JL'LES II ET MICHEL-ANGE
Vers la lin de l'année 1504, Michel-Ange était à Florence où il avait sculpté son David et peint le carton de la Guerre de Pise, lorsque Jules II l'appela au Vatican. S'il est vrai que le pape, en faisant reconstruire Saint-Pierre, n'avait d'autre idée que d'y loger son tombeau, c'était à Michel- Ange seul (ju'il pouvait demander ce tombeau, pour qu'il fût digne de la basilirjue nouvelle. Le génie âpre et surhumain de l'artiste que consumait une ardeur divine de créer, et qui eût voulu tailler sous l'infini du ciel des montagnes entières, était tout désigné à servir une ambition aussi intelligente que démesurée. Les mêmes désirs, les mêmes colères agitaient le sculp-
teur et le pape ; et ces caractères emportés se ressemblaient trop pour que leurs ruptures ne fussent pas suivies de réconciliations qui font également honneur à tous deux. La fierté de Michel-Ange ne reconnut jamais qu'une souveraineté, celle des papes ; et vraiment, au long de cinquante années, il fut presque constamment à leur service; cinquante années de triomphes ou de martyres, d'encouragements et de persécutions, durant lesquelles sont nés quelquesuns des plus purs chefs-d'œuvre que l'humanité connaisse, durant lesquelles aussi se traîna, sans cesse arrêtée et reprise, l'histoire du monument commencé par Jules II, ce qu'on a nommé la Tragédie du Tombeau.
Le plan de ce tombeau ne fut jamais absolu. Un dessin conservé au musée des Offices nous en donne la conception générale. Le monument se composait en principe d'un socle gigantesque soutenu de cariatides terminées par des gaines. Autour de ce socle étaient debout de jeunes hommes nus, les mains liées, qui représentaient les Arts et les Sciences réduits en esclavage par la mort du pape; dans l'intervalle, sous de larges niches, des Victoires foulaient aux pieds les Provinces soumises. Au-dessus du socle, un sarcophage portait le pape endormi, que veillaient des génies ou des anges; et, aux quatre angles, des figures colossales étaient assises, parmi lesquelles saint Paul et Moïse, la Vie active et la Vie contemplative.
Michel-Ange installa son atelier aux portes mêmes de Saint-Pierre, et alla chercher à Carrare le marbre dont il avait besoin. Mais l'œuvre où il avait attaché toute son âme fut interrompue bientôt par les exi-