‹ Le Vatican (volume 2)Chapitre 93 sur 123 · LA VATICANE DE SIXTE IV. .U · texte numérisé non relu

LA VATICANE DE SIXTE IV. .U

leurs : Jean-Antoine Campano, Pomponio Lclo, Domizio Calderini et d'autre^ï encore. C'est un moment unique dans l'histoire, un moment glorieux pour le Saint-Siège qui exerce sur les esprits une incomparable maîtrise.

Un élan était donné, qui ne devait plus s'arrêter désormais. Sous les successeurs de Sixte IV, la Vaticane ne cesse de s'accroître. Ce sont des transcriptions nouvelles, ou des dons, des legs, des achats; tantôt c'est le fruit de missions lointaines, comme celle dont est chargé Pomponio Leto, tantôt on se procure en Italie même d'inappréciables trésors, comme sont les manuscrits rapportés de Bobbio par Thomas Inghirami. Elle attire les érudits étrangers ; elle sert à Bembo, à Valeriano et à Sadolet; elle prête à domicile sur nantissement, et nous relevons sur ses registres de prêt les émargements de Jean Lascaris, de Pierre Carafa, d'Angelo Colucci; on trouve naturel que ses manuscrits « voyagent pour une cause honorable », et, sur la prière de Laurent de Médicis, Innocent VIII en fait envoyer ù, Politien, qui habite Florence. Enfin, ses bibliothécaires sont toujours au premier rang parmi lés érudits : c'est Giovanni Lorenzi, l'helléniste, élève de Théodore <ia/.a, ami de Démétrius Chalcondyle et de Politien ; c'est Inghirami, le « Cicéron de son temps », immortalisé par Raphaël; c'est Philippe Béroald, à qui est échu l'honneur de donner au monde savant les cinq premiers livres des Annales de Tacite, ignorés jusque-là; c'est Jérôme Aléandre, d'un savoir universel, aussi versé dans la connaissance du grec et de l'hébreu que dans celle de la théologie et du droit canon.

218 LA BIBLIOTHÈQUE VATICA>E.

LA VATICANE ET LA RÉFORME: l'ÉRlDITIOX CATHOLIOCE.

Le nom d'Âléandre évoque d'autres souvenirs que ceux de la Renaissance des lettres: il est intimement lié à la première période de la Réforme, dont Aléandre a été un des plus ardents adversaires, et il y a là comme un symbole de ce qu'allait être la Vaticane au cours du seizième siècle.

Quelques-uns se sont demandé si la protection accordée par le Saint-Siège à Thumanisme, si les encouragements et les facilités de toute sorte donnés par les papes au développement de la Renaissance littéraire n'ont pas eu de suites fâcheuses pour l'Église. Il est bien certain, en effet, que la passion exclusive de l'antiquité a produit comme un renouveau de paganisme, qui souvent s'est traduit par une excessive liberté de conduite et de pensée, et que le spectacle d'une cour comme celle de Léon X — en qui le Médicis a vraiment tué le pape — a été pour quelque chose dans l'attitude de Luther. Il n'est pas douteux non plus que l'étude de l'antiquité, qui donnait aux hommes de nouvelles habitudes d'esprit, ne les ait amenés peu à peu à l'idée de rompre avec toutes les formes de la tradition intellectuelle, et il est bien certain que la Réforme, qui est un produit direct de la Renaissance en même temps qu'elle est une protestation contre elle, a tiré 1res habilement parti, dans sa lutte contre le Saint-Siège, des procédés et des méthodes que la Papauté avait si puissamment contribué à répandre.

A vrai dire, le Saint-Siège avait eu le tort de ne pas appliquer lui-même ces procédés et ces méthodes au renouvellement des études philosophiques et religieuses. Il en a porté la peine. Ce qui s'est fait sans lui s'est fait contre lui, et quand on a vu les Réformés le combattre avec les armes qu'il avait forgées luimême, un certain trouble s'est emparé des esprits. Mais si Home a semblé souffrir tout d'abord de la diffusion de l'esprit nouveau, qu'importe? La Pal»auté, dépositaire de la vérité, n'avait au fond rien à redouter de la lumière. L'Église attaquée a pu facilement soutenir la lutte sur le terrain que la Réforme avait choisi. Elle était au courant des méthodes nouvelles, et admirablement outillée pour la défense. Elle avait ses écrivains, ses philologues, ses historiens, et la Vaticane constituait, par sa composition mémo, le plus admirable arsenal.

