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LES INSIGNES ET L'ETIQUETTE DES CARDINAUX

VOUS fermons la bouche, dit le pape aux nouveaux porporaii, de façon que, ni dans les consistoires, ni dans les congrégations, ni dans d'autres fonctions vous ne puissiez dire votre avis ». Peu après, il leur rouvre la bouche. Il leur passe au doigt Tanneau, dont ils payeront le prix à la Propagande; il leur assigne un litre presbytéral ou une diaconie. La promotion cardinalice est dès lors achevée.

LES LNSIGNES ET l/ÉïIOlETTE DES CARDINAUX.

On commet un archaïsme en parlant de la pourpre : voilà plusieurs siècles que les cardinaux n'en font plus usage. Leurs vêtements sont teints en écarlate simplement. Par le costume non moins que par l'origine et les fonctions, les évoques, prêtres et diacres cardinali du haut moyen âge différaient des cardinaux évèques, prêtres et diacres de l'époque actuelle. C'est seulement au temps d'Innocent IV, en 1245, que le chapeau rouge devint un insigne cardinalice; Paul II, au quinzième siècle, y joignit la calotte et la barrette rouges. Avant l'occupation de Rome, et plus encore au dix-huitième siècle, les habitudes princières étaient observées, parles cardinaux vivant à Rome, avec un faste minutieux. A l'antichambre des domestiques, deux gendarmes pontificaux veillaient; au-dessus d'un autel, recouvert de drap rouge, que surmontait un baldaquin, les armes du cardinal apparaissaient; deux coussins de soie rouge et violette et deux parasols étaient appendus

20 LE GOU\'ERNEMENT CENTRAL DE LÉGLISE.

au mur. Les coussins étaient emportés par la suite de rÉminence lorsqu'Elle se rendait à une solennité; les parasols surplombaient son carrosse et protégeaient rÉminence lorsqu'Elle se découvrait et mettait pied à terre pour suivre le Viatique. La seconde antichambre était réservée au secrétaire. Dans la troisième, appelée l'antichambre noble, la barrette était déposée sur une crédence, au pied du crucifix. La salle du Trône suivait, toute tendue de rouge : on y voyait sous un baldaquin de soie rouge le portrait du pape régnant, et un fauteuil en soie rouge, retourné du côté du mur : c'est là que le cardinal recevait la visite du pape. Il fut un temps oii le train de maison d'un cardinal comprenait seize offices. Quatre voitures, tel était le chiff"re requis pour son train de gala.

Aujourd'hui les antichambres des cardinaux demeurent à peu près conformes à la disposition classique. Mais le pape ne visite plus la salle du Trône; les gendarmes pontificaux ne se relaient plus dans l'antichambre; car, hors de l'enceinte du Vatican, le port du costume de gendarme pontifical serait passible d'emprisonnement; la soie rouge du parasol ne protège plus les pompeux étalages du cardinal et de sa suite ; ces étalages eux-mêmes ont cessé d'être pompeux. Sur les routes avoisinant Rome, aux heures qui précèdent le crépuscule, on rencontre souvent un étrange cortège : un ecclésiastique, de noir vêtu, portant discrètement au chapeau une torsade rouge et or; à quelques pas, un domestique; à quelques pas encore, une voiture couverte, que traînent lentement deux chevaux noirs. Voilà la promenade actuelle d'un cardinal de la Sainte Église. Il met pied à terre, hors de Rome seulement, et regagne son car-

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