‹ Le VaticanChapitre 20 sur 91 · CHAPITRE II De saint Grégoire VII à Boniface VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE II De saint Grégoire VII à Boniface VIII

gbegoire vii : la papauté émancipée de l empire, l'Église émancipée de la féodalité.

Au milieu du onzième siècle l'Église d'Occident était menacée, tout ensemble, par les usurpations du pouvoir impérial et par les empiétements des pouvoirs féodaux. Les liefs couvraient l'Europe d'un vaste réseau, auquel tout possesseur de terre était rattaché. Évèchés, abbayes enchaînaient leurs titulaires dans la trame complexe et serrée des obligations féodales : c'était là un premier mal; il contraignait les ministres du Christ au métier des armes. Mais un mal plus grave, plus dangereux pour l'indépendance de l'Église, résultait de la nécessité de l'investiture; le suzerain, disposant de l'évêcbé, prétendait faire l'évêque ; il fallait qu'un prélat, soit par le serment do fidélité, soit par l'hommage lige, devînt d'abord l'homme du suzerain; par surcroit ensuite, coiffant la mitre, il se montrerait, si les deux obliga-

GRÉGOIllE VII : LA PAPAUTÉ ÉMANCIPÉE DE L'EMPIRE. 51

lions étaient compatibles, l'Iiomme de Dieu; le caractère temporel du seigneur ecclésiastique éclipsait le caractère spirituel du pasteur; l'investiture, qui conférait la terre, précédait le sacre; et la maîtrise des clercs et des laïques, suprême ofïice de l'évêque, était dévolue, comme une attribution secondaire, au possesseur du domaine ecclésiastique. La théorie canonique considi'rait la terre épiscopale comme un alleu ; le saint, patron de l'église, en (Hait propriétaire. Dans la théorie féodale, les droits du saint sont mé- . connus; la terre épiscopale devient un fief; et lorsque le laïque accorde au clerc « le don de l'évêché », il prétend l'investir, non seulement du sol rattaché à la mense, mais d'une juridiction sur les âmes. Les règles canoniques étaient méprisées. Tantôt le seigneur donnait l'évêché à un parent, et celui-ci se mariait pour que la famille conservât cet apanage : au mépris du célibat ecclésiastique, l'épiscopat devenait une caste. Tantôt le seigneur vendait l'évêché, sans craindre le reproche de simonie.

Au-dessus des innombrables souverainetés qui se partageaient l'Europe, l'Empereur se dressait. Chef suprême du monde féodal, il considérait les États de Saint-Pierre comme un fief dont il gratifiait le pontife, et celui-ci comme son vassal. Incarnation posthume du césarisme anti(iue, il comprenait mal que la domination du monde fût scindée, et que Dieu réservât au pape la maîtrise des âmes. La nature même de l'autorité impériale , les précédents des souverains de liyzance, qui ratifiaient les élections pontificales par une confirmation bureaucratique, enfin les concessions d'Eugène II, de Jean IX, do Jean Xll qui avaient subordonné la consécration du pape au consentement

des envoyés de l'Empereur, conviaient les rois de Germanie à certaines usurpations au détriment du Saint-Siège. On vit même des heures où ces usurpations parurent un bienfait. Otton le Grand au dixième siècle, Henri III au onzième, rendirent l'honneur à la Papauté, confisquée, comme un simple évêché, par les féodaux de Tusculum ou de Nomentum, et disputée par des mains indignes. Mais voulaient-ils la rendre à elle-même, ou seulement la faire changer de maître? Nommé en 10 i6, sous la pression d'Henri III, Clément II consentit que le choix même du pape ne pût se faire, à l'avenir, qu'en présence de l'Empereur: son successeur Damase II fut directement désigné par Henri. Ainsi, du haut en bas de la hiérarchie, l'Église, enchâssée dans le double édifice impérial et féodal, semblait vouée à la servitude.

Un moine, Hildebrand, prétendit l'émanciper. Il accompagnait à Rome, en 1049. Léon IX, que l'Empereur venait de faire pape; il lui fit promettre de ne conserver sa dignité qu'après avoir demandé l'assentiment du clergé et du peuple. Ainsi s'ébauchait le mouvement par lequel l'Église, ressaisissant l'ancienne liberté électorale, se détacha de l'Empereur. Nicolas II, ('lu pape en 1059 à l'instigation d'Hildebrand et avec le consentement de l'impératrice Agnès, fit l'acte décisif. « Tous savez, dit-il, quels désordres ont affligé le Siège Apostolique à la mort de mon prédécesseur Etienne. La simonie a mis en péril l'Église elle-même; notre devoir est de prévenir désormais de semblables abus ». La bulle In nomme Domini, immédiatement publiée, diminua, dans le choix des papes, la part du hasard et celle des caprices humains. Les cardinaux évoques obtinrent une

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