Quelle magnifique page dans l'histoire de l'Ëglise que celle de la constitution de la science catholique l'U face de l'hérésie de Luther! Le protestantisme, rejetant la tradition séculaire représentée par l'Église catholique, prétendait entrer en communication directe avec la parole de Dieu contenue dans l'Écriture; H l'autorilé de l'Église il opposait celle de la Bible, et c'est à l'Écriture qu'il demandait des arguments 'ontre les croyances, la discipline et la hiérarchie du catholicisme dont il se séparait : de là, pour l'Église, la nécessité de suivre son adversaire dans l'étude critique des Livres Saints, d'en discuter et d'en déterminer la composition, d'en fixer l'autorité, d'en établir minutieusement le texte. Puis, comme par une inconséquence facilement explicable, les partisans des nouvelles doctrines se prétendaient les

héritiers directs de la primitive Église, il fallut scruter les antiquités chrétiennes, remonter à l'origine de la hiérarchie et de la discipline, étudier dans les Pères apostoliques l'interprétation de l'Écriture.

Il se forma ainsi en peu de temps, dans le domaine de la patristique et de l'histoire ecclésiastique, une littérature si considérable, que les controversistes protestants, presque sans y prendre garde, abandonnèrent peu à peu le terrain primitif oii ils s'étaient placés et en vinrent à discuter avec acharnement sur le sens que des commentateurs, venus quatre cents ans après Jésus-Christ, donnaient aux paroles de l'institution eucharistique. Il restait sans doute aux protestants la ressource de nier que l'Église Romaine fût demeurée dans la tradition des Pères, et c'est l'œuvre que tentèrent les centuriateurs de Magdebourg : Rome et Baronius leur réservaient l'écrasante réponse des An)} aies Ecclesiastici.

La Réforme fut ainsi l'occasion d'une véritable rénovation dans la pensée catholique ; mais elle en fut seulement l'occasion. Le mouvement d'érudition auquel elle donna lieu avait ses antécédents et son principe en dehors d'elle : il était si naturel et si sincère qu'il se marqua jusque dans les questions les plus étrangères aux préocupations des réformés. La contre-réformalion catholique n'était pas seulement une réaction, elle était un progrès, et il est intéressant de voir comment ce progrès s'était préparé et comment il s'est réalisé.

Il faut se rendre compte de ce qu'était ce monde de savants et d'érudits qu'on rencontrait à Rome au moment où éclata la Réforme. Sans doute l'humanisme avait en la personne d'Érasme et de Reuchlin

de grands représentants au delà des monts; mais ce serait une erreur singulière de s'imaginer les humanistes romains de ce temps comme des « singes de Cicéron », capables seulement de bien tourner une phrase latine. Leurs connaissances étaient fort étendues : beaucoup possédaient à fond le latin, le grec, l'hébreu, les langues orientales; tous étaient curieux d'antiquité, rompus aux nouvelles méthodes d'investigation, tout prêts à transporter dans le champ des anti<iuités chrétiennes les procédés qu'ils employaient pour l'étude de l'antiquité profane.

La Vaticane était le foyer de toutes ces études : le litre seul des volumes empruntés sous Sixte IV, Jules II et Léon X est, à ce point de vue, une indication très précieuse; la Bibliothèque Vaticane et les érudits romains sont mis ù contribution pour la Polyglotte d'Alcala (loi 4-20 , l'édition aldine des Septante (irilH), et la version latine du texte liébraïque donnée chez les Aide en l.jîO; il suffit de rappeler des noms comme ceux d'Alberto Pio de Carpi, de Zanobio Acciajuoli, de Vigerio de Savone, d'Agostino Steuco et d'Aléandre lui-même pour prouver qu'à Kome les études religieuses n'étaient point mortes.

