Le Vatican
Dans l'antiquité païenne, la religion est rattachée à la cité par une étroite dépendance; le culte qu'on rend à la divinité est Tune des manifestations du patriotisme local; entre le magistrat et le prêtre on distingue mal, ou, lorsqu'on distingue, le prêtre apparaît comme l'assistant du magistrat. IVaprès les conceptions de ce paganisme olliciel et orthodoxe. Dieu appartient à l'État plutôt qu'il n'est au-dessus de l'État. Il n'y a pas de place dans un pareil système pour une puissance morale et pour une puissance internationale telle que la Papauté : on pourrait démontrer au contraire ([uc la victoire du christianisme fut une revanche do la liberté humaine sur ce protectionnisme religieux, et que le maintien de la Papauté est l'expression durable de cette victoire.
Dans les premiers siècles de notre ère, un flot de
cultes orientaux envahissait l'Empire. Il y en avait de grossiers, et il y en avait de raffinés ; certains étaient chastes, d'autres obscènes. Mais, quels qu'ils fussent, la pauvre conscience humaine, tyrannisée par les minuscules religions d'État, salua dans ces cultes des instruments d'émancipation; leur succès fut prodigieux. Ils établissaient une communion directe entre l'homme et la divinité; et, sans distinguer entre le patricien et le plébéien , entre l'ingénu et l'esclave , ils admettaient tous les hommes aux initiations mystiques. L'esprit religieux commençait à se régénérer, le culte à se réchauffer. Les petites gens et les femmes, spectateurs ou comparses des vieilles cérémonies païennes, participaient à ces sacrements qu'apportait l'Orient.
Mais, parmi ces religions orientales, celle du Christ se distinguait par certains caractères féconds. Elle ne proposait pas seulement des rites et des purilications, elle imposait des dogmes et une morale. Elle ne prétendait pas se juxtaposer aux croyances existantes, mais s'y substituer : elle réclamait pour son Dieu, non point une niche du Panthéon, mais l'édifice tout entier.Enfin elle était organisée; et c'est dans cette organisation, précisément, qu'elle trouvait la vitalité nécessaire pour développer son dogme , faire régner sa morale et affirmer ses prétentions à la domination exclusive des âmes. Les petites chrétientés éparses dans le monde romain communiquaient entre elles, et la voix qui venait de Babylone ^ainsi désignait-on Rome) était répercutée jusque dans les communautés chrétiennes de l'Orient.
Ainsi, ni dans les religions dont le christianisme voulait prendre la place , ni dans celles qui lui dis