‹ Le Vénérable Père Eudes: 1601-1680Chapitre 25 sur 37 · I. Donne par Martine, I, i fa · texte numérisé non relu

I. Donