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mêmes Pont affirmé? En tout cas, il raccueillait et, pour ainsi dire, îi la saluait comme une récompense; mais les Carmélites eurent h s'excuser auprès de lui d'avoir tout fait pour obtenir sa guérison. Nous disons s'excuser. Elles le firent en termes tout à fait gracieux dans une lettre du 6 mai i63i que le P. Costil nous a conservée. Elle nous éclaire d'une très douce lumière sur les rapports spirituels du P. Eudes et de ces aimables religieuses.
« Mon très Révérend Père, nous avons appris que vous aviez grande peur que nous ne vous ravissions d'entre les mains de Dieu. Non, non, ne craignez point. Oh! que nous n'avons garde; nous n'avons pas si peu de charité pour vous. C'est une chose trop douce et agréable d'être entre les mains d'un Père si aimable, reposant doucement entre les bras de son amoureuse Providence ; vous vous plaisez trop Va pour vous en retirer. . . . L'intention que nous avons eue en nos dévotions journalières pour vous est le désir d'accomplir le verset : Ini^oca me in die tribulationis^ eruam te et honorificabis me. Nous ne demandons pas absolument la continuation de yotre vie, mais seulement ce qui sera à la plus grande gloire de notre uniquement très cher olpbien-aimé Jésus. Que si c'est son bon plaisir de vous retirer h lui, je suis résolue de tâcher de me réjouir plutôt de votre bonheur que de m'attrister de ma perte. Si cela arrive, nous vous supplions, quand vous serez avec Notre-Seigneur, de nous faire la charité de nous donner toutes à lui, et de le prier d'accomplir en nous ses adorables desseins. Nous vous supplions de saluer aussi pour nous la Très Sainte Vierge, notre mère sainte Thérèse, saint Joseph notre bienheureux Père, etc., et tous nos saints parents et amis. Que si Jésus-Christ veut encore se glorifier en vous et par vous en cette
vallée de larmes, il n'y a remède, mon Père; il faut que vous ayez patience; fussiez-vous à la porte du ciel, prêt à y entrer, nous vous en retirerons. Il n'importe que vous ayez fait votre testament, il faut que vous vous résolviez de supporter cet exil pour Tamour de Celui qui vous est tout. »
La décadence, on le voit, n'était pas universelle et n'était pas sans remède. Ceux qui devaient aider le pays à s'en relever ne manquaient pas*, et le P. de Bérulle avait eu raison de dire que la sainteté demeurait aux religieux... à beaucoup d'entre eux tout au moins. Cette sainteté, il s'agissait de la communiquer autant que possible au peuple fidèle, sans distinction de rang^ ni de condition. C'est à quoi précisément le P. Eudes allait travailler.
Certaines congrégations, et notamment celle des Rédemptoristes, ont rappelé à notre temps ce que c'est, à l'intérieur même du pays, qu'une mission. Plusieurs prêtres arrivent ensemble, invitent les fidèles à des réunions répétées; ils se partagent les rôles, ils s'ingénient h retenir leur auditoire par tous les moyens que fournit la variété des cérémonies catholiques. Ils se sont enquis des misères spéciales aux populations qu'ils abordent. Ils prêchent cependant, non sur tel point particulier, comme le prédicateur ordinaire le fait selon la fête ou selon l'évangile du jour, mais sur tout l'essentiel de la religion. Ils s'appliquent aussi à faire sentir tous les fruits de la doctrine et de la morale chrétienne par les efforts qu'ils font pour amener
I. Oq sait ce que saint François de Sales écrivait dans une lettre du 9 novembre 1618 : « J'ai trouvé à Paris de tels progrès dans la piété que j'en suis confondu »,
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la restauiation de la piété, la réconciliation des familles divisées, la (m de certains scandales, le retour enfin des pécheurs endurcis, auxquels avait trop longtemps coûté l'aveu de leurs fçiutes. En une telle entreprise il faut à la fois beaucoup de tact et beaucoup de vigueur entraînante. On pense que le P. Eudes avait l'un et l'autre quand on lit le jugement porté sur lui par un de ses contemporains, qu'il était « dans la chaire comme un lion et dans le confessionnal comme un agneau d.
Le mérite était d'autant plus grand qu'en cet art il n'avait guère eu de devanciers et de modèles. C'est en i632 qu'il donna sa première mission à Lessay, dans le diocèse de Coutances, et elle fut, dans la même année, suivie de missions à Périers, à Saint-Sauveurle-Vicomte, à la Haye-Dupuis, à Montebourg, et enfin à Cherbourg. Le P. Martine dit à ce propos : « Par les fruits merveilleux qu'ils produisirent, ces saints exercices, nouveaux alors, firent connaître ce qu'on pouvait attendre de l'œuvre des missions ». — « Nouveaux », — ils ne l'étaient peut-être pas absolument, car saiijt Vincent de Paul y préparait depuis quelque temps les prêtres de son choix. Mais ce n'est bien que le 8 janvier de cette même année 1682 qu'il installait dans le prieuré de Saint-Lazare les prêtres dits de la Mission. C'est seulement en i634 que M. Olier, débutant par être son collaborateur, obtenait de si beaux succès dans les missions d'Auvergne. C'est de 1642 à à 1672 que furent données en Bretagne les grandes missions des PP. Le Nobletz et Maunoir. Le P, Eudes eut donc bien réellement le mérite de créer, en quelque &orte, un genre nouveau, de n'en devoir qu'à lui-même l'esprit, la méthode, les résultats.
