‹ Le VaticanChapitre 67 sur 91 · JULES 11 ET MICHEL-ANGE · texte numérisé non relu

JULES 11 ET MICHEL-ANGE

gences du pape. On sait l'histoire de cette première brouille, la fuite de l'artiste, sa soumission à Bologne, cette statue en bronze de Jules 11, placée au portail de Saint-Pétrone, et qui, donnée quatre ans plus tard au duc Alphonse de Ferrare par les Bolonais révoltés, fut convertie en une bombarde, la Giulia. Les peintures de la Si.xtine absorbent Michel-Ange revenu à Home; puis le pape meurt, et d'année en année, parmi d'innombrables changements, la tragédie du tombeau continue, et n'aura d'autre dénouement que la mort même du grand artiste. Le tombeau, réduit à de mesquines proportions, orné de mesquines statues par les élèves de Michel-Ange, ne se dressa point sur les voûtes colossales de la basilique Yaticane ; il fut relégué dans une nef latérale de Saint-Pierre aux Liens, le titre cardinalice de Jules IL

Mais qu'importe la forme du tombeau, et son ornement? Une seule figure y vit, d'une vie plus intense et plus haute que l'existence mortelle; Moïse est assis, tenant les tables de la Loi. Sa robe, relevée au genou, montre une jambe effrayante, prête à se dresser; ses bras musclés sont hatfitués au.x luttes, et ses mains aux fortes veines plongent dans le fleuve de sa barbe prodigieuse. Sa tête farouche où pointent deux cornes se tourne vers les idolâtres du veau d'or; ses narines se gonflent, ses lèvres se plissent amèrement, et dans son regard passent encore les éclairs du Sinaï. Ah. l'oeuvre étrange, surprenante, et qui ne ressemble à rien! La statue de Jules H par Michel- Ange est détruite; mais l'âme de Jules 11 est dans le Moïse, mêlée à l'âme de Michel-Ange.

Michel, plus ([ue morlcl, an^e divin;

voilà le cri du seizième siècle, et qui nous retentit au cœur, quand nous avons contemplé, après le Moïse, les restes épars de limmense tombeau : ce génie victorieux du Bargello de Florence, fortement agenouillé, avec une expression de fierté souveraine, sur un corps d'homme anéanti, ces captifs du Louvre, beaux comme des dieux antiques, infiniment las, irrités et souffrants, et ceux que l'on entrevoit relégués dans la grotte obscure du jardin Boboli, ébauchés à demi, encore engagés dans le marbre, et faisant de douloureux efforts pour sortir vers la lumière, vers la vie.

A peine l'œuvre énorme du tombeau commencée, Jules II n'y songeait plus. Une autre idée le hantait, faire achever par Michel-Ange la décoration de la chapelle où Sixte lY avait su réunir les meilleurs peintres italiens. Bramante jalousement l'y poussait, t^spérant de ce fardeau terrible écraser un rival peu expert en peinture, et l'immoler au jeune talent de Raphaël, qui, cette même année 1508, installait son atelier aux Chambres du Vatican. Le maitre, après son séjour prolongé à Bologne, s'était réfugié à Florence, où il voulait sculpter les douze apôtres pour Sainte-Marie des Fleurs. Il obéit à regret aux ordres du pape et se mit au travail le 10 mai 1308. Il ne s'agissait d'abord que de peindre les ajtôtres aux lunettes des fenêtres; et Michel-Ange, ayant remplacé par un nouvel échafaudage celui de Bramante, • lu'il jugeait insuflisant, lit venir de Florence quelques [leintres pour l'initier aux procédés de la fresque, qu'il ne connaissait point. Mais, peu satisfait de leur besogne, il les congédia, fit effacer les peintures commencées, gratter le décor exécuté sous Sixte IV,

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