I.R SPEnONAUK
joiino fille. Lorsqu’il sorlil do la oliambre de Golsouiina, son vieux père raltondait pour i’iidorro^or ; mais le confesseur ne pouvait rien dire; il secoua la tête Irislement, el, à toules les questions (]ue lui fit le vieillard, il se contenta de répondre que Gelsomina élait une sainte.
Derrière le confesseur arriva le juif; il dit h Mario qu’il avait appris que sa fille élait malade, et que, comme il avait une foule de secrets pharmaceutiques, il se faisait fort de la guérir si on voulait l’introduire auprès d’elle.
Le vieillard fit demander à Gelsomina si elle voulait recevoir un juif qui se disait médecin ; Gelsomina se fit faire son portrait par la vieille Assunta, et, ayant reconnu son persécuteur : — Nourrice, répondit-elle, va dire à cet homme qu’il repasse demain à la même heure.
Le lendemain, le juif n’eut garde de manquer au rendezvous; mais, lorsqu’il demanda au vieux Mario où était sa fille, celui-ci lui répondit en pleurant que, le matin même, Gelsomina était entrée comme novice au couvent de Notre- Dame-du-Calvaire.
Gabriello avait compté sur le désespoir pour perdre Gelsomina ; mais, en cette occasion, prières, menaces, argent tout fut inutile; il avait affaire à une tourière incorruptible.
Cinq jours s’écoulèrent sans rien amener de nouveau. Le terme demandé par Gabriello au prince de G... arriva; il se présenta chez lui tout confus. C’était la première fois qu’il échouait aussi complètement.
— Eh bien ! dit le prince de G..., où est cette jeune fille?
— Ma foi ! monseigneur, dit Gabriello, voici douze jours que Dieu et le diable la jouent aux dés ; mais cette fois Dieu a été le plus fin, et il a gagné.
— - Ainsi, tu y renonces ?
— Elle s’est réfugiée dans le couvent de Notre-Dame-du-
IMPRESSIONS DE VOYAGE
Calvaire, et, à moins que nous ne Ten enlevions de force, je ne vois pas trop moyen de Ten faire sortir.
— Merci du conseil, mais je ne veux pas me brouiller avec rarchevêque ; d’ailleurs c’était ton affaire et non la mienne. Tu t’étais chargé de m’amener cette jeune fille ici; tu as as échoué, c’est sur toi que la honte en retombera.
— J’espère que monseigneur me gardera le secret, dit Gabriello profondément humilié.
— Le secret ! s’écria le prince ; ah bien oui, le secret! Je dirai partout au contraire que je voulais une fille de rien, une grisette, une petite ouvrière, que je t’ai laissé carte blanche pour l’argent, et que, malgré tout cela, tu as échoué.
— Mais monseigneur veut donc me perdre! s’écria Gabriello désespéré.
— Non, mais je veux qu’on sache le fonds qu’on peut faire sur ta parole; c’est un petit dédommagement que je me réserve.
— Votre Excellence est décidée à me faire cet affront ?
— Parfaitement décidée.
— Mais si je n’avais pas perdu tout espoir?
— Alors, c’est autre chose.
— Si je demandais trois mois à Votre Excellence pour tenter un nouveau moyen ?
— Je t’en donne six.
— Et pendant ces six mois, Votre Excellence gardera le secret sur ce premier échec ?
— Je serai muet ; tu vois que je te fais beau jeu.
— Oui, Excellence ; aussi, maintenant, ce n’est plus une affaire d’argent, c’est une question d’honneur; j’y réussirai ou j’y perdrai mon nom.
— Ainsi donc, dans six mois?
— Peut-être avant, mais pas plus tard.