‹ Le VéloceChapitre 11 sur 75 · I.E RPERONAUE · texte numérisé non relu

I.E RPERONAUE

les zigzags et les angles les plus abrupts et les plus fantasti- (jues, tandis (lue nos matelots, [)Our s’animer les uns les autres, criaient l'i (iie-tête : Tiilti do l tutti do I Pendant ce temps^ Pietro etriiomme delà barque à l’ancre se démenaient comme deux possédés, se répondant Pun à l’autre comme des télégraphes, indiquant à Giovanni, qui se tenait raide, immobile, les yeux fixes et son harpon à la main, dans la pose du Romulus des Sabines^ l’endroit où était le yesce spado que nous poursuivions. Enfin, les muscles de Giovanni se raidirent, il leva le bras; le harpon, qu’il lança de toutes ses forces, disparut dans la mer ; la barque s’arrêta à l’instant même dans une immobilité et un silence complets. Mais bientôt le manche du harpon reparut. Soit que le poisson eût été trop profondément enfoncé dans l’eau, soit que Giovanni se fût trop pressé, il avait manqué son coup. Nous revînmes tout penauds prendre notre place auprès de la grande barque.

Une demi-heure après, les mêmes cris et les mêmes gestes recommencèrent, et nous fûmes emportés de nouveau dans un labyrinthe de tours et de détours ; chacun y mettait une ardeur d’autant plus grande, qu’ils avaient tous une revanche à prendre et une réhabilitation à poursuivre. Aussi, cette fois, Giovanni fit il deux fois le geste de lancer son harpon, et deux fois se retint-il ; à la troisième, le harpon s’enfonça en sifflant; la barque s’arrêta, et presqu’aussilôt nous vîmes se dérouler rapidement la corde qui était dans le tonneau ; cette fois, l’espadon était frappé, et emportait le harpon du côté du Phare, en s’enfonçant rapidement dans l’eau. Nous nous mîmes sur sa trace, toujours indiquée par la direction de la corde ; Pietro et Giovanni avaient sauté dans la barque, et avaient saisi deux autres rames qui avaient été rangées de côté; tous s’animaient les uns les autres avec le fameux

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tutti do. Et cependant, la corde, en continuant de se dérouler,. nous prouvait que l’espadon gagnait sur nous; bientôt elle arriva ù sa fin, mais elle était arrêtée au fond du tonneau ; le tonneau fut jeté à la mer, et s’éloigna rapidement, surnageant comme une boule. Nous nous mîmes aussitôt à la poursuite du tonneau, qui bientôt, par ses mouvemens bizarres et saccadés, annonça que l’espadorn était à l’agonie. Nous profitâmes de ce moment pour le rejoindre. De temps en temps de violentes secousses le faisaient plonger, mais presqu’aussitôt il revenait sur l’eau. Peu à peu les secousses devinrent plus rares, de simples frémissemens leur succédèrent, puis ces frémissemens même s’éteignirent. Nous attendîmes encore quelques minutes avant de toucher à la corde. Enfin Giovanni la prit et la tira à lui par petites secousses, comme fait un pêcheur à la ligne qui vient de prendre un poisson trop fort pour son hameçon et pour son crin. L’espadon ne répondit par aucun mouvement, il était mort.

Nous nageâmes jusqu’à ce que nous fussions à pic au-dessus de lui. Il était au fond de la mer, et la mer, nous en pouvions juger parce qu’il restait de corde en dehors, devait avoir, à l’endroit où nous nous trouvions, cinq cents pieds de profondeur. Trois de nos matelots commencèrent à tirer la'corde doucement, sans secousses, tandis qu’un quatrième la roulait au fur et à mesure dans le tonneau pour qu’elle se l/ouvât toute prête au besoin. Quant à moi et Jadin, nous faisions, avec le reste de l’équipage, contrepoids à la barque, qui eût chaviré si nous étions restés tous du même côté.

L’opération dura une bonne demi-heure; puis Pietro me fit signe d’aller prendre sa place, et vint s’asseoir à la mienne. .Te me penchai sur le bord de la barque, et je commençai à voir, à trente ou quarante pieds sous l’eau, des espèces d’éclairs. Gela arrivait toutes les fois que l’espadon.

