ROLE DE LA PAPAUTÉ AU CONCILE DE TRENTE
songeait exclusivement à l'Autriche, le cardinal de Lorraine à la France; derrière eux, ils avaient chacun leur faclion; ainsi prétendaient-ils faire le Concile; et lorsque durant de longs mois ces agents des souverains eurent travaillé les uns contre les autres, il se trouva qu'ils avaient travaillé au profit du Saiat-Siège. Plusieurs souverains s'en vengèrent en opposant aux doctrines de Trente, soit une oreille indocile, soit une fin de non-recevoir absolue. C'est seulement en Autriche, en Pologne et en Portugal, que les décrets du Concile furent accueillis sans réserves. Mais Philippe II lui-même, grand chasseur d'hérétiques pourtant, accepta seulement les décisions du Concile qui ne portaient pas atteinte « au patronage royal, aux droits royaux, privilèges de Sa Majesté ou de ses vassaux ». Catherine de Médicis, qui déplorait surtout la défense édictée par l'Assemblée de donner des bénéfices en commende à des séculiers, arrêta ces décrets à la frontière, comme un objet de contrebande. Ainsi, certains princes temporels, après avoir multiplié les sommations platoniques en faveur d'une réforme de l'Église, protestaient et reculaient, lorsqu'un concile et le Saint-Siège, à l'encontre des abus, dont ces princes profitaient, leur apportaient précisément cette réforme. Malgré la victoire définitive qu'avait obtenue la Cour de Rome dans le débat des investitures, ils inclinaient, par la force même de leur pouvoir, à considérer les questions d'Église comme étant questions d'Etat; maîtres absolus de l'Etat, ils rêvaient l'Église sujette dans l'État sujet. Nous sommes au d(''but d'une longue période de malentendus entre les papes et les souverains orthodoxes : ceux-ci témoigneront à l'Église un dévouement
plus négatif que positif; ils seront anti-protestants et anti-jansénistes plutôt qu'ils ne seront catholiques; à l'ombre du trùne << très chrétien » de Versailles, du trône « catholique » de Madrid, du trône « apostolique )) de Vienne, se maintiendront obstinément des excroissances parasites, comme la maxime de la souveraineté de l'État sur la religion; prélats assidus à la cour, parlementaires assidus au banc d'oeuvre ajouteront ces maximes au Credo chrétien, jusqu'à ce que la tourmente révolutionnaire fasse justice de telles interpolations, triplement condamnées par la pensée chrétienne, les papes et la pensée contemporaine.
Les partisans sincères d'une réforme catholique reçurent avec joie les décrets de Trente; c'est à la Papauté qu'ils en furent reconnaissants. Au moment où beaucoup d'entre eux désespéraient, elle avait continué d'espérer. A certaines heures du Concile de Trente, la victoire du protestantisme, soit sur les champs de bataille, soit dans les conseils des rois, paraissait imminente, et les alarmes de beaucoup d'hommes d'Église aggravaient encore ce péril. En 1363, malgré les signes de renouveau qui commençaient à paraître, Soranzo, ambassadeur de Venise, voyait un cardinal demandera Dieu la mort « pour ne point voir les obsèques et funérailles de Rome i) ; et le cardinal Morone, allant présider une session du Concile de Trente, déclarait qu'il n'y avait plus d'espérance. On considérait l'Église romaine comme une malade en péril de mort, et ceux-là mêmes qui désiraient sa guérison avaient cessé d'y compter. Seuls, parmi ces hommes de peu de foi, les papes imitaient l'optimiste candeur de Pierre, le premier d'entre