I.E SPKHONAUE
lerme, où, comme le constate mon album, il a été blessé ù mon service. Or, comme il ne pouvait éire à la fois à Païenne et à Centorbi, il est nécessairement innocent.
— Innocent I innocent ! cria la foule.
— Oui, innocent, mes amis, innocent I dit le condamné. Je savais bien que Dieu ferait un miracle en ma faveur.
— Miracle ! miracle I cria la foule.
— Eh bien I dit le juge, nous allons le faire reconduire en prison, et nous procéderons à une autre enquête.
— Non, non, libre ! libre à l’instant même ! cria le peuple.
Et, à ces mots, une partie de la foule, se ruant vers l’estrade, enleva le condamné et lui délia les mains, tandis que l’autre renversait la potence et poursuivait le bourreau à coups de pierre.
Quant au colonel, il fut reporté en triomphe à V Hôtel du Ctjelope.
Toute la journée, Castro-Giovanni fut en fête ; et lorsque le colonel quitta la ville vers midi, il lui fallut fendre à grand’peine avec son cheval les flots du peuple, qui lui baisait les mains en criant : Vive le colonel Santa-Croce! Vive le sauveur de l’innocent I
Quant au condamné, comme chacun voulait lui parler et entendre de sa propre bouche le récit de son aventure, ce ne fut que vers le soir qu’il se trouva avoir quelque peu de liberté. Il en profita aussitôt pour enfiler une ruelle que son peu de largeur rendait plus sombre encore; puis, par cette ruelle, il atteignit la porte de la ville; puis, une fois hors de la ville, il gagna à toutes jambes une gorge de la montagne, où il disparut.
Le lendemain, le juge reçut de Luigi Lana une lettre dans laquelle le chef de bandits le remerciait de la complaisance qu’il avait eue de lui offrir un siège sur sa propre estrade ;
IMPRESSIONS DE VOYAGE
il le priait en nuire de présenter ses compliniens k son compère, maître Gaëlano, propriétaire de l’holel du Cijclope.
Mais, tout libre qu’était redevenu le condamné, l’impression produite sur son esprit par l’aspect de la potence, h laquelle il avait pour ainsi dire touché du doigt, avait été si réelle, qu’il résolut, malgré les exhortations de ses camarades, d'abandonner la vie qu’il avait menée jusque-là et de se réconcilier avec la police.
Le religieux qui Payait accompagné dans le trajet de la prison à l’échafaud fut l’intermédiaire entre lui et Pautorilé. La prière fut transmise au vice-roi, et comme le bandit ne demandait que la vie sauve, promettant d’être à l’avenir un modèle de probité, après quelques pourparlers entre le moine et le*vice-roi, sa demande lui fut accordée, à cette seule condition qu’il ferait amende honorable pieds nus et le corps ceint d’une corde.
Cette cérémonie eut lieu à Palerme, à la grande édification des fidèles.
-Voilà ce qui arriva à Castro-Giovanni, le 2Q juillet de l’an de grâce 4826.
— Et depuis lors, demandai-je à monsieur Ppliti, qu’est devenu, sïl vous plaît, cet honnête homme?
-T- Il a pris le nom de Salvadore, sans doute en mémoire de là façon miraculeuse dont il a été saqvé, s’est fait muletier, afin, comme il s’y était engagé, de gagner sa vie d’une façon honorable ; et, si ce que je vpus ai raconté ne vous donne pas une trop grande défiance, il aura rhopneur d’êlre demain matin votre guide de Girgenti à Palerme.