11 semble que Paul III ait eu la vision très nette des services que la Vaticane pouvait rendre à la cause catholique : il fit refaire les inventaires, multiplia les «•opistes chargés de transcrire les manuscrits que le temps menaçaitoules ouvrages que ne possédait pas encore la Bibliothèque, et créa deux « correcteurs » chargés de revoir le travail des copistes, de réviser • l d'amender les textes transcrits par eux : ces correcteurs furent Faerno et Nicolas Majorano. En même temps, pour avoir sous la main l'instrument désor-

mais indispensable à toute propagande, il songeait à installer une imprimerie, destinée non seulement à publier les actes du Saint-Siège, mais surtout à éditer les trésors de la Yaticane, « pour qu'en multipliant les exemplaires des ouvrages qu'elle contient on put les répandre à travers le monde, pour l'usage de tous les peuples et de tous les temps «; enfin, il mettait un cardinal à la tète de la Yaticane avec le titre de bibliothécaire etde protecteur, et ce cardinal s'appelait Marcel Cervini.

La belle période pour la Yaticane que cette seconde moitié du seizième siècle, où après Cervini (sous l'administration duquel elle s'enrichit de plus de cinq cents manuscrits grecs, hébreux et latins) elle compta comme bibliothécaires (luillaume Sirleto, Antoine Carafîa, Marc-Antoine Colonna, César Baronius! On sent si bien qu'elle est le centre de cet admirable développement de l'érudition catholique, dont elle a eu à sa tête les plus illustres représentants!

Le concile qui se tient à Trente s'inspire à Rome. Ce n'est pas seulement parce que Cervini le préside; c'€st aussi parce que Cervini a laissé à Rome, en la personne de Sirleto, un correspondant incomparable, qui lui adresse des mémoires sur toutes les questions d'érudition qui se posent au concile. On a pu dire que la correspondance de Sirleto avec Cervini durant les années lo45-15o:2 contient « la documentation patristique de presque tous les décrets de Trente ». Cervini, en effet, faisait rechercher par Sirleto les textes publiés ou inédits dont on avait besoin pour le concile, et son correspondant puisait à pleines mains dans la Yaticane; il envoyait des copies et des extraits, à moins que le légat ne demandât, ce qui arrivait par-

fois, qu'on lui expédiât à Trente les manuscrits eux mêmes. Et ce rôle de Sirleto paraissait si précieux que le cardinal Seripando, successeur de Cervini à la présidence du concile, lui demandait comme une faveur de vouloir bien continuer de la remplir; Sirleto continua, en effet, de donner son concours, et plus tard Seripando lui rendait ce témoignage « que, tout en restant à Rome, il avait rendu au concile plus de services que n'en auraient pu rendre cinquante prélats de plus à Trente ».

Lorsque, dans la lY'' session, le concile eut adopté le décret relatif " à l'usage et au texte des livres saints ■> , et qu'il eut décidé que, pour couper court à l'abus qui s'était introduit de citer l'Écriture dans cent versions différentes, il jugeait nécessaire « de tenir pour authentique, c'est-à-dire pour officiel, l'ancien texte connu sous le nom de Vulgate, texte sanctionné par l'usage que l'Église en avait fait durant tant de siècles, et de s'en servir à l'exclusion de tous autres dans les lectures publiques, les controverses, les prédications et les expositions », on se trouva dans l'obligation de préparer de ce texte officiellement adopté par l'Église une édition correcte, d'où on ferait disparaître les fautes qui le défiguraient dans la plupart des exemplaires. Cette œuvre de la « correction » de la Vulgate ne pouvait être menée à bonne fin nulle part aussi bien qu'à Rome, oii, disait l'évéquede Fano, se trouvaient réunies toutes les conditions désirables : de l'argent, une belle collection de manuscrits anciens, et un corps de savants rompus aux recherches érudites. Aussi ce fut au pape que le concile s'en remit du soin de faire exécuter ce grand travail.