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rjtti remontait h nous, roulait sur lui-même, et nous montrait son ventre argenté. Il fut bientôt assez proche pour que nous pussions distinguer sa forme. Il nous paraissait monstrueux; enfin il arriva ù la surface de l’eau. Deux de nos matelots le saisirent, Tun par le pic, l’autre par la queue, et le déposèrent au fond de la barque. Il avait de longueur, le pic compris, près de dix pieds de France.

Le harpon lui avait traversé tout le corps, de sorte qu’on dénoua la corde, et qu’au lieu de le retirer par le manche, on le retira par le fer, et qu’il passa tout entier au travers de la double blessure. Cette opération terminée, et le harpon lavé, essuyé, hissé, Giovanni prit une petite scie et scia l’épée de l’espadon au ras du nez; puis il scia de nouveau cette épée six pouces plus loin, et me présenta le morceau; il en fit autant pour Jadin ; et aussitôt, lui et ses compagnons scièrent le reste en autant de parties qu’ils étaient de rameurs, et se les distribuèrent. J’ignorais encore dans quel but était faite cette distribution, quand je vis chacun porter vivement son morceau à sa bouche, et sucer avec délices l’espèce de moelle qui en formait le centre. J’avoue que ce régal me parut médiocre; en conséquence, j’offris le mien à Giovanni, qui fit beaucoup de façons pour le prendre, et qui enfin le prit et l’avala. Quant ù Jadin, en sa qualité d’expérimentateur, il voulut savoir par lui-même ce qu’il en était ; il porta donc le morceau à sa bouche, aspira le contenu, roula un instant les yeux, fit une grimace, jeta le morceau ù la mer, et se retourna vers moi en me demandant un verre de muscat deLipari, qu’il vida tout d’un trait.

Je ne pouvais me lasser de regarder notre prise. Nous étions assurément tombés sur un des plus beaux espadons qui se pussent voir. Nous regagnâmes la grande barque avec notre prise, nous la fîmes passer d’un bord à l’autre, puis

IMfM\ESS10NS DE VOYAGE.

nous nous apprêtâmes à une nouvelle pêche. Après deux coups de harpon manqués , nous prîmes un second pesce spado^ mais plus petit que le premier. Quant aux détails de la capture, ils furent exactement les mêmes que ceux que nous avons donnés, à une seule exception près : c’est que le harpon ayant frappé dans une portion plus vitale et plus rapprochée du cœur, l’agonie de notre seconde victime fut moins longue que celle de la première, et qu’au bout de soixante-dix ou quatre-vingts brasses de corde le poisson était mort.

Il était onze heures moins un quart, j’avais donné rendezvous à onze heures au capitaine ; il était donc temps de rentrer en ville. Nos matelots me demandèrent ce qu’ils devaient faire des deux poissons. Nous leur répondîmes qu’ils n’avalent qu’à nous en garder un morceau pour notre dîner, que nous reviendrions faire à bord sur les trois heures, après quoi, sauf le bon plaisir du vent, nous remettrions à la voile pour continuer notre voyage. Quant au reste du poisson, ils n’avaient qu’à le vendre, le saler ou en faire cadeau à leurs amis et connaissances. Cet abandon généreux de nos droits nous valut un redoublement d’égards, de joie et de bonne volonté qui, joint au plaisir que nous avions pris, nous dédommagea complètement des quatre piastres de première mise de fonds que nous avions données.

Nous trouvâmes le capitaine, qui nous attendait avec son exactitude ordinaire. Jadin se chargea de régler les comptes avec notre hôte, et de faire approvisionner par Giovanni et Pietro le bâtiment de fruits et de vin. Je m’en allai ensuite avec le capitaine faire ma visite au chef de la police messinoise.

