LA PAPAUTÉ ET LES INVASIONS BARBARES
lions romaines. Mais on trouva bientôt qu'il oubliait Homo : la flotte d'Égyple qui jadis apportait le blé vers Pouzzoles avait pris la direction de Constanlinople ; et cette seconde Rome, admise aux privilèges de la première, les diminuait en les partageant. Pour la parure île la ville aussi, les Césars lointains avaient cessé de dépenser. Le grand bâtisseur, dans la Rome du quatrième siècle, fut le pape Damase; l'archéologie, pour lui, était une des formes de la piété; il ouvrait à la lumière et rendait au culte les profondeurs des Catacombes; aux endroits les plus vénérables, il apposait ces magnifKiues inscriptions versifiées dont les Romains, peuple d'épigraphistes, ont toujours été friands. Il fit la toilette de la ville souterraine; l'orgueil et la dévotion des Romains lui en surent gré. Les papes de cette époque étaient en général populaires. Lorsque Libère, coupable d'avoir une autre opinion théologique ([ue l'empereur Constance, fut rnlevé do Rome et conduit en exil, les agents impériaux choisirent les heures de nuit pour accomplir cette besogne : de jour, ils eussent craint une sédition.
Le cinquième siècle amena dans l'Empire un torrent de barbares. Longtemps on l'avait canalisé; par petits groupes, on avait accueilli ces arrivants, soit comme colons, soit comm<' soldats; mais ces tactiques protectrices ne pouvaient vaincre des i)euplades entières qui, coalisant leurs efforts, frappaient ;iux portes. En (juclques bonds, elles furent à Rome.
Avec Alaric, le pillage et le deuil y firent invasion. Lt's temples, les palais, les maisons privées succombèrent sous les ruines; dix jours durant, tout fut en proi»' aux barbares et aux flammes. Dans ce désert,
une oasis subsistait : c'était Tendroit sacré où reposaient les corps de saint Pierre et de saint Paul. « Je suis venu faire la guerre aux hommes, non point aux apôtres », disait le chef ^Visigoth. Mais un jour les apôtres préservèrent les hommes. Une vieille femmo qu'un soldat voulait dépouiller, lui dit : « Je suis dépositaire des trésors apostoliques, je n'ai ni la force de les défendre ni le droit de te les donner ». Alaric, prévenu, ordonna que ces objets fussent reportés en grande pompe dans la basilique à laquelle ils appartenaient. Et derrière eux un long cortège se forma : vainqueurs et vaincus, Goths et Romains, associaient leurs chants. Ceux qui se joignaient au cortège pouvaient impunément se charger de bibelots précieux, les Goths n'y touchaient pas. A mesure que s avançaient les richesses sacrées, du logis de la vieille femme à la basilique Yaticane, la procession s'allongeait; et des païens même accouraient, les mains pleines, jaloux de conserver leur mobilier sous les auspices de l'Apôtre. A ces trésors de saint Pierre, par la volonté d'Alaric, était attaché comme un droit d'asile ambulant; et la frêle chrétienne qui en avait avoué le dépôt apparaissait plus puissante que les sénateurs d'autrefois, attendant les Gaulois sur leurs chaises curules : on avait tué ceux-ci; et celle-là, grâce au prestige des deux apôtres, contribuait au salut de Rome. Rappelez-vous les conceptions païennes : dans chaque cité, un objet sacré, représentation du dieu national, était considéré comme le gage du salut, comme la suprême défense des habitants : l'ennemi cherchait ù dérober cet objet, mystérieux obstacle t\ sa victoire. L'invasion d'Alaric montra que le palladium de Rome s'était déplacé; il n'était plus au Capi-