Les correcteurs institués par Paul III trouvaient là

leur emploi naturel, et, dès son retour à Rome, Cervini s'entendit avec Maggiorani pour commencer les étudespréparatoires,quelesecondcorrecteur,Faerno, continua plus tard de concert avec Sirleto. Les choses cependant traînèrent en longueur. La typographie que Paul III considérait comme le complément indispensable de la Bibliothèque tarda à s'établir. Ce fut seulement en 1361 que Paul Manuce, sur les pressantes instances de Pie lY, consentit (moyennant un traitement de cinq cents ducats et une part dans les bénéfices) à venir installer à Rome une imprimerie dont tous les frais seraient supportés par le Saint- Siège, ce dont le pape se prévalut pour exiger que les livres sortis de cette imprimerie se vendraient à très bas prix. On devait commencer par l'impression de la Bible latine, continuer par la Bible grecque, et donner ensuite des éditions des Pères; mais diverses circonstances empêchèrent l'exécution du projet.

Dans sa XXV session, le concile, avant de se séparer, avait remis au Saint-Siège le soin de réformer certains livres d'un usage journalier, et le Saint-Siège jugea nécessaire de s'acquitter sans tarder delà tâche qu'on lui confiait. Dans ce milieu où abondaient les hommes savants et compétents, on ne fut pas en peine pour constituer des commissions (des « congrégations », comme on disait alors i et du travail de ces commissions sortirent bientôt le Catéchisme du concile de Trente, le Bréviaire, remanié conformément aux idées sainement archéologiques de la cour romaine, le Missel, réformé d'après les mêmes doctrines; les presses romaines de Paul Manuce (occupées déjà à l'édition des actes du concile qui venait de finir) furent chargées de donner au monde catholi-

que les livres liturgiques conformes aux décisions des congrégations, et la Bible attendit : non sans profit d'ailleurs, car les études préliminaires se poursuivent activement pendant tout le règne de Pie V.

C'est à Sixte-Quint que revient l'honneur d'avoir définitivement constitué la « Stamperia Vaticana », dans le vaste dessein « d'y imprimer les conciles généraux et les Pères, d'y éditer les livres ecclésiastiques de toute sorte et de répandre ainsi à travers le monde la discipline catholique, entreprise bien digne d'un pape et d'un tel homme », comme dit son contemporain AngeloRocca. Il s'entendit avec le Vénitien Domenico Basa, à qui il ouvrit un crédit de quarante mille ducats pour lacliat du matériel, et l'imprimerie Vaticane se trouva en peu de temps plus abondamment pourvue qu'aucune autre de caractères latins, grecs, hébreux et arabes; elle eut surtout, chose capitale, un personnel de correcteurs soigneusement choisis, « et elle fournit, en imprimant l'Écriture, les Pères, les docteurs et les théologiens un vaste arsenal pour la défense de la vérité atta([uée avec tant d'acharnement par les adversaires ».

De ces presses sortirent, coup sur coup, le texte des Septante (1587;, la version latine de ce texte par le cardinal bibliothécaire Antonio Caraffa (1588), et enfin la Vulgate hiéronymienne à laquelle on avait travaillé durant près de quarante ans (1590). Le P. Vercellone a raconté l'histoire de ces éditions, pour lesquelles furent mis à contribution tous les manus- (•rits de l'Europe aujourd'hui reconnus les meilleurs, et qui s'élaborèrent dans le sein de commissions internationales où figurent, sous la direction de Sirleto et d'Antonio Caralla son élève, des savants comme

J.-B. Rossi. Latino Latini, Pedro Chacon, Pierre Morin, Fulvio Orsini, Yalverde, Antonio Agellio, Bellarmin : la correspondance de ces érudits témoigne de l'entrain avec lequel ce travail collectif était mené.

Sixte-Quint tint à revoir lui-même les épreuves de la Vulgate qui paraissait sous ses auspices et d'après les règles qu'il avait tracées. Pourtant ce ne fut pas encore là l'édition définitive. Divers scrupules soulevés par quelques additions et suppressions admises par le pape à la Bible « ordinaire », émurent plusieurs consulteurs de l'ancienne congrégation présidée par Caraffa, et, Sixte-Quint étant venu à mourir sur ces entrefaites, Grégoire XIV forma une congrégation nouvelle, sous la présidence du cardinal Marc-Antoine Colonna, qui venait de remplacer Caraffa à la tète de la Bibliothèque. Cette commission, revisant l'édition Sixtine (dontle principe fondamental n'était d'ailleurs pas contesté), prépara une édition nouvelle, qui parut en 159:2, par les soins du savant François Tolet, avec une préface du P. Bellarmin : ce fut cette fois l'édition définitive, dite édition Clémentine, du nom du pape alors régnant, édition bientôt suivie de deux autres, typographiquement plus correctes, mais identiques comme texte à la première.