Nous trouvâmes, contre l’habitude, un homme aimable et de bonne compagnie. 11 était d’ailleurs lié avec le docteur qui

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avait traité Jadin, et qui lui avait parlé de nous très favorablement. Nous lui raconlAmes Taventure de Cama, comment il avait oublié son passeport pour me suivre plus vite dès qu’il avait su que J’étais un digne appréciateur de Roland, et comment enfin son refus de changer de nom, qui indiquait au reste la droiture de son âme, avait amené son arrestation. Le chef de la police fit alors donner au capitaine sa parole d’honneur que Cama, pendant tout le voyage, resterait à bord du speronare et ne descendrait point à terre. Je me permis de faire observer à Tautorité que j’avais pris un cuisinier pour me faire la cuisine, et non comme objet deluxe. J’ajoutai que comme du moment où il mettait le pied à bord du bâtiment, il était pris du mal de mer, sa société me devenait parfaitement inutile tout le temps que durait la navigation, et je lui avouai que j’avais compté me rattraper de ce sacrifice pendant notre voyage de terre; mais j‘eus beau faire valoir toutes ces raisons, en appeler de Philippe endormi à Philippe éveillé, la sentence était portée, et le juge n’en voulut pas démordre. îl est vrai qu’il m’offrait un autre moyen; c’était de laisser Cama en prison pendant tout le voyage, et de ne le reprendre qu’à mon retour, époque à laquelle il me donnerait un certificat qui, constatant que mon cuisinier était resté à Messine par une cause indépendante de ma volonté, et qui ne pouvait être attribuée qu’à sa propre faute, me dispenserait de le payer. Mais j’eus pitié du pauvre Cama. Le capitaine donna sa parole, et le chef de la police, en échange, me remit l’ordre de mise en liberté du prisonnier. Je laissai au capitaine le soin de faire sortir Cama de prison ; je lui recommandai d’ôtre à trois heures juste en face de la Marine, et je rentrai à k’hôtel.

Je trouvai Jadin en grande discus^^ion avec l’aubergiste, qui voulait lui faire payer les déjeuners qu’il n’avait pas pris,

IMPHESSIONS DE VOYAGE.

SOUS prélexle que nos chambres étaient de deux piastres chacune, nourriture comprise; en outre, il présentait un compte de dix- huit francs pour limonade, eau de guimauve, etc. Après une menace bien positive d’aller nous plaindre à l’autorité d’un pareil vol, il fut convenu que tout ce qui avait été pris, de quelque façon que l’absorption se fût faite, passerait pour nourriture. Il en résulta que Jadin paya son eau de guimauve et sa limonade comme si c’eût été des côtelettes et des beefsteaks, moyennant quoi notre hôte voulut bien nous tenir quitte, et nous pria de le recommander à nos amis.

A trois heures, nous vîmes arriver Pielro et Giovanni, qui s’étaient constitués nos serviteurs, et qui venaient chercher nos malles. Le vent était bon, et le bâtiment n’attendait plus que nous pour mettre à la voile. La première personne que nous aperçûmes en montant à bord fut Cama. La prison lui avait été à merveille; ses yeux étaient débouffis et ses lèvres désenfïées, de sorte qu’il avait retrouvé un visage â peu près humain. L’incarcération, au reste, l’avait rendu on ne peut plus traitable, et il était prêt désormais à prendre tous les noms qu’il me plairait de lui donner. Malheureusement cette abnégation patronymiquelui venait un peu tard.

Au reste, avec sa santé, Cama réclamait ses droits; il s’était revêtu de son costume des grands jours pour imposer à quiconque tenterait d’usurper ses fonctions. Il avait la toque de percale blanche, la veste bleue, le pantalon de nankin, le tablier de cuisine coquettement relevé par un coin, et il appuyait tièrement la main gauche sur le manche du couteau passé dans sa ceinture. Giovanni n’avait ni toque de percale, ni veste bleue, ni pantalon de nankin, ni tablier drapé, ni couteau de cuisine coquettement passé au côté, mais il avait des antécédens respectables, et parmi ces antécéclens, le dé-

