LES DIGNITAIRES LAÏQUES
raient prendre service auprès de lui. Aucune obligation n'enchaîne ces diverses classes de prélats. Seulement, les camériers secrets surnuméraires et les camériers dhonneur en habit violet, soit qu'ils résident à Rome soit qu'ils y fassent un séjour suffisant, peuvent, s'ils le souhaitent, faire le service de cour, une semaine par an, les premiers dans l'antichambre secrète, les seconds dans l'antichambre d'honneur.
LES DIONITAIRES LAÏOLES. — POUKOUOI LA FAMILLE PONTIFICALE s'EST ACCRUE AU DIX-.NEUVIÈME SIÈCLE.
A ces camériers ecclésiastiques savamment échelonnés, correspondent des séries parallèles de camériers laïques : d'abord les camériers secrets de cape et d'épée surnuméraires; puis les camériers d'honneur de cape et d'épée. Les premiers étaient six il y a un siècle; ils sont maintenant plus de trois cents. Les seconds dépassent le chiffre de cent. Fort au-dessus de ce^ menus dignitaires s'élèvent les camériers de cape et d'épée participants, quatre hauts personnages de l'aristocratie romaine. Plus haut encore, les princes assistants du trône pontifical émergent : ils sont deux, un Orsini et un Colonna : il semble que la communauté des fonctions, triomphant en eux des vieilles haines de famille, doive les rapprocher.
On commettrait une plaisante erreur, en concluant que le dix-neuvième siècle introduisit à la cour do Home un formalisme byzantin et je ne sais quel goût
des pompes superflues. Anulle époque, au contraire, Tétiquette du Vatican n'a été plus simplifiée. Ce n'est pas pour la décoration de sa cour que le Pape multiplie les camériers de cape et d'épée; c'est pour la décoration, plutôt, de ceux qu'il fait camériers. D'interminables énumérations de prélats et de laïques remplissent cent pages de la Gerarchia. Mais à la plupart de ces dignités, nulle obligation n'est attachée. Les camériers qui viennent à Rome pour faire dans les antichambres pontificales leur semaine de service reçoivent comme récompense la médaille qui, chaque année, retrace un acte important du pontificat; on admet que les autres, c'est-à-dire le grand nombre, continuent de mériter en leurs lointaines résidences, par leur dévouement à l'Église, leur titre honorifique. Beaucoup d'institutions de la « famille pontificale » servent moins à rehausser la cour romaine qu'à rehausser au loin, dans leurs cercles respectifs, un certain nombre de personnages de la catholicité. Précisément parce que les progrès simultanés de la centralisation romaine et de la civilisation moderne ont rendu plus fréquents et plus rapides les rapports de Rome avec le monde chrétien, une habitude s'est introduite chez un grand nombre d'évêques : celle de réclamer du Saint-Siège, à titre d'encouragement pour leurs prêtres ou leurs diocésains, des distinctions d'élite; il arrive aussi que, d'eux-mêmes, ces prêtres ou ces diocésains se font solliciteurs. De là l'accroissement considérable de la famille pontificale. Sous Grégoire XVI, le comte de Tournon écrivait : « Le service de ces divers ordres de courtisans se réduit à paraître dans quelques cérémonies publiques, le pape vivant ordinairement dans la plus grande
LA GARDE DU VATICAN. l.V?
simplicité, et paraissant ne souffrir Téclat des pompes mondaines, que lorsqu'elles concourent à la splendeur du culte ». Ainsi en est-il encore, bien que les « courtisans » des « divers ordres » aient été multipliés. Singuliers « courtisans », au demeurant, que ces protonotaires ad instar, prélats domestiques, et camériers de tout degré, dont beaucoup vivent loin de Romel