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LES PAPES ET LES EMPEREURS DE BYZANCE

impériale, que les hérésies chères aux empereurs trouveront un puissant soutien, et c'est grâce à ces chrétiens qu'elles toucheront à la victoire. L't'mancipation de la conscience religieuse à l'égard du pouvoir laïque était alors une telle nouveauté, que les empereurs et leurs courtisans pouvaient à peine la saisir. « Ma volonté tient lieu de canons », disait Constance, fils de Constantin.

En faisant acte de thi'ologiens, les Césars de Byzance croyaient remplir une moitié de leur mission. Tantôt ils faisaient des conciles, comme Théodose II, auteur de ce rassemblement ecclésiastique qu'on appelle le brigandage d'Éphèse, et tantôt ils les défaisaient, comme Zenon, qui prétendit, par son Hrnolique, donner une entorse aux décisions du concile de Chalcédoine. Volontiers ils légiféraient sur le dogme : lustinien, nullement hérétique d'ailleurs, s'érigeait en juge de \ Index; il condamnait, de son autorité propre, neuf propositions d'Origène. Léon, qui fit la guerre au culte des images, écrivait au pape (jrégoire II : « Je suis prêtre et roi >). Voilà la maxime du gouvernement byzantin : le schisme de Photius et Cérulaire en sortira.

Il se trouva des évêques , des conciles même pour seconder ces étranges prétentions des Césars de Constantinople; heureusement, au-dessus de ces évêques et de ces conciles, le Pape subsistait. Dès la lin du cinquième siècle, Gélase, dans une lettre à l'empereur Anastase, proclamait l'indéprudance du pouvoir spirituel en des termes expressifs, dont les grands papes du moyen âge ne dépasseront pas la vigueur : « Il y a deux choses par les(iuolles ce monde est gouverné : l'autorité des pontifes et la puissance

royale, entre lesquelles la charge des prêtres est d'autant plus lourde qu'ils doivent rendre compte à Dieu, au jugement dernier, même de Tàme des rois. Vous n'ignorerez pas que. quoique votre dignité vous fasse présider au genre humain, dans les choses divines vous courbez avec dévotion votre tête devant les pontifes; et en tout ce qui concerne, ce domaine, vous devez leur être soumis et non les diriger. Pour ces choses, vous dépendez de leur jugement et n'avez pas le droit de les régir à votre volonté ».

C'est à l'heure où l'Église, surgissant à la lumière, doit compter avec des souverains chrétiens, que la nécessité dune monarchie spirituelle est confirmée par l'expérience des faits. A l'égard de Dieu et des fidèles, de ses prédécesseurs et de ses successeurs, un pape se sent responsable : lorsqu'il parle ou agit en souverain spirituel, l'institution même qu'il incarne est nécessairement solidaire de ses paroles et de ses actes. Ce sentiment le rend ferme et vigilant; il lui donne, contre les usurpations qui lèsent le christianisme, une force de résistance et des raisons de résister. Et. lorsque les Césars byzantins s'instituaient théologiens, ce n'était pas trop de la Papauté pour maintenir, à l'encontre et au-dessus de leurs raffinements, l'intégrité de la foi. Le travail fut dur; car les hérésies s'engendraient entre elles, la réaction contre une erreur engendrait une erreur inverse, et l'esprit byzantin flottait d'un extrême à l'autre. Rome marquait la ligne mitoyenne : elle se tenait à égale distance des Sabelliens, qui supprimaient toute distinction réelle entre la personne du Père et celle du Fils, et des Ariens, qui professaient la subordination du Fils au Père et niaient l'éternité du Fils. Elle

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