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LES PAPES MEDICIS

mêlent au classique décor; la plus intéressante nous montre les élèves de Raphaël dessinant, peignant, modelant leurs stuc? aux parois mémos des Loges.

Jean d'Udine, qui avait composé sous la direction do Raphaël lés bordures des Tapisseries, orna également de fresques et de stucs la galerie inférieure des Logos, au premier titage du palais; il la recouvrit d'un troillis de vignes et de lianes, où se jouent toute sorte d'animaux; décor dont la science moins apparente laisse mieux sentir la fraîcheur et la gaieté. Chargé, avec Pierino del Vaga, do peindre dans l'appartement Borgia le vaste plafond de la première salle, il y montra les se[>t planètes, les douze signes du zodiaque, et les constellations connues des anciens, dont les figures de stuc aux blancheurs mates ressortent sur le champ bleu , vert ou doré des médaillons. Il décora encore, pour le cardinal Jules de Médicis, le futur Clément VU, la vaste loggia de la villa Madame, qui (h'ployait, des flancs du Monte Mario jusqu'aux bords du Tibre, son édifice robuste construit par Raphaël, et ses terrasses pittoresquemont étagées où des colonnades et des fontaines de marbre et de mosaïque mêlaient leur éclat à la verdure dos plantes. C'est dans ce palais autrefois merveilleux, et devenu maintenant, comme la Magliana, une ferme qui lombe en ruines, que sont des chefsd'œuvre trop pou connus , les vrais chefs-d'œuvre décoratifs du seizième siècle. L'harmonie , très incertaine aux Loges Valicanes, est ici souveraine. La convenance et la symétrie do rornement, le calme discret des couleurs, qui ne servent qu'à faire valoir l'exquise finesse des stucs, satisfont l'œil et l'esprit. Les stucs antiques les plus célèbres n'atteignent pas ce goùl

inimitable, cette infime variété de motifs. Les grands pilastres si sobres et si légers soutiennent les absides où des niches menues abritent des statuettes de déesses, des bustes de héros; des fleurs s'ouvrent, et de petits corps d'une grâce incroyable en sortent; et partout reparaissent l'anneau et les plumes des Médicis, parmi les jeux d'amours, le sourire des nymphes et les rustiques accords de Pan.

Les dieux d'autrefois règnent-ils encore? Étrange pouvoir de cette antiquité ressuscitée, qui transforme les consciences et les cœurs! Le paganisme des Médicis, qu'avaient frappé à Florence les foudres de Savonarole, s'épanouissait librement à Rome. Les austérités de l'art religieux pouvaient-elles attirer Léon X, ce curieux de choses rares plutôt que belles, ce chercheur raffiné de douces et voluptueuses harmonies? Il avait, au Vatican, une ménagerie de bêtes et d'oiseaux précieux, dont' ses artistes lui conservaient les images; Raphaël lui peignit un éléphant qu'il aimait fort. 11 se délectait au théâtre, et aux jeux de toute sorte. Prodigue plus encore que généreux, il semait l'or à pleines mains. Les fêtes de son couronnement furent les plus magnifiques que jamais pape eût célébrées. Entre le Vatican et le Latran, pour la procession solennelle, des arcs de triomphe furent dressés sous la direction d'Antonio da San Gallo, et Raphaël fut du nombre des peintres qui ornèrent les bannières et les dais. Parmi les fontaines de vin jaillissantes, parmi les feuillages, les fleurs et les tapisseries, on put voir des marbres antiques, les divinités de la Rome païenne qui rendaient hommage au pape leur protecteur.

Rome, sous les papes Médicis, s'affaiblit dans une

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oisiveté heureuse. Comment Clément Vil eùt-il réussi à éloigner de l'art une décadence qu'il était incapable de pressentir? Cette décadence, à peine commencée, semblait déjà sans remède, llaphai-l était mort n 1520, ne laissant derrière lui que d'habiles metteurs en œuvre, incapables d'une haute pensée. Une fois terminées les fresques monumentales de la salle de Constantin, il se trouva que ces élèves du grand peintre clirétien ne savaient ])lus tracer que de petites compositions aimables, qui répondent à la littérature et aux mœurs du temps. La chambre de bains du cardinal Bibbiena, au Vatican, celle de Clément VII, au Château Saint- Ange, pourraient avoir appartenu à quelque Romain du siècle de Titus. L'art s'est rapetissé, tout en gardant d'ailleurs, dans ces œuvres de menue dimension, un raflinemenl et une science extraordinaire. Nommer Benvenuto Cellini, c'est dire quelle perfection sut atteindre, sous Clément VII, l'orfèvrerie romaine; les médailles de Cellini et de Caradosso, les pierres gravées de Bernardi et de Belli peuvent se comparer aux plus délicates merveilles antiques, dont elles s'inspirent.

Michel-Ange seul eût pu donner uni' vie nouvelle à cet art (|ui s'éteignait dans une élégante corruption. Mais, craignant les Médicis, il n'apparaissait à Rome •ju'en fugitif; dans l'espace de vingt ans, il n'y envoya qu'une statue, le Christ tenant sa croix, (pie l'on voit à Sainh'-Marie de la Minerve; et ce sera toujours un reproche à la mémoire de Léon X, d'avoir si «ruellemenl méconnu If puissant et irritable artiste. Léon X l'éloignait du tombeau de Jules II, et lui commandai! une façade pour Saint-Laurent de Florence, l'église des Médicis. Façade ([ui ne fut même

pas commeno'^e , et pour laquelle ce génie s'usa st(''rilement à surveiller l'extraction des marbres dans les carrières de Seravezza et de Carrare. En 1519, il demandait au pape de sculpter le tombeau de Dante, dont les Florentins voulaient reprendre les ossements à Ravenne. Léon X rattacha à la besogne ingrate d'élever le mausolée des Médicis; et, tout inachevée (ju'elle nous reste, la célèbre chapelle florentine ajoute à l'œuvre de Michel-Ange une page immortelle de méditation douloureuse et hautaine.

La Ville, engourdie dans les plaisirs, se réveilla sous une insulte inouïe. Le sac de Rome par les Impériaux, en 15:27, fut regardé par les sectaires de la Réforme comme une vengeance du ciel. Les prophéties luthériennes, qui condamnaient « la Ninive papale » à expier ses péchés par le feu et par le sang, étaient accomplies dans toute leur fureur; l'incendie achevait ce que le massacre avait épargné. Clément VII, du Château Saint-Ange où il s'était enfermé avec ses cardinaux, voyait ces barbares, pareils aux Vandales ou aux Sarrasins d'autrefois, envahir les maisons, où l'on entendait les cris des femmes et des enfants suppliciés , enlever des églises et des couvents les vases et les vêtements sacrés, qu'ils traînaient dans la boue, assiéger les palais où quelques nobles et prélats se défendaient encore. Des artistes et des lettrés qui suivaient la Cour romaine, beaucoup avaient fui, d'autres furent presque réduits à la mendicité ou à l'esclavage ; et que de chefsd'œuvre perdus sans retour! Les trésors du Vatican et du Latran, les reliques les plus vénérables, les tiares, les chasubles, les tabernacles, les calices ornés par les grands artistes du (luinzièrae siècle, les

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