C. CARD. ALOISI-MASELLA, Préfet S. C. KR
À A À VINCENT NusSI, Secrétaire S. C, K.
Le Vénérable François de Montmorency-Laval 1, 1 premier évêque de Québec, fondateur et apôtre de l'Eglise du Canada, appartenait à l’une des plus nobles et des plus anciennes familles de notre mère patrie, la France,
Il naquit à Montigny-sur-Avre, dans le diocèse de Chartres, le 30 avril 1622, de parents pieux et chrétiens, non moins recommandables par leur application à toute espèce de bonnes œuvres que par leur noblesse. L'église où il reçut le saint baptême avait été construite par les soins mêmes de son père, Hugues de Laval, seigneur de l'endroit. C’est dire la part importante que l’on faisait dans cette noble famille aux choses de la religion.
L'enfant fut consacré à Dieu dès le bas âge, par sa tendre mère, Michelle de Péricard, et destiné à
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1 — C’est le nom que lui donne la Sacrée Congrégation. Mais, pour être plus court, nous l’appellerons désormais tout simplement François de Laval.
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l'état ecclésiastique. Ses deux frères aînés devaient continuer dans le monde les traditions chevaleresques et militaires des Montmorency-Laval.
Aucun incident particulier ne vint troubler le calme de ses années d'enfance. Elles s’écouièrent paisiblement et sans bruit sous le toit paternel. Comme un arbuste planté dans un sol riche et fécond, l’enfant grandit et se fortifia sous les yeux de ses parents chrétiens, à labri de toute influence pernicieuse, l’âme ouverte à tout ce qui est beau, juste et vrai, l'esprit et le cœur inondés des rayons bienfaisants de la grâce, du bon exemple et de l’enseignement le plus chrétien.
A neuf ans, il fut envoyé, pour faire ses études, au collège de La Flèche, dirigé à cette époque par les Pères de la Compagnie de Jésus. Là, comme à la maison paternelle, il se montra le véritable modèle de tous les jeunes gens. Sa piété était ravissante, Il avait surtout une grande dévotion pour le saint sacrement de nos autels, et se faisait un bonheur de communier tiès. fréquemment. Sa dévotion à la sainte Vierge — c’est la dévotion des prédestinés — était aussi sans bornes, et lui mérita
l'honneur d’être admis, tout jeune encore, dans la célèbre Congrégation du P. Bagot : congrégation qui devait un jour donner naissance au séminaire de” ”‘issions étrangères.
a application au travail et ses talents valurent au jeune de Laval les plus brillants succès,
T! appartenait déjà à l’état ecclésiastique, ayant reçu la tonsure cléricale, à l’âge de neuf ans, peu de temps après son entrée au collège de La Flèche. Ses études terminées, il n’hésita pas un seul instant à euiyre sa vocation.
Pourtant, la mort dé son père et celle de ses deux frères aînés venaient d'ouvrir devant lui la carrière des honneurs et de la fortune. Mais avec un désintéressement et une vertu vraiment héroiques, il renonce en faveur de son frère cadet à tous ses droits à l’héritage paternel, il renonce à tous les avantages qui l’attendent dans le monde, pour revêtir les livrées de Notre-Seigneur.
Il fait sa philosophie et sa théologie au collège de Clermont, à Paris, sous la direction des Pères Jésuites, les maitres vénérés de son enfance. Il reçoit les saints Ordres et devient prêtre de Jésus- Christ à l’âge de vingt-cinq ans.
Douze années le séparent encore du moment solennel où il doit dire adieu à son pays natal pour aller s’enfoncer dans les forêts du Nouveau-Monde, La Providence lui ménage ce laps ‘le temps, d’abord pour qu'il puisse s'exercer aux œuvres de zèle, dans le saint ministère, comme archidiacre d’Evreux, puis ensuite afin qu’il achève le: travail de sa perfection intérieure dans cette solitude bénie qu’on a appelée l’Ermitage de Caen.
Tout s’enchaîne, tout est merveilleux dans la vocation de François de Laval, le fondateur de
cette Eglise du Canada, si sainte et visiblement appelée elle-même à de si hautes destinées. Il reçoit au baptême le nom de François-Xavier, le grand apôtre des Indes, qui vient d’être élevé à l’honneur des saints autels. - On confie son éducation aux Pères de la Compagnie de Jésus, ces apôtres infatigables, qui ont déjà porté la lumière de l'Evangile dans les deux Amér'ques, et qui, après avoir connu tout son mérite, le désigneront comme évêque au choix du souverain pontife, et seront eux-mêmes ses dévoués collaborateurs dans l'établissement de l'Eglise du Canada.
