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II

IMPRESSIONS DE VOYAGE

nelle : la mort était plus sûre, mais aussi c’était un exemple bien terrible à donner au monde, que de faire tomber la tête d’un jeune roi de dix-sept ans sous la hache du bourreau. Il crut alors devoir en référer au pape, et lui fit demander conseil.

L’inflexible Clément IV se contenta de répondre cette seule ligne, terrible par son laconisme même.

Vita Corradini, mors Caroli. — Mors Corradird^ vita Caroli,

Dès lors Charles n hésita plus; un crime autorisé par le pape cessait d’être un crime et devenait un acte de justice. Il convoqua donc un tribunal : ce tribunal se composait de deux députés de chacune des deux villes de la Terre de Labour et de la Principauté. Conradin fut amené devant ce tribunal, sous l’accusation de s’être révolté contre son souverain légitime, d’avoir méprisé l’excommunication de PE glise, de s’être allié avec les Sarrasins, d’avoir pillé les couvens et les églises de Rome.

Une seule voix osa s’élever en faveur de Conradin : celui qui donna cette preuve de courage s’appelait Guido de Lucaria ; un seul homme se présenta pour lire la sentence : Thistoire n’a pas conservé le nom de celui qui donna celte preuve de lâcheté. Seulement, Viilani raconte que ce juge avait à peine fini la lecture régicide, que Robert, comte de Flandre, propre gendre de Charles d’Anjou, se leva, et, tirant son estoc, lui en donna un coup à travers la poitrine en s’écriant :

— Tiens, voici pour t’apprendre à oser condamner à mort un aussi noble et si gentil seigneur.

Le juge tomba en jetant un cri, et expira presque au même instant. Et il n’en fut pas autre chose de ce meurtre, ajoute

Le wSPEkonaue.

Villani, le roi et toute sa cour ayant reconnu que Robcra de Flandre venait de se conduire en vaillant seigneur.

Conradin n’était pas présent lorsque l’arrêt fut prononcé ; on descendit alors dans sa prison, et on le trouva jouant aux échecs avec Frédéric.

Les deux jeunes gens, sans se lever, écoutèrent la sentence que leur lut le greffier; puis, la lecture achevée, ils se remirent à leur partie.

Le supplice était fixé pour le lendemain huit heures du matin : Conradin y fut conduit accompagné de Frédéric, duc d’Autriche, des comtes Gualferano et Bartolomeo Lancia, Gérard et Gavano Donoratico de Pise. La seule grâce que Charles d’Anjou lui eût accordée était d’être exécuté le premier.

Arrivé au pied de l’échafaud, Conradin repoussa les deux bourreaux qui voulaient l’aider à monter l’échelle, et monta seul d’un pas ferme.

Arrivé sur la plate-forme, il détacha son manteau, puis, s’agenouillant, il pria un instant.

Pendant qu’il priait, ayant entendu le bourreau qui s’approchait de lui, 41 fit signe qu’il avait fini, et, se relevant en effet :

— O ma mère! ma mère! dit-il à haute voix, quelle profonde douleur te causera la nouvelle qu’on va te porter de moi !

A ces mots, qui furent entendus de la foule, quelques sanglots éclatèrent; Conradin vit que parmi ce peuple il lui restait encore des amis, et peut-être des vengeurs.

Alors il tira son gant de sa main, et le jetant au milieu de la place :

— Au plus brave, cria-t-il.

Et il présenta sa tête au bourreau.

IMPRESSIONS DE VOYAGE

Frédéric fut exécuté immédialenient après lui, et ainsi s’accomplit la promesse que les deux jeunes gens s’étaient faite, que la mort même ne pourrait les séparer.

Puis vint le tour de Gualferano et de Bartolomeo Lancia, et des comtes Gérard et Gavano Donoratico de Pise.

Le gant jeté par Conradin au milieu de la foule fut ramassé par Henri d’Apifero, qui le porta à don Pierre d’Aragon, seul et dernier hér itier de la maison de Souabe comme mari de Constance, fille de Manfred.

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