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APPARITION HISTORIQUE DE LA PAPAUTK

putaient cette succession , on ne retrouve cette notion de lÉglise, telle que le catholicisme l'a développée, et telle que lincarne aujourd'hui la Papauté.

Une monarchie spirituelle présidant à la seule religion dont l'ambition soit infinie, voilà ce qu'est la Papauté. L'Église, d'une part, veut avoir autant de sujets que l'humanité compte de membres, c'est pour elle une obligation divine de s'acheminer sans trêve à cette conquête. Et d'autre part, sur chacun li^s individus qui la professent, la religion du Christ prétend aux droits les plus complets : elle veut régner sans partage dans Tàme qui lui a fait adhésion ; elle ne s'offre pas comme un asile, que le fidèle pourrait à son gré visiter ou délaisser , ou comme un hôpital des cœurs, que ceux-ci quitteraient une fois guéris. Par une robuste prise, elle maîtrise toutes les éner- )çies de l'âme humaine, et porte un verdict sur tous les actes de la vie; car les dispositions de l'homme, dont ces actes émanent, sont justiciables de la morale, et le christianisme apporte une morale avec lui. Kn largeur comme en profondeur, les vis<''es de l'Église sont immenses. Elle veut s'étendre jusqu'aux derniers confins du monde et pénétrer les plus intimes replis de l'individu. Telle est sa mission et tel est par conséquent son droit. Un homme, le papt», est responsable de cette mission et souverain dépositaire de ce droit. Ainsi le veut l'économie de 1 Eglise.

L'existence d'une pareille puissance, <|ui est une barrière pour les autres, est un fait tellement singulier, qu'il n'en est aucune qui, depuis dix-huit siècles, ait subi plus de vicissitudes. Où faire vivre et comment faire vivre la Papauté.' Telle est l'éternelle question qui revient sans cesse dans l'histoire.

On a compris que le pape ne pouvait être un sujet, on en a fait un souverain. L'histoire témoigne que cette souveraineté n'offre pas encore aux pontifes une garantie sullisante de leur repos et de leur liberté : on les voit traqués par les seigneurs féodaux de la campagne romaine, inquiétés par la populace de la ville, en butte aux persécutions des empereurs de Germanie et aux entreprises des rois de France. Le pape ne peut admettre qu'on l'enclave dans un État, et qu'on donne ainsi au souverain de cet État les clefs de l'Église universelle. Maître lui-même d'un territoire , il ne peut faire que ce territoire n'ait des frontières et que ces frontières ne soient accessibles à des invasions ennemies. Cette indépendance sereine que l'on conçoit, théoriquement, comme un privilège nécessaire de la Papauté, est donc, en fait, irréalisable; on ne peut tout à la fois vivre sur la terre et ("chapper à la terre.

Mais c'est précisément ce prodige, ou, si l'on aime mieux, cette absurdité que la Papauté doit réaliser, et c'est seulement en la réalisant qu'elle répond à la confiance de Dieu et obtient la confiance du monde.

« Je crois parce que c'est absurde «, disait Tertullien au sujet de la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie. L'épithète d' « absurde » pourrait être reprise, avec la signification que Tertullien lui donne, au sujet de cette autre présence du Christ dans la personne de son Vicaire au Vatican. La perpétuiti' de cette institution, pour laquelle il ne semble pas y avoir de place ici-bas, est un démenti aux lois de l'histoire et aux classifications des politiques; elle marque une victoire des volontés humaines, qui reconnaissent le besoin d'un législateur transcendant

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