Devenu prêtre, puis archidiacre d’Evreux, il reçoit un jour, avec deux de ses amis, ses émules dans toutes les bonnes œuvres, l'invitation de partir pour la mission lointaine et périlleuse du Tonkin et de la Cochinchine. C’est le premier appel du Seigneur vers l’autel du sacrifice. Il se rend à Rome, et se tient prêt à partir pour le Tonkin, en qualité de vicaire apostolique, au premier signal que lui donnera le saint-siège,
Des obstacles insurmontables s’opposent à ce pieux projet et le réduisent à néant. Mais le sacrifice de François de Laval a été agréable à Dieu, comme autrefois celui d'Abraham. L’immolation, d’ailleurs, n’est qu’ajournée : elle se réalisera pleinement dans l’apostolat de la Nouvelle-France.
En attendant, la victime va se rendre de plus en plus agréable au Seigneur, François de Laval profite
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de son séjour dans la Ville Eternelle pour déposer ses généreuses résolutions sur le tombeau des saints apôtres. Rome est vraiment cette terre fortunée que l’on ne peut toucher sans ressentir des forces nouvelles pour le bien. François de Laval s’y revêt de la force d’en haut ; il s’arme d'u, courage invincible, et se confirme surtout dans cet attachement inviolable au saint-siège qui caractérisera merveilleusement toute sa carrière épiscopale.
Puis, afin de se préparer davantage aux desseins de la Providence à son égard, il va, comme autrefois saint Ignace à Manrèze, ou comme le divin Sauveur des âmes lui-même dans le désert, s’enfoncer dans la solitude de Caen.
L’Ermitage de Caen était une pieuse retraite, où quelques amis, prêtres et laïques, s'étaient réunis sous la conduite d’un saint 1 personnage, M. de Bernières, pour travailler de concert à la grande affaire du salut, Les exercices de piété s’y faisaient en commun, On y pratiquait la mortification la plus austère, On y vivait, autant que possible, dans la pensée des vérités éternelles et avec le souvenir des jugements de Dieu. La réaction contre le jansénisme de l’époque n'avait pas été étrangère à
1 —— Conformément aux décrets d’Urbain VIII, nous déclarons une fois pour toutes qu’en employant cette expression ou autres semblables, nous n’avons nullement l’intention de prévenir le jugement de notre mère la sainte Eglise,
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la formation de ce petit cénacle d’âmes sincèrement attachées à l'Eglise, remplies de ferveur et aimant Dieu tendrement.
La vie de l’ermitage n’était pas une vie purement contempla' ve. Aux pratiques de dévotion personnelle on avait soin de joindre les exercices de la charité la plus édifiante : assister les pauvres, consoler les affligés, visiter les malades dans les hôpitaux et leur prodiguer tous les secours spirituels et corporels.
François de Laval était touiours le premier à donner l'exemple, soit pour les œuvres de piété, soit pour les services à rendre au prochain. Sa sagesse inspirait d’ailleurs tant de confiance qu’on lui proposait toujours les cas les plus difficiles. Elle éclata surtout en deux circonstances principales,
Une maison religieuse de la ville de Caen souffrait de quelques désordres intérieurs qui s’y étaient introduits. Il est appelé à la réformer ; et il le fait avec un tact et un succès vraiment admirables. Une autre communauté de la même ville est menacée dans ses intérêts temporels. François de Laval se charge de défendre ces intérêts auprès de la Cour, et il réussit au delà de toute espérance.
Mais pendant qu'il se livre ainsi à ces œuvres de zèle, l’heure du sacrifice a sonné pour lui. Les Jésuites viennent d’obtenir du souverain pontife Alexandre VII l'établissement d’un vicariat apos-
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tolique au Canada, et c’est lui qu’ils ont désigné pour cette mission lointaine et difficile. Resté parfaitement étranger à toutes les négociations, il entend distinctement la voix de Dieu qui lui dit : ‘ Sortez de votre maison et quittez vos parents ; puis venez dans la terre que je vous montrerai. ” Sans hésiter un seul instant, il s’abandonne parfaitement à la volonté divine.
Le vénérable François de Laval reçut la consécration épiscopale, des mains du nonce apostolique, dans l’église de Saint-Germain-des-Prés, à Paris, le jour de l’Immaculée Conception, 8 décembre 1658, Il s'embarqua pour le Canada vers “la mi-avril de l'année suivante, et, après une pénible navigation de deux mois, arriva à Québec le 16 juin 1650.
Ici commence la carrière épiscopale du saint fondateur de notre Eglise. Elle a duré près d’un demi-siècle et a été consacrée toute entière au bien de notre pays.
Vicaire apostolique 1 pendant près de quinze ans, évêque en titre de Québec le même nombre
1 — Les vicaires apostoliques sont des évêques mission-
naires envoyés par le saint-siège dans des pays qui ne sont , LA . A
pas encore prêts à être érigés en diocèses, Ils ont les mêmes
fonctions et les mêmes pouvoirs que les évêques en titre,
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