LES PAPES MEDICIS
1er dans un désordre affreux ses mosaïques, ses vitraux, les chapiteaux effrités de ses colonnes, parmi les tombes des papes et les autels déserts.
Dans Home, Léon X faisait élever à sa gloire, par Sansovino, la lourde église de Saint-Jean des Florentins, qui ne fut terminée qu'au dix-huitième siècle; Peruzzi, les San Gallo construisaient des palais dont les façades étaient ornées de bas-reliefs ou de peintures dans le goût antique ; Haphaël peignait pour le i)anquier Chigi les Sibylles de Sainte-Marie de la Paix, et préparait les mosaïques de Sainte-Marie du Peuple. Hors de Rome, c'était Rapliaf-l encore qui dirigeait la décoration de la Magliana, le rendez-vous de chasse des papes; il y faisait peindre par ses élèves ces gracieuses Ogures de Muses que possède maintenant la galerie du Capitole , le Martyre de sainte Cécile , détruit en 18'JO, et le Père Éternel bénissant le monde, transporté au Louvre en 1871}. Vfrs la fin de sa vie, il est entièrement conquis à l'amour de l'antiquité; il ne se contente plus d'y chercher presque uniquement les motifs de ses œuvres d'art, il s'y attache en archéologue attentif et jaloux. Un bref du 27 août l.'Slo lui avait conféré la surveillance des marbres antiques. Le Rapport qu'il adressa au pape en 1518 ou 1510 sur l'état de l'architecture romaine, est une apologie en règle des monuments antiques, non moins qu'une absolue condamnation de l'architecture du moyen âge, englobée sous le nom d'architecture allemande. Raphaël avait entrepris, et la mort malheureusement arrêta l'œuvre à peine commencée, de relever et de restituer par de minutieux dessins tous les monuments de l'ancienne Rome. Ce travail immense, que seul peut-être il était capable de mènera bien, eût frayé la
voie aux recherches modernes ; mais, à défaut des précieux papiers disparus, c'est dans les fresques et dans les tapisseries du Vatican qu'il nous faut chercher celte âme de l'architecture antique que le grand peintre s'efforçait de ressusciter.
Parler de l'influence de l'antiquité sur la sculpture du seizième siècle, c'est faire l'histoire de cette sculpture. Michel-Ange appelait le torse du Belvédère son maître. La peinture elle-même ne vivait que d'imitation antique; et cette imitation renouvela l'art dé» coratif. Pinturicchio, dans l'appartement Borgia, avait le premier fait usage de ces figures d'ornement, mêlées aux rinceaux de feuillage, qu'on nevoyait avant lui qu'aux bordures peintes des manuscrits. Il y mêlait, à l'exemple de ces fresques des thermes et des colombaires que l'on commençait à connaître, de petits reliefs de stuc; c'étaient, comme on les appela dès lors, les grotesques, les ornements peints dans les grottes antiques. La découverte des thermes de Titus fournit à ces décors nouveaux de merveilleux modèles, et le génie d'un Jean d'Udine en sortit tout armé. Comment décrire la richesse éblouissante de ces pilastres des Loges , oîi la blancheur des stucs finement ciselés tranche si délicatement sur les fonds aux vives couleurs? Tous les motifs s'y mêlent dans le désordre le plus joyeux, la seule harmonie étant celle des formes et des teintes. Ce sont des bouquets de fruits les plus variés suspendus à des cordons, et ce sont des volutes de feuillage oii se jouent des serpents, des rats, des écureuils. Tous les dieux de l'Olympe et toutes les allégories antiques passent dans des médaillons travaillés comme des camées; et voici qu'en même temps de petites scènes modernes se