‹ Le vénérable François de Laval, premier évêque de Québec et apôtre du Canada [microforme]Chapitre 4 sur 15 · TE ES · texte numérisé non relu

TE ES

d'années, il se démit ensuite de ses fonctions, et L 77

abandonna la conduite de son diocèse à son suc- L 16

cesseur. Mais il ne voulut pas se séparer complète- die

ment de sa chère Eglise du Canada. A l’exemple }

de la vénérable Mère de l’Incarnation, son émule pe

en vertu et en sainteté, il était devenu le plus l'hi)

canadien de tous les Canadiens ; il voulut mourir T

au milieu de nous ; et ses restes reposent main- vetl

tenant, suivant son désir, dans la chapelle du sémi- da:

| naire qu’il a fondé. étai | Certes, ce n'étaient pas des liens naturels qui peu

| pouvaient attacher ces saints personnages à notre po

pays. La grâce seule avait opéré ce prodige. C’est X | par elle qu'ils avaient rompu les liens qui les atta- M chaient fortement à la France. C'est elle qui leur liqu k faisait voir dans le Canada le règne de Dieu à po À établir, le sang de Jésus-Christ à ramasser goutte à Et és | goutte, les âmes à sauver. La grâce avait trans- De formé notre pays à leurs yeux, et ils s’y étaient st à d'autant plus attachés qu'ils avaient travaillé davan- | P

U ÿ tage à ie reconquérir à Dieu sur le démon. done

|. Le Canada, aujourd’hui si beau et si prospère, Ra | n’était, à l’arrivée de Mgr de Laval, qu’une naît | immense forêt habitée par quelques milliers de sau- L Puis vages, encore étrangers, pour la plupart, à la con EE 30h naissance du vrai Dieu. (Cà et là, le long de notre | Jésu î grand fleuve, quelques habitations françaises, cons- Re “h tamment exposées aux incursions du farouche À L

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qui notre C’est atta- | leur eu à itte à ransaient avan-

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Iroquois. À Québec, cinq ou six cents âmes ; à Montréal, deux ou trois cents. Dans tout le pays, dix ou onze églises ou chapelles, la plupart en bois.

Nulle part, de chemins. L'été, on voyageait en canot d’écorce sur les fleuves ou les rivières ; l'hiver, en raquettes sur la neige.

Tout était à créer dans cette Eglise de la Nouvelle-France, qui, depuis, a donné naissance à plus de soixante diocèses. La tâche de Mgr de Laval était immense ; et, pour la remplir, il n'avait que peu de ressources et qu’une poignée d’ouvriers évangéliques à sa disposition.

Mille obstacles se dressaient devant lui : l’opposition faite à son autorité comme vicaire apostolique, le commerce de l’eau-de-vie si préjudiciable aux sauvages, les incursions continuelles des Iroquois, le mauvais vouloir des autorités civiles de la colonie, toujours portées à contrecarrer ses vues et à empiéter sur les droits de l'Eglise.

Plein de courage et de confiance en la Providence, il se met à l’œuvre, et réussit en peu de temps, par sa fermeté et sa sagesse, à faire reconnaître son autorité spirituelle par tout le monde. Puis, comme un bon capitaine d'armée, il distribue à chacun de ses officiers les rôles à remplir. Aux Jésuites, il confie les: missions sauvages : aux prétres séculiers, la desserte des habitations françaises.

Lui-même ne se contente pas de gouverner son immense diocèse et de le visiter à maintes reprises

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et à travers mille dangers ; il se fait simple missionnaire, baptisant, confessant, administrant les malades, distribuant partout le pain de la parole de Dieu.

A ces œuvres du ministère pastoral il ajoute, comme autrefois à Caen, les pratiques de la plus ardente charité, secourant les pauvres, visitant les hôpitaux et se dévouant au soin des HAIRONE avec un zèle vraiment héroïque.

Bientôt, sous sa direction, les paroisses s’organisent, les églises se construisent, et l’on voit fleurir partout la piété et l’amour de notre sainte religion.

Les quelques prêtres qui desservent l'Eglise du Canada viennent tous de la France, comme leur évêque. Pour créer un clergé national, Mgr de Laval fonde son séminaire de Québec, au prix des plus grands sacrifices, et consacre à cette œuvre incomparable toutes ses ressources, toute son âme et toute son énergie.

Il ne se contente pas de créer un clergé national ; il lui assure pour toujours une honnête subsistance, en établissant le système de la dîme, qui existe encore, après avoir traversé les époques les plus orageuses de notre histoire,

Il s'occupe activement de l'instruction de la jeunesse canadienne, établit son petit séminaire, fonde à Saint-Joachim une école des arts et métiers, et encourage de toutes ses forces l’institut des Sœurs de la Congrégation pour l'éducation des jeunes filles.

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Rien n'échappe à sa sollicitude et à son zèle : il est vraiment l’âme de la colonie française, non seulement pour le spirituel, mais aussi pour les intérêts temporels. C’est lui, surtout, qui obtient du Roi la création du Conseil supérieur, destiné à établir ici le règne de la justice, de l’ordre et de la bonne administration des affaires. C’est lui qui sollicite et obtient des secours efficaces pour dompter les farouches Iroquois. C’est lui, surtout, qui prend en mains la cause des pauvres sauvages contre la‘cupidité des vendeurs d’eau-de-vie, et qui réussit, par des efforts incroyables, à endiguer un mal qui menaçait de détruire la colonie de la Nouvelle-France.

