane, qui entr'ouvrent toutes grandes les portes à Mabillonen 1085-1(180 et àMontfaucon de 1098 à 1700, ne sont des orientalistes, pas plus que ceux dont ils f'>nf leur société habituelle, tels que Raphaël Fabretti