C'est dans une de ces congrégations qu'il faudrait pénétrer pour avoir idée de l'extraordinaire activiti" intellectuelle qui règne alors à la cour romaine; en recueillant les conversations qui s'échangent hors séances, dans les instants de repos, après une journée donnée tout entière à la tâche commune, on s'aperçoit vite que les études religieuses ne sont pas seules à intéresser ces éi'udits, mais qu'ils lisent avec passion les anciens et qu'ils sont tout à la fois ar-

chéologues, historiens, philologues... etchrétiens. Les plus savants hellénistes de l'Europe consultent Sirleto sur les difdcultés des textes classiques, et luimême autrefois a dû repousser « comme une tentation » une chaire de grec à l'Université de fiome, qui l'eût obligé à délaisser l'étude des auteurs sacrés « pour commenter Chrysoloras ». Presque tous ceux qui lenlourent et ^[u"il inspire se partagent entre l'antiquité profane et l'antiquité chrétienne, tels : (Jnofrio Panvinio, « ce glouton d'antiquités », Bagalto, Sigonio, Vettori, (îérard Yossius, pour en citer quelques-uns parmi bien d'autres, qu'ils soient prêtres ou laïques, moines ou séculiers.

Tous ces esprits ont soif de science et de vérité. Sans doute ils travaillent pour répondre aux attaques des protestants, mais ils travaillent aussi pour satisfaire aux exigences de leur propre critique ; alors même qu'aucune question de dogme ou de discipline ne se trouve engagée, ils éprouvent un impérieux besoin d'améliorer et d'étendre leurs connaissances. Le mot de « correction » est à l'ordre du jour. Les habitudes d'esprit sont telles, que l'Église sent le besoin d'établir à nouveau le texte de son droit canon : une commission est cliargée par le pape (îrégoire XIII de préparer, sous la haute direction d'Antoine Augustin, l'édition du Décret de Gratien, et elle fait api)el à travers toute l'Kurope aux lumières des éruditset aux ressources des bibliothèques; de son côté, le cardinal CarafTa entreprend sur un vaste plan une collection générale des lettres pontificales l'cc fameux Bullaire que nous attendons encore), et il la pousse, en trois volumes, jusqu'au pontificat de Grégoire VII ; puis, comme il faut introduire dans la célébration

des fêtes une rigueur et une unité que le calendrier julien ne permet pas d'atteindre, on n'hésite pas devant cette tâche si délicate de la correction du calendrier, on ne recule devant aucune difficulté, devant aucune dépense : on construit un Observatoire au Vatican, on s'adresse aux plus fameux mathématiciens, on appelle à Rome Clavius, Danti, Giglio, et on trouve dans l'universel Sirleto un érudit capable de suivre les calculs de la commission de spécialistes oii s'élabore la réforme.

Le mouvement parti de Rome s'est étendu de proche en proche chez tous les peuples catholiques. Les commissions Vaticanes étaient cosmopolites; elles ont eu dans tous les pays leur écho et leur contrecoup, et la France, cette fille ainée de l'Église, a pris bien vite la tête dans les études patristiques et liturgiques comme dans l'exégèse et dans l'histoire. Les jésuites et les oratoriens, si intimement mêlés à la contre-réformation et qui tiraient de Rome leur origine, ont été les initiateurs; la congrégation de Saint- Maur vint ensuite , qui pendant plus d'un siècle a représenté en Europe tout à la fois la science chrétienne et l'érudition française.

C'est de la Vaticane qu'est né en grande partie ce mouvement d'érudition; c'est à la Vaticane qu'il s'alimente. C'est la Vaticane qui fournit les éléments de l'édition grecque des Septante, pour laquelle la « congrégation » n'avait qu'à donner « mot à mot », comme elle l'annonçait, le texte du Codex Vaticanus ; c'est à elle qu'on a recours pour les grandes éditions de saint Cyprien, de saint Ephrem, de Théodoret; c'est elle qui procure à Baronius presque tous les matériaux diplomatiques ou littéraires de ces Annales de

Page 1