Quatre fois il traverse l'Océan, pour aller exposer à la Cour de France les besoins spirituels et temporels de son Eglise. Rien ne l’arrête, ni les dangers de ces voyages au delà des mers, surtout dans les conditions où ils se faisaient à cette époque, ni les fatigues, ni la maladie, ni les difficultés sans nombre qui s'accumulent sous ses pas.

C’est dans le deuxième de ces voyages qu’il obtint du souverain pontife Clément X l'érection du diocèse de Québec, dont il devint le premier évêque, le rer octobre 1674.

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Uni à l'Eglise du Canada par des liens encore plus étroits qu'auparavant, il continua de l’administrer avec le zèle affectueux que les saints évêques doivent à l'épouse que Dieu leur a confiée.

Pour avoir une idée de ce zèle, il faudrait suivre surtout notre prélat dans ses nombreuses visites épiscopales. Mentionnons, du moins, la dernière qu'il fit comme évêque de Québec, en 1681.

Après avoir visité durant l'hiver, suivant son habitude, toute la côte Beaupré et l'ile d'Orléans, puis, au printemps, ses communautés religieuses de Québec, et donné deux fois la confirmation dans sa ville épiscopale, il part pour Montréal vers la fin de mai, en canot d’écorce, accompagné d’un seul prêtre, M. de Maizerets, et de quelques rameurs. Il arrête d’abord à Lotbinière, puis à Batiscan, à Champlain, au Cap-de-la-Madeleine, aux Trois-Rivières, à Sorel, et se rend jusqu’à

à Chambly 1 De là il va à Saint-Ours et à Contre # sa cœur, puis à Verchères, à Boucherville, à Repen- |

tigny et à Lachenaie. Il arrive à Montréal le r9 Sa

juin. M

Dès le lendemain, il se rend à Laprairie pour Æ et

visiter les Pères Jésuites, ainsi que leurs bons Æ »

néophytes du Saut-Saint-Louis. Puis il revient à M ur

À to:

1 — Il était allé en 1668 jusqu’au Fort Sainte-Anne, dans ° l’île Zamotte, à l’entrée du lac Champlain. Mais ce Fort £ qu | n’était probablement plus habité en 1681. |

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Montréal, où il reste jusqu’au 10 juillet, afin de pouvoir y donner plusieurs fois la confirmation, faire la visite de ses deux communautés religieuses de la Congrégation et de l’'Hôtel-Dieu, et témoigner aux MM. de Saint Sulpice, auxquels il avait confié pour toujours la desserte de la paroisse, l’estime que lui inspiraient leur zèle, leur dévouement et leurs vertus sacerdotales.

De Montréal il se rend à l’île Jésus ; puis reprenant le chemin de Québec, il s'arrête à Longueuil, à Varennes, à Lavaltrie, à Nicolet, à Bécancour, à Gentilly, à Sainte-Anne de la Pérade et à Deschambault. Il ne prend pas le temps de se reposer à Québec ; mais, dès le 29 juillet, il est rendu à l’île aux Oies, à plus de vingt lieues en bas du fleuve. De là il traverse au Cap Saint-Ignace, puis visite Saint-Th:mas, Saint-Michel, Beaumont et enfin Saint-Joseph de Lévis, qui est le terme de sa vi ite pastorale.

Cet itinéraire, embrassant les deux rives du Saint-Laurent depuis le Cap Saint-Igrace jusqu’à Montréal, mesurant près de deux cents lieues, aller et retour, et accompli sans relâche pendant deux mois et demi, par nos grandes chaleurs d'été, dans un pays encore sauvage, est plus éloquent que toutes les con:idérations possibles. Il prouve que Mgr de Laval ne reculait devant aucune fatigue, quand il s'agissait de faire son devoir et de porter

émis a. s

ns LA ae

les consolations de son ministère À toutes les brebis

de son troupeau.

Mais aussi de pareilles courses apostoliques, jointes à tant d’autres travaux, usèrent en peu d’années sa constitution. Il contracta des infirmités précoces et douloureuses qui l’obligèrent, en 1684, de .passer en France pour offrir sa démission comme évêque de Québec. |

On fit de grandes instances pour lé faire revenir sur sa décision. Tout fut inutile. ‘ Son humilité, dit la sœur Juchereau, lui persuadait qu’un autre en sa place ferait plus de bien que lui, quoiqu'il en fit veritablement beaucoup, parce qu’i ne cherchait que la gloire de Dieu et le salut de son troupeau.”

Sa démission fut acceptée par le saint-siège, et il cessa définitivement d’être évêque de Québec le jour de la consécration de Mgr de Saint-Vallier, le 25 janvier 1688.

L'Eglise du Canada, telle qu'il la laissait à son successeur, était si renommée par les fruits de vertu dont elle était ornée, qu’on la citait à Paris et dans toute la France comme un modèle d’Eglise particulière. Mgr de Saint-Vallier, en la voyant pour la première fois, fut ravi du bel ordre, de la paix et de l’admirable discipline ecclésiastique qui y régnaient.

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