LE IIOLE DE LA RIHLIOTHEQUE EN OCCIDENT
sion » de Saint-Pierre, ce n'est pas que l'ancienne Bibliothèque du Latran eût cessé d'exister. Le Liber Pontifiriilis mentionne en détail les travaux d'embellissement exécutés sous le pape Zacharie au scriniiun Laleranense ; c'est assurément dans ce même scrinium qu'en l'année 730 l'Anglo-Saxon Nothelme avait été admis par le pape à consulter les lettres de saint Grégoire et de ses successeurs, et c'est là que plus tard le pape Hadrien I''' fit déposer les actes authentiques du second concile de Nicée, avec traduction , latine.
Mais depuis longtemps l'usage s'était introduit de conserver auprès de la Confession le texte des engagements qu'on prenait envers l'Apôtre, tels que les professions de foi des papes et des évèques, les donations faites à saint Pierre, les cautions des administrateurs de son patrimoine : le présent de Céolfrid était avant tout un témoignage de reconnaissance et de dévotion ù l'Apôtre, et c'est pour cela qu'il avait été destiné au tombeau du saint.
Le cardinal Pitra, dressant la liste de ceux qui l'avaient précédé dans la charge de bibliothécaire de la sainte Ëglise, fait remonter à la fin du septième siècle (au pontificat de Serge) l'apparition d'un fonctionnaire spécialement chargé du soin de la Bibliothèque, fonctionnaire d'abord subordonné au primicier des notaires, puis complètement indépendant et choisi le plus souvent parmi les plus hauts dignitaires du clergé romain. Cette institution semble bien indiquer la très grande importance de la Bibliothèque à ce moment-là. De fait, nous voyons le Saint-Siège continuer à jouer activement le rôle d'éditeur et de commissionnaire en manuscrits. Livres
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grecs et latins, auteurs sacrés et profanes, partent de Rome pour tout l'Occident.
Lorsque, grâce à saint Boniface, la dynastie carlovingienne se fut tournée vers le Saint-Siège, c'est à Rome qu'elle demanda les livres nécessaires pour la réforme et l'éducation du clergé franc. En "57, le pape Paul P"" envoyait à Pépin, outre un antiphonaire et un liber responsalis, une collection d"auteur.s grecs, un traité de géométrie, d'orthographe et de grammaire, les écrits de Denys l'Aréopagite et la Grammaire d'Aristote. Avec Charlemagne, les envois continuent : ce sont des antiphonaires avec notation musicale qu'on adresse aux principales églises franques, et le Saint-Siège pousse si loin la générosité en la matière, que plus tard Grégoire IV se trouvera complètement démuni de livres de ce genre et n'aura plus sous la main un seul exemplaire pour satisfaire aux demandes de Louis le Pieux; ce sont des ouvrages liturgiques, et particulièrement des sacramentaires; c'est la fameuse collection canonique connue sous le nom de collectio Hadriana, dont la préface proclame l'origine romaine et apostolique. Hildebald, archevêque de Cologne, fait copier pour son église des manuscrits qu'il a reçus de Rome, et vers l'année 855 Loup de Ferrières demande au pape Benoit III de lui envoyer le commentaire de saint Jérôme sur Jérémie, le De oratore de Cicéron, l'Institution oratoire de Quintilien, le commentaire de Donat sur Térence, s'engageant à restituer fidèlement tous ces volumes dès qu'il les aura fait transcrire.
D'autre part, on continuait à offrir au Saint-Siège des manuscrits — surtout des manuscrits liturgi-
ques — qui étaient comme un hommage rendu à sa divine mission. L'usage en devint si général, que plusieurs monastères censiers de TÉglise Romaine s'engagèrent à fournir au Saint-Siège, à certaines échéances, un ou plusieurs livres liturgiques en guise de cens : l'abbé de Reichenau, par exemple, devait, lors de son sacre, envoyer au Latran un sacramentaire, un livre des Ëpitres et un évangéliaire.
C'est au temps du pape Jean VIII que se manifestent les derniers signes de l'activité littéraire dont la Bibliothèque apostolique avait été si longtemps le théâtre. Le grec et le latin y étaient encore en honneur. La Vie de saint Grégoire le Grand y a été écrite par Paul Diacre sur des documents tirés des Archives et on devine quelle a été la contribution de la Bibliothèque aux travaux qui ont rendu célèbre le nom d'Anastase le Bibliothécaire.
