I.E SPEUONAUE
tant chacun avait a[)i)orlc (rcxccllcnies preuves à Tappui de son opinion. A mon retour à Calane, Fun d’eux me demanda ce qu’en pensait FAcadémie des Sciences de Paris. Je lui répondis que FAcadémie des Sciences, après s’étre longtemps occupée de cette grave question, avait reconnu qu’il devait exister deux villes d’Inesse, bâties en rivalité Fune de l’autre, l’une par les Naxiens, et l’autre par les Sicaniens d’Espagne; Fune sur le revers méridional, l’autre sur le revers septentrional du mont Etna. Le savant se frappa le front, comme s’il se sentait illuminé d’une idée nouvelle, courut à son bureau, prit la plume, et commença un volume qui, à ce que j’ai appris depuis, a jeté un grand jour sur cette importante question.
Ce couvent, où, selon les intentions de leur pieux fondateur, les bénédictins étaient condamnés à vivre exposés les premiers aux ravages du volcan que devaient conjurer leurs prières, n’est plus qu’une ruine. Ce qu’il y a de mieux conservé est la chapelle et la fameuse salle où le comte de Weder, nouveau Faust, assista au sabbat de Gaëtano-Méphistophélès. Un plateau qui domine le monastère n’est autre chose qu’une masse de lave déchirée en gouffres profonds, et du haut de laquelle on domine un amphithéâtre de cratères éteints.
Il était quatre heures du soir ; nous devions dîner à quatre heures et demie chez notre excellent hôte, monsieur Gemellaro ; nous reprîmes donc le chemin de sa maison avec d’autant p’us de hâte, que le déjeuner du matin nous avait admirablement prédisposés à un second repas. Nous trouvâmes la table toute dressée, nous avions admirablement saisi ce moment si rapide et si rare où l’on n’attend pas, et où cependant l’on n’a pas fait attendre.
Monsieur Gemellaro était un de ces savans comme je les
IMPRESSIONS DE VOYAGE
aime, savans expérimentateurs, qui détestent toute théorie, et ne parlent que de ce qu’ils ont vu. Pendant tout le dîner, la conversation roula sur la montagne de notre hôte. Je dis la montagne de notre hôte, car monsieur Gemellaro est bien convaincu que TElna est à lui, et il serait fort étonné si un jour Sa Majesté le roi des Deux-Siciles lui en réclamait quelque chose.
Après l’Etna, ce que monsieur Gemellaro trouvait de plus grand et de plus beau, c’était Napoléon, cet autre volcan éteint, qui, pendant une irruption de quatorze ans, a causé tant de tremblemens de trônes et de chutes d’empires. Son rêve était de posséder une collection complète des gravures (jui avaient été faites sur lui ; je le désespérai en lui disant qu’il faudrait en charger quatre vaisseaux, et qu’elles ne tiendraient pas dans le cratère des Monte-Rdssi.
Après le dîner, monsieur Gemellaro s’informa des précautions que nous avions prises pour monter sur PEtna : nous lui répondîmes que les précautions se bornaient à l’achat d’une bouteille de rhum, et à la cuisson de deux ou trois poulets. Monsieur Gemellaro jeta alors les yeux sur nos costumes, et, voyant Jadin avec sa veste de panne, et moi avec ma veste de toile, nous demanda en frissonnant si nous n’avions ni redingotes, ni manteaux. Nous lui répondîmes que nous ne possédions absolument pour le moment que ce que nous avions sur le corps. Voilà bien les Français, murmura monsieur Gemellaro en se levant ; ce n’est pas un Allemand ou un Anglais qui s’embarquerait ainsi. Attendez, attendez. Et il alla nous chercher deux grosses capotes à capuchons, pareilles à nos capotes militaires, qu’il nous remit en nous assurant que nous n’aurions pas plutôt fait deux lieues audelà de Nicolosi, que nous rendrions hommage à sa prévoyance.