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LES FONCTIONS RESERVEES AUX CARDINAUX

rosse jalousement fermé, pour rentrer dans la ville. Les circonstances politiques et la diminution des ressources du Sacré Collège ont singulièrement simplifié l'existence des princes de l'Église. Ce n'est pas avec vingt-deux mille francs de rente qu'ils pourraient imiter les cardinaux des siècles passés.

Mais ils demeurent des princes Éminentissimes. C'est Urbain VIll, en 1G30, qui attribua aux cardinaux le titre d'Éminence. Ils ont un écusson, qui reproduit les armoiries de leur famille, ou celles de leur ordre s'ils appartiennent au clergé régulier, ou des armoiries de convention. Ils traitaient jadis avec les rois sur un pied d'égalité, et les appelaient : « Mon cher cousin ». A l'égard des évoques, archevêques, patriarches même, ils possèdent la préséance : elle leur était déjà reconnue au concile de Lyon en 12io. En France, enfin, le décret de messidor fait passer les cardinaux, dans les cérémonies, « immédiatement après les princes français » et les « grands dignitaires », avant les «ministres » et les « grands officiers de l'Empire ».

LES FONCTIONS RESERVEES ACX CARDINAUX. LE VICAIRE DU PAPE. — LE GKAND PÉNITENCIER.

Dans le gouvernement de l'Église, certaines fonctions sont réservées aux cardinaux. Le vice-chancelier, le prodataire, le secrétaire des Brefs, le secrétaire des Mémoriaux, ont nécessairement la pourpre; nous reviendrons sur eux au chapitre IV. Le secrétaire d'État sera l'objet du chapitre V. Il sera question

•22 LE GOUVERNEME>T CENTRAX DE L'ÉGLISE.

du camerlingue à propos du conclave. Nous parlerons seulement, pour linstant, de deux cardinaux dont la charge est si constamment utile à la vie de TÉglise, qu'ils la conservent durant la vacance du Siège Apostolique : le Vicaire et le grand Pénitencier.

Le pape, évèque de Rome, doit administrer un diocèse et conférer aux clercs l'ordination. Il se remet de ce soin à un vicaire, qui, depuis Paul IV, est revêtu de la pourpre. Le cardinal-vicaire est assisté dun évèque désigné par le pape, « Monseigneur le vice-gérant ». Le diocèse de Rome est petit : il s'étend à quarante milles au delà des murs de la ville. Dans ce rayon même, il subit de graves amputations : les diocèses suburbicaires, dont les cardinaux-évêques sont titulaires, projettent des pointes jusqu'aux approches de Rome ; et la juridiction du cardinal-vicaire hors des murs s'exerce seulement, en fait, sur les langues de terre qui ont échappé à l'enclave de ces diocèses. Dans Rome même, Saint-Pierre, Saint-Jean de Latran, Sainte-Marie Majeure, ont leurs cardinaux archiprêtres spéciaux. <( Vicaire général de Sa Sainteté, juge ordinaire de la curie romaine et de son district », tel est le titre attribué par la Gerarchia à TÉminentissime Respighi.

Sous la domination pontificale, le Vicaire avait une juridiction civile; il punissait les transgresseurs des lois religieuses : le « juge », aujourd'hui, est inoccupé. Mais le Vicariat n'est point une sinécure. Rome et sa banlieue comptent cinquante-sept paroisses ; vingt-six sont confiées à des prêtres séculiers, trente et une à des réguliers : voilà les sujets du Vicaire. Il préside la congrégation de la Visite Apostolique, que créa Clément VIII, en 1502, pour la sur-

LES FONCTIOiNS RESERVEES AUX CARDINAUX. 23

veillance des paroisses et pieux établissements de la Ville éternelle. Il délivre les pouvoirs pour confesser; il surveille les séminaires et procède aux ordinations. Le prêtre étranger, de passage à Rome, obtient du Vicariat la permission de dire la messe. Lévéque étranger, de passage à Rome, à moins qu'il ne dépende de la Propagande, doit deux visites au Vicaire, l'une à l'arrivée, l'autre au départ; jadis, la congrégation pour la résidence des évéques surveillait leur voyage, de peur que. contrairement aux règles de Trente, ils ne s'attardassent loin de leur chrétienté; la Gerarcliia aujourd'hui lui attribue deux membres seulement, un président et un secrétaire ; or le président est le cardinal-vicaire; grâce à cet office, après quelques années d'exercice, il a pu entretenir les prélats du monde entier.

Il préside, aussi, la commission d'archéologie sacrée. Dans une salle du Vicariat, décorée d'aquarelles reproduisant les peintures des catacombes, beaucoup de reliques sont déposées : cette collection, appelée Lipsanothèque, s'enrichit et s'appauvrit chaque jour. Elle s'appauvrit en faveur des évéques et des fidèles, qui sollicitent du Vicaire quelques reliques. Elle s'enrichit aux dépens des catacombes. Dès 1672, Clément X chargeait le cardinal Carpegna de faire retirer les corps des catacombes par un « gardien des reliques et visiteur des cimetières ». Ces fonctions appartinrent, dans la suite, à des archéologues de valeur, Boldetti, Marangoni. Les reliques exhumées se conservaient chez le « gardien ». Pie VII, en 1801, leur affecta un local : ce fut d'abord le Collège Romain, puis en 1824 le collège de l'Apollinaire, enfin, depuis 18o;j, le Vicariat. Le savant de génie, dont les

découvertes éclairèrent la Rome souterraine, Jean- Baptiste de Rossi, était secrétaire de la commission d'archéologie sacrée jointe à la Lipsanothèque; entre les savants qui trouvent les reliques et les dévots qui les cherchent, le Vicariat sert d'intermédiaire.

Entre le chrétien et Dieu, la Pénitencerie s'interpose, pour définir à celui-là ce que permet celui-ci et à quelles conditions il pardonne. Elle accorde des dispenses et efface des fautes : son rôle est double. Il est des cas de conscience qu'elle seule peut trancher; il est des consciences qu'elle seule peut laver. On ne la connaît guère à Rome que par les confessionnaux installés dans les trois grandes basiliques : à certaines heures, des religieux y résident (ce sont les pénitenciers), et de grandes baguettes y sont suspendues ; le visiteur qui passe s'agenouille ; de sa baguette, le religieux lui touche la tète; cet acte de piété fait gagner une indulgence. Les pénitenciers confessent, aussi, dans les diverses langues. Pour la foule des menus pécheurs, la Pénitencerie n'est rien autre chose. Mais ouvrez la Gerarchia; au service de cette administration, vous trouvez une complexe bureaucratie. Elle éclaire et rassure les consciences les plus inquiètes de la chrétienté. A sa tète elle a le cardinal grand Pénitencier. Exceptionnellement, durant quatre jours de la Semaine Sainte, il promène la baguette, dans les grandes basiliques, sur les têtes courbées devant lui. Le reste de l'année, il fait office de théologien, de canoniste et de casuiste; tantôt, il répond lui-même aux requêtes qui lui sont faites; tantôt, pour les cas graves, il consulte le pape. Le régent de la Pénitencerie, qui sert de Vicaire général, discute avec lui les questions et signe à sa place les

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