LA BMILIOTHÈOUE DU LATRAN ET l'ccl VRE DE GRÉGOIRE VII.
Mais de toutes les richesses accumulées à ce moment-là dans les collections du Saint-Siège à peu près rien n'est resté. Pas un seul des manuscrits qui figuraient au huitième siècle dans la Bibliothèque pontificale ne paraît avoir échappé à la destruction. Les recherches faites à ce sujet par M. de Rossi semhlent décisives. Quelques rares lectionnaires ou passionnaires subsistent, des iiuitièine, neuvième et «lixième siècles, qui ont été en usage dans l'Église MU les églises de Rome, et c'est tout. La Bible de
Céolfrid n"a échappé que parce qu'elle a trouvé un asile à Monte Amiata, la Bible de Saint-Paul n'a été sans doute épargnée que parce qu'elle était enfermée dans le Trésor de la basilique, et, dans la collection pontificale d'aujourd'hui, il n'y a vraisemblablement d'autres débris des collections anciennes que le petit formulaire connu sous le nom de Liber Duirmis : encore n'est-il rentré aux archives qu'au siècle dernier, après bien des vicissitudes.
Le pontificat de Grégoire VII a vu tout au moins la fin de cette première dispersion, et il est permis de penser que l'horrible dévastation promenée par Robert Guiscard sur tout le quartier du Latran n'est pas étrangère à cette ruine lamentable.
Une collection canonique contemporaine de Grégoire VII, la collection du cardinal Deusdedit, contient un précieux chapitre sur les droits temporels du Saint-Siège. La source d'oîi proviennent chacune des mentions insérées dans ce chapitre est soigneusement indiquée, et on peut aisément suivre le compilateur dans ses recherches à travers la Bibliothèque et les Archives de l'Église Romaine.
Il nous conduit d'abord à la bibliothèque du Latran, et il nous montre là des rouleaux de papyrus itomi charticïi), sur lesquels se lisait extérieurement le nom de divers papes des neuvième, dixième et onzième siècles. Ces rouleaux étaient les minutes des actes de location consentis par le Saint-Siège, et plusieurs se trouvaient en si mauvais état, qu'il était à peu près impossible d'y rien lire, si bien quo la fragilité de la matière employée pour la rédaction des actes par la chancellerie pontificale jusqu'au commencement du onzième siècle est un élément dont il
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faut tenir compte pour expliquer la disparition de bien des documents. Mais les archives du Latran ne sont pas, à ce moment-là, réunies tout entières dans le « palriarch'ium Lateranense ». Si nous suivons notre guide, il nous mène fsans nous avertir que nous sortons de la Bibliothèque apostolique; dans une autre section des archives, conservée celle-là dans une tour qu'on appelait, à cause de son contenu, la Tour du Chartrier {Turris charlularia,. Cette tour faisait vraisemblablement partie du palais construit entre le Palatin et la Voie Sacrée par le pape Jean VII, à la fin du septième siècle. C'était une sorte de donjon, dans lequel les papes ont trouvé à diverses reprises un refuge pour leurs personnes au milieu des factions qui ensanglantaient la ville. 11 était naturel, par conséquent, qu'on y mit à l'abri les anciens titres du Saint-Siège; mais cela même suffit à indiquer dans quelles conditions précaires se trouvait alors la Bibliothèque.
Pourtant les registres des anciens papes subsistaient encore : notre compilateur trouva dans la Bibliothèque du Latran les registres d'Honorius I", de Grégoire II, de Zacharie, et, selon toute apparence, c'est vers le même temps qu'on empruntait à de très vieux registres, comme ceux de Gélase 1'% de Pelage l""" et de Pelage II, les fragments dont on s'est servi pour la collection canonique signalée en IHH'.i par M. Paul Ewald au British Muséum.
