LES PAPES ET LES EMPEREURS DE BYZANCE
condamnait ù la fois, par la voix du pape Célestin, les Nestoriens qui admettaient dans le Christ une dualité de personnes, et, par la voix du pape Léon, les Eutychiens, qui niaient dans le Christ la dualiti' des natures.
Cette indépendance de la Papauté ne demeura pas impunie. Que le grand prêtre ait une autre opinion ((ue celle de l'État, c'est ce que ne peut admettre le paganisme. Les Césars de Byzance sont d(!S païens inconscients. Les papes Libère, Vigile, Martin, furent maltraités et exilés, parce quils refusaient de définir le dogme et d'apprécier l'hérésie conformément aux inspirations impt'riales. Sergius et Jean A'I auraient eu la même fortune, si les Romains soulevés n'avaient empêché l'exarque d'exécuter les ordres hostiles de l'empereur. Les résistances de ces papes, et surtout les souffrances qui les expiaient, étaient si importunes pour les Césars d'Orient, qu'à certaines heures ceux-ci se préoccupèrent d'installer sur la chaire de Pierre des papes qui fussent leurs chapelains; ils n'y réussirent point. L'impératrice Théodora fait de Vigile une sorte d'antipape; mais Vigile, devenu pape légitime, refuse à Théodora toute concession dogmatique et préfère la prison.
Impuissants à asservir les papes, ils résolurent d'affaiblir la Papauté; et lentement, en face de l'évèché de Kome, ils édifièrent le patriarcat de Constantinople. Dans un de ses canons, le Concile de Chalcédoine di'clara que la prééminence de Rome el de Byzance dans l'Empire entraînait, par une corrélation nécessaire, une primai ie spéciale, dans l'Ëglise, des évoques de ces deux villes. Il parut à saint Léon le Grand que cette raison politique n'était pas néces-
saire pour exhausser le siège de Rome et qu'elle n'était pas suffisante pour exhausser le siège de Byzance. Sous ces réserves, Rome laissa faire : le patriarche de Byzance s'intitula bientôt patriarche œcuménique ; llllyrie et la Calabre furent détachées par les empereurs de la juridiction du siège romain et soumises au patriarcat byzantin.
Entre les héritiers de Constantin et les successeurs de saint Silvestre, Iharmonie était précaire et fragile. Longtemps, par une parfaite obéissance politique, les papes rachetèrent leur indépendance théologique : on est surpris, choqué même par le langage soumis que tiennent certains papes d'avenir, comme Grégoire le Grand, à ces Césars de décadence : c'est lorsque la foi est en jeu, seulement, qu'ils se redressent. Mais cette situation fausse ne pouvait être éternelle. Les empereurs d'Orient n'ont jamais saisi le véritable esprit du christianisme : entre eux et les dépositaires de cet esprit, un définitif et irrémédiable conflit devait, tôt ou tard, éclater.