LE ROLE DE LA BIBLIOTHEQUE EN OCCIDENT
des libéralités pontificales, la bibliothèque des monastères de Wearmoulh et de Jarrow, et une biographie anonyme récemment découverte au Britisii Muséum nous apprend qu'il parvint assez vite à mettre ses moines en état de profiter du trésor ainsi créé. Il réussit à faire exécuter sous ses yeux trois magnifi- ([ues exemplaires de la Bible hiéronymienne, dont deux furent données aux églises des deux couvents, et dont le troisième fut destiné par Céolfrid à être offert en présent à saint Pierre, pour témoigner que les bienfaits de TApùtre avaient porté leurs fruits. Céolfrid se mit en route vers Rome, pour déposer luimême son offrande sur la Confession, mais il mourut en chemin et ce furent ses compagnons qui accomplirent son pieux dessein.
Cet exemplaire de la Bible offert à TApôtre par TAngleterre reconnaissante existe encore. C'est le seul échantillon qui nous reste des collections apostoliques antérieures au huitième siècle, mais depuis longtemps il a cessé de faire partie de la Bibliothèque pontificale. Transporté de bonne heure au monastère de Monte Amiata,en Toscane, dans des circonstances qui nous échappent, il est passé au XVIII^ siècle dans la bibliothèque Laurentienne de Florence. C'est la Bible célèbre depuis quatre siècles sous le nom de Bible Amiatine.
Le frontispice de ce précieux volume porte une dédicace, mais, pendant le séjour du manuscrit au Monte Amiata,le texte de cette dédicace a été profondément altéré; au nom du donateur on a substitué un autre nom, et il a fallu toute la sagacité de M. de Rossi pour restituer le nom de Céolfrid et rétablir le texte primitif de l'épigraphe.
LE VATir.V». — II. 11
Cette magnifique découverte a été pleinement confirmée par un passage de la biographie anonyme dont nous parlions tout à l'heure; maintenant on peut lire en toute certitude la dédicace composée par Céolfrid et que voici :
Corpus ad eximii merito venerabile Petii Quem caput Ecclesiaî dedicat alta fides Ceolfridus Anglorum extremis de finibus abbas Devota affectus pignora mitto mei .
Le volume offert à saint Pierre par l'abbé saxon est d'une grande importance pour l'établissement du texte hiéronymiende la Bible. Les correcteurs del'édition Sixtine l'ont préféré à tous les autres manuscrits et en cela ils ont fait preuve d'un sens critique auquel rendent hommage les éditeurs modernes de la Vulgate tel que Vercellone, Tischendorf et Wordsworth. De fait, on reconnaît en lui des signes non équivoques de parenté avec la Bible, aujourd'hui perdue, qui avait été donnée par Cassiodore au monastère de Vivaria, dans la première moitié du sixième siècle, et cela n'a rien qui nous puisse surprendre. La Bible (ie Céolfrid était moins une importation étrangère qu'une transcription saxonne d'un texte romain. Elle représentait ces livres saints autrefois donnés par le Saint-Siège à Céolfrid et à Benoît.
L'étroite parenté de la Bible Âmiatine avec la Bible d'Alcuin témoigne du rôle capital qu'ont eu dans la transmission des Ecritures (et vraisemblablement dans la tradition manuscrite de maint autre livre) les textes fournis par la Bibliothèque apostolique à l'Angleterre chrétienne.
Si le don de Céolfrid était destiné « à la Confes-