Mais le chapitre de Deusdedit que nous venons d'analyser n'a certainement pas été composé par lui : il l'a inséré tel quel dans sa collection. Ce n'est pas que le chapitre en question soit beaucoup plus ancien ; dans la forme sous laquelle il nous est donné, il
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ne remonte pas au delà du pontificat de Grégoite VII ; mais les renseignements qu'il fournit ont été empruntés aux archives avant la fin de ce pontificat, c'est-à-dire avant l'incendie de tout le quartier du Latran par les Normands de Guiscard. Après cet affreux ravage, personne désormais ne citera les mêmes documents pour les avoir directement compulsés. Au douzième siècle, le plus ancien registre que l'on connaisse est celui d'Alexandre II, prédécesseur immédiat de Grégoire VII; encore ce registre avait-il été mis en sûreté hors de Rome et commis à la garde des moines du Mont Soracte, chez qui on le consultait.
Heureusement, avant qu'une telle perte fût infligée au Saint-Siège, toute une littérature, née à la voix de Grégoire VII, avait pu mettre à profit une partie de ce trésor. Grégoire « avait pressé Pierre Damien de parcourir les actes et décrets des pontifes romains pour en extraire tout ce qui concernait l'autorité du Saint-Siège, de manière à former avec ces extraits un volume assez court qu'on pût facilement répandre ». A défaut de Pierre Damien, d'autres collaborateurs se rencontrèrent, qui, dans sa lutte contre les prétentions impériales, fournirent à ce grand pape les armes dont il avaitbesoin. Ils affirmèrent les droits imprescriptibles de l'Église romaine, sa primauté dans l'ordre spirituel, son indépendance dans le domaine temporel. A côté de manuels comme la colleclion canonique en soixante-quatorze titres dite : «( Diversorum se7iientise patrum », récemment mise en lumière par M. Paul Fournier, collection qui joua un rùh» important dans la grande œuvre de la réforme ecclésiastique, il y eut des traités, originaux par certains
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(•(■)tés, comme ceux de Bonizon de Sutri, d'Anselme • le Lucques, deDeusdedit, dont les auteurs ne se contentèrent point d'utiliser les collections antérieures; recherchant à l'envi les titres du Saint-Siège pour les opposer aux envahissements des empereurs, ils dépouillèrent les registres originaux. Bonizon semble avoir connu les registres des papes Gélase, Vigile, .Jean, Pelage, Eugène, Grégoire III, Hadrien, Paschal et Nicolas, et il nous apporte un texte trop peu remarqué du privilège de Louis le Pieux en faveur du Saint-Siège; outre le chapitre que nous analysions plus haut et qui provient tout entier des anciennes archives, Deusdedit a tiré des registres de Gélase et «le Pelage des citations qui décèlent nettement leur origine; enfin, Anselme de Lucques paraît avoir eu encore sous les yeux le registre authentique de saint Grégoire, dont il cite intégralement des titres et des suscriptions qui ne sont donnés qu'incomplètement dans le registre tel qu'il nous est parvenu, et lui aussi a formé une sorte de recueil des privilèges impériaux trouvés dans les archives.
Ces livres, écrits sous l'inspiration de Grégoire VII, ont sauvé une partie des anciens titres du Saint-Siège. C'est grâce à eux que le droit ecclésiastique a pris corps; c'est par eux que s'est affirmée l'indépendance temporelle de l'Église romaine; ce sont eux qui ont posé les bases de la souveraineté pontificale.
Cent ans plus tard, les défenseurs des prérogatives du Saint-Siège trouvent bien dans les archives de (juoi marquer les progrès de la puissance pontificale au cours du douzième siècle; mais, pour les siècles antérieurs, ils en sont réduits à puiser dans les collections de Bonizon et de Deusdedit. LecamérierCencius,
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qui, en 1192, consignait sur un registre officielle détail des temporalités du Saint-Siège, ne peut, pour tout ce qui remonte au delà du pontificat d'Urbain II, que s'en rapporter au témoignage de ses devanciers grégoriens. Ce qui fait son originalité, c'est qu'il les complète en les continuant. Il connaît à merveille les archives qui se sont reformées depuis la ternpète qui a emporté les anciens titres, et il met ces nouvelles archives à contribution : il compulse et dépouille les registres de tous les papes depuis Urbain II. Élevé lui-même, sous le nom d'Honorius III, au souverain pontificat, il cite encore avec amour des documents extraits des registres du douzième siècle; de ses anciennes fonctions, il a gardé le sens très net de la force que le pontificat pouvait tirer de la tradition emmagasinée dans les archives, et il s'est soigneusement référé aux actes de ses prédécesseurs.