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jeimor qiril nous avait fait faire la veille chez le capitaine. Aussi ne paraissait-il aucunement disposé h faire la moindre concession. Il avait d’ailleurs un auxiliaire puissant : c’était Milord, qui l’avait reconnu jusqu’à présent pour le véritable distributeur d’os et de pâtée, et qui était parfaitement disposé à le soutenir. Je vis que la chose tournait tout doucement à mal ; j’appelai le capitaine, et ne voulant mécontenter ni l’un ni l’autre de ces fidèles serviteurs, je lui dis que nous ne dînerions que dans une heure et demie, et que, puisque le vent était bon, je le priais de ne pas perdre detemps pour mettre à la voile. Aussitôt tous les hommes furent appelés à la manœuvre, Giovanni comme les autres. Nous levâmes l’ancre, nous dépliâmes la voile, et nous commençâmes à marcher. Quant à Cama, il descendit triomphalement sous le ponU

Un quart d’heure après, Giovanni, en descendant à son tour, le trouva étendu tout de son long près de ses fourneaux. Ce que j’avais prévu était arrivé. Le mal de mer avait fait son effet. Cama ne réclamait plus rien qu’un matelas et la permission de se coucher sur le pont.

L’exigence du chef de la police, qui avait fait promettre au capitaine que Cama ne mettrait point pied à terre, lui promettait, comme on le voit, un voyage bien agréable.

Giovanni triompha sans ostentation. A riieiire où nous l’avions demandé, le dîner fut prêt et se trouva excellent. Le capitaine le partagea avec nous, et il fut convenu, une fois pour toutes, qu’il en serait ainsi tous les jours. Au dessert, je m’aperçus que monsieur Peppino n’avait point encore paru, et je m’informai de lui. J’appris que sa mère l’avait gardé près d’elle. En outre, Gaëlano, retenu par une espèce d’ophthalmie, était resté à terre.

Pendant le dîner, le capitaine nous donna des nouvelles

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de la tempête. Ce n’est pas sans raison qu’elle avait elfrayé sa femme : six bàtimens s’étaient perdus pendant les dix-huit heures qu’elle avait duré.

Jusqu’à la nuit, nous suivîmes le milieu du détroit à égale distance à peu près des côtes de Sicile et des côtes de Calabre. Des deux côtés, une végétation luxuriante, qui venait baigner ses racines jusque dans la mer, luttait de force et de richesse. Nous passâmes ainsi devant Gontessi, Reggio, Pistorera, Sainte Agathe; enfin, dans les brumes du soir, nous vîmes apparaître le pittoresque village de la Scaletta, dont le nom indique l’aspect, et où le capitaine avait eu son duel avec Gaëtano Sferra. Puis la nuit vint, une de ces nuits délicieuses, limpides et parfumées, comme on n’a point d’idée qu’il en puisse exister nulle part quand on n’a pas quitté le Nord,

Nous tirâmes nos matelas sur le pont, nous nous jetâmes dessus, et nous endormîmes, bercés à la fois par le mouvement des vagues et par le chant de nos matelots, qui, sur les dix heures, sentant tomber le vent, s’étaient remis bravement à la rame.

Lorsque nous ouvrîmes les yeux, il était quatre heures du matin, et nous étions à Tancre dans le port de Taormine.

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CATANni.

L'aspect (le Taormine nous plongea en extase. A notre gauche, et ornant l'horizon, s’élevait l’Etna, cette colonne (lu ciel, comme l’appelle Pindare, découpant sa masse violette dans une atmosphère rougeâtre tout imprégnée des rayons naissans du soleil. Au second plan, en se rapprochant de nous, étaient accroupies aux pieds du géant deux montagnes fauves, qu’on eût dit recouvertes d’une immense peau de lion, tandis (jue, devant nous, au fond d’une petite crique, et se dégageant à peine de l’ombre, s'élevaient au bord de la mer, pareilles à un miroir d’acier bruni, quelques chétives maisons dominées à droite par l’ancienne ville naxienne de Tauromenium. La ville est dominée elle-même par une montagne, ou plutôt par un pic au haut duquel se groupe et se dresse le village sarrasin de la Mola, auquel on n’arrive que par une échelle de pierre.

