I-E SPEUONAUE
2ir»
La oausfirio se prolongea jusqu’à neuf heures du soir; iioir« guide vint alors frapper à la porte avec nos mulets. Nous lui demandâmes s’il était parvenu à se procurer quelques comestibles : il nous répondit en nous montrant quatre de ces malheureux poulets comme il n’en existe qu’en Italie, et qui, à eux quatre, ne valaient pas un bon pigeon de pied. En outre, il avait acheté deux bouteilles de vin, du pain, du raisin et des poires; avec cela il y avait de quoi faire le tour du monde.
Nous enfourchâmes nos montures, et nous nous mîmes en route par une nuit qui nous parut, au sortir d’une chambre bien éclairée, d’une effroyable obscurité ; mais peu à peu, nous commençâmes à distinguer le paysage, grâce à la lueur des myriades d’étoiles qui parsemaient le ciel II nous parut d’abord, à la façon dont nos mulets s’enfonçaient sous nous, que nous traversions des sables. Bientôt nous entrâmes dans la seconde région, ou région des forêts, si toutefois les quelques arbres, éparpillés, malingres et tortus, qui couvrent le sol, méritent le nom de forêt. Nous y marchâmes deux heures à peu près, suivant de confiance le chemin où nous engageait notre guide, ou plutôt nos mulets, chemin qui, au reste, à en juger par les descentes et les montées éternelles, nous paraissait effroyablement accidenté. Déjà, depuis une heure, nous avions reconnu la justesse des prévisions de monsieur Gemeliaro, relativement au froid, et nous avions endossé nos houppelandes à capuchons, lorsque nous arrivâmes à une espèce de masure sans toit, où nos mulets s’arrêtèrent d’eux-mêmes. Nous étions à la casa del Bosco ou délia Neve. c’est-à-rfire du Bois ou de la Neige, noms qu’elle mérite successivement l’été et l’hiver. C’était, nous dit notre guide, notre lieu de halte. Sur son invitation, nous mîmes pied à (erre et »>ous entrâmes. Nous étions à moitié chemin de la
IMPRESSIONS DE VOYAGE
oasainglese; seulement, comme disent nos paysans, avions mangé notre pain blanc le premier.
La casa délia Neve était comme un prélude à la désolation qui nous attendait plus liaut. Sans toit, sans contrevens et sans portes, elle n’offrait d’autre abri que ses quatre murs. Heureusement notre guide s’était muni d’une petite hache : il nous apporta une brassée de bois; nous fîmes jouer immédiatement le briquet phosphorique, et nous allumâmes un grand feu. On comprendra qu’il fut le bien venu, lorsqu’on saura qu’un petit thermomètre de poche que nous portions avec nous était déjà descendu de 18 degrés depuis Galane.
Une fois notre feu allumé, notre guide nous invita à dormir, et nous abandonna à nous-mêmes pour prendre soin de nos mulets. Nous essayâmes de suivre son conseil, mais nous étions éveillés comme des souris, et il nous fut impossible de fermer l’œil. Nous suppléâmes au sommeil par quelques verres de rhum, et par force plaisanteries sur ceux de nos amis parisiens qui, à cette heure, prenaient tranquillement leur thé sans se douter le moins du monde que nous étions à courir la prétantaine dans les forêts de l’Etna. Cela dura jusqu’à minuit et demi ; à minuit et demi, notre guide nous invita à remonter sur nos mulets.
Pendant notre halte, le ciel s’était enrichi d’un croissant qui, quelle qu’en fut la ténuité, suffisait cependant pour jeter un peu de lumière. Nous continuâmes à marcher un quart d’heure encore à peu près au milieu d’arbres qui devenaient plus rares de vingt pas en vingt pas, et qui finirent enfin pa»* disparaître tout à fait. Nous venions d’entrer dans la troisième région de l’Etna, et nous sentions, au pas de nos mulets, quand ils passaient sur des laves, quand ils traversaient des cendres, ou quand ils foulaient une espèce ot mousse, seule végétation qui monte jusque-là. Quant aux