Le bruit s'en répandit si vite que les Carmélites de Caen, se souvenant que leur œuvre principale est de
prier pour que l'Église ait de bons prêtres, s'empressèrent de féliciter et surtout d'encourager celui qu'elles étaient fort heureuses, en somme, malgré la jolie lettre qu'on a lue, de voir demeurer en ce monde. Bien certainement, la communauté avait, cette fois encore, emprunté la plume de la même sœur pour lui écrire en des termes non moins mystiques et non moins gracieux : « Si ce n'était le désir que nous avons d'être conformes au bon plaisir de Dieu, nous porterions envie à ceux qui sont appelés à une œuvre si sainte. Mais il ne faut pas que cette privation, que notre condition porte en soi, nous ôte le pouvoir de faire ce que vous faites, quoique ce soit d'une manière différente. Nous nous estimerons heureuses, si Notre- Seigneur agrée les prières que nous lui offrons pour ce sujet, si nous pouvons vous aider en quelque chose pour la plus grande disposition des âmes, que nous faisons visiter souvent par les saints anges que nous envoyons vers vous, en y allant aussi avec eux en esprit. Une de nos principales missions, lesquelles sont unies à la vôtre, regarde le Saint-Sacremept, que nous visitons tous les jours à cette intention, notre Révérende Mère nous ayant donné la permission d'appliquer et d'offrir à Jésus-Christ toutes les actions de piété que nous ferions pour notre mission, j'use de ce terme, votre charité nous y ayant associées. »
Son priiicipal historien nous dit que leS deux années qui suivirent (i 633 et i634) « n'offrent rien qui mérite d'être rapporté ». Il se dément lui-même aussitôt. Quoi, en effet, de plus digne d'être signalé que ce qui suit : « Il passa ces deux années à achever de se préparer à l'œuvre des missions, pour lesquelles il avait de si beaux talents et un attrait si particulier. Étant dans la solitude, il repassa dans son esprit tout ce qu'il
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avait remarqué dans les paroisses où il avait travaillé; il comprit les grands besoins du clergé et du peuple ; il rechercha par quels moyens il pouvait le plus efficacement y remédier. Il vit qu'il avait besoin de disposer encore plusieurs sermons qui lui manquaient sur les plus importantes matières de la religion, afin d'être toujours prêt à se livrer à la prédication, durant les missions où il faut prêcher souvent et où Ton trouve si peu de temps pour s'y préparer comme il faut. 11 comprit qu'il n'avait pas moins besoin d'étudier les casuistes pour se mettre en état de décider les cas de conscience, les difficultés les plus épineuses de la morale chrétienne. Enfin il s'appliqua surtout, durant ces deux années, au saint exercice de l'oraison, s'entretenant avec Dieu des importantes vérités qu'il devait prêcher; il s'en pénétra intimement, de sorte que, quand il vint ensuite à les exposer, sa bouche n'eut qu'à parler de l'abondance du cœur. »
En tout cela, il était parfaitement d'accord avec le P. de Condren. On a, en effet, conservé de celui-ci une remarquable lettre où il trace h un autre Père de la Compagnie le programme que le P. Eudes semble avoir conçu et appliqué de lui même. « N'oubliez pas, disait le grand Oratorien, que les visites, pour être bien chrétiennes, ne doivent pas être continuelles.... Il faut qu'après avoir travaillé vous vous réserviez un temps convenable pour la retraite et le repos en Dieu; car Dieu doit être notre repos en cette vie aussi bien qu'en l'autre. » Et il lui conseillait, en attendant une mission nouvelle, d' « étudier les méthodes les plus populaires, les plus claires, les plus efficaces, de traiter les sujets de controverse. Il n'est pas aussi nécessaire d'approfondir les matières par l'étude que d'apprendre à les proposer et les résoudre avec clarté et
netteté* ». Telle était bien la méthode du P. Eudes, et il n*y a pas à être surpris que ce soit à un autre que le P. de Condren ait cru devoir en enseigner la nécessité.
Après ces deux années de repos fécond en Dieu, le P. Eudes fut appelé de nouveau à évangéliser les campagnes. En i635, Mgr d'Angennes, évêque de Bayeux, lui demandait cinq missions dans l'autour de Caen, Le nouvel évêque de Saint-Malo l'appelait immédiatement après dans son diocèse. Là, Tétat des esprits était plus lamentable encore; car à l'ignorance et à la sensualité s'ajoutait une sorte de sauvagerie propre à la vieille race bretonne : elle était alors alimentée par la contagion des haines calvinistes et par les superstitions diaboliques. Nous ne le saurions pas par les historiens des missionnaires Le Noblelz etMaunoir,que le P. Eudes nous l'apprendrait dans une lettre à Mme de Budos, où il relate quelques-uns des incidents de cette mission; fort heureusement, il nous apprend aussi ce que la parole des missionnaires avait provoqué d'élan, et d'élan vile rectifié, dans ces âmes vigoureuses.
« Les uns ont dit que j'étais le précurseur de l'Antéchrist, les autres que j'étais l'Antéchrist même, quelques-uns que j'étais un séducteur et un diable qui attirait tout le monde après lui. Quelques-uns délibérèrent de me chasser. Tout cela n'est que des roses; mais les épines qui me percent le cœur, c'est de voir plusieurs pauvres gens qui sont quelquefois huit jours après moi sans pouvoir se confesser, quoique nous soyons dix confesseurs. »
De retour de Bretagne, il donna encore des missions autour de Caen, dans son propre village de Ri, où les membres de sa famille naturelle se pressaient autour
I. Lettre du P, de Condren publiée parl'iïbbé Pin. Lettre XIX.