Lorsque nous eûmes bien considéré ce spectacle si grand, si magnifique, si splendide, que Jadin ne pensa pas même â en faire une esquisse, nous nous retournâmes vers l’est. Le soleil se levait lentement et majestueusement derrière la pointe de la Calabre, et enflammait le sommet de ses montagnes, tandis que tout leur versant occidental demeurait dans la demi-teinte, et que, dans cette demi-teinte, on distinguait les crevasses, les vallées et les ravins à leur ombre plus foncée, et les villes et les villages, au contraire, à leur teinte blanche et mate. A mesure qu’il s’élevait dans le ciel,

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tout changeait de couleur, montagnes et maisons ; la mer brune devint éclatante, et lorsque nous nous retournâmes, le premier paysage que nous avions vu avait perdu lui-même sa teinte fantastique pour rentrer dans sa puissante et majestueuse réalité.

Nous mîmes pied à terre, et après une montée d’une demiheure, assez rapide, et par un chemin étroit et pierreux, nous arrivâmes aux murailles de la ville, composées de laves noires, de pierres jaunâtres et de briques rouges. Quoique au premier aspect la ville semble mauresque, l’ogive de la porte est normande. Nous la franchîmes, et nous nous trouvâmes dans une rue sale et élroite, aboutissant à une place au milieu de laquelle s’élève une fontaine surmontée d’une étrange statu'e ; c’est un buste d’ange du XIV® siècle greffé sur le corps d’un taureau antique. L’ange est de marbre blanc, et le taureau de granit rouge. L’ange tient de la main gauche un globe dans lequel on a planté une croix, et de l'autre un sceptre. Une église placée en face présente deux ornemens remarquables; d’abord les six colonnes en marbre qui la soutiennent, ensuite les deux lions gothiques qui, couchés au pied des fonds baptismaux, supportent les armes de la ville, qui sont une centauresse : cette seconde sculpture, donne l’explication de celle de la place.

En sortant de l’église, nous rencontrâmes un malheureux qui, de son état, était tailleur, et que la munificence du roi de Naples avait élevé aux fonctions de cicerone. Aux premiers mots que nous échangeâmes avec lui, nous vîmes à qui nous avions affaire ; mais, comme nous avions besoin d’un guide, nous le prîmes à ce litre, afin de ne pas être volés. En effet, il nous conduisit assez directement au théâtre, tout en nous faisant passer devant une maison qu’une ceinture de lettres golhi(iuos faisant corniche dési-

LE SPERONARE

gnait comme ayant servi de retraite à Jean d’Aragon après la défaite de son armée par les Français. A. quatre-vingts pas de cette maison à peu près, sont les ruines d’un couvent de femmes, dont il ne reste qu’une tour carrée percée de trois fenêtres gothiques et dominée par un mur de rochers, au pied duquel poussent des grenadiers, des orangers et des lauriers roses. Du milieu de ce groupe d’arbres s’élancent deux palmiers qui donnent à toute cette petite fabrique un air africain qui ne manque pas d’une certaine apparence de réalité sous un soleil de trente-cinq degrés.

Nous arrivâmes enfin aux ruines du théâtre ; avant qu’on eût découvert ceux de Pompeïa et d’Herculanum, et quand on ne connaissait pas celui d’Orange, c’était, disait-on, lé mieux conservé. Comme à Orange, on a profité de l’accident du terrain en faisant une incision demi-circulaire dans une montagne, pour tailler dans le granit les degrés sur lesquels étaient assis les spectateurs, le théâtre de Tauromenium pouvait en contenir vingt cinq mivle.

Au reste, ce théâtre bâti en briques n’offre que des ruines sans grandeur; le voyageur venu là pour visiter ces ruines, s’assied, et ne voit plus que l’immense horizon qui se déroule devant lui.

En effet, à droite, l'Etna se développe dans toute l’immensité de sa base, qui a soixante-dix lieues de tour, et dans toute la majesté de sa taille, qui a dix mille six cents pieds de hauteur, c’est-à-dire deux mille pieds de moins seulement que le mont Blanc, et six mille deux cents pieds de plus que le Vésuve. A gauche, la chaîne des Apennins va s’abaissant derrière Reggio, et, pareille à un taureau agenouillé, étend sa tête et présente ses cornes à la mer qui se brise au cap dell’Armi. A l’horizon, la mer et le ciel se confondent ; puis, en ramenant, par la droite, ses regards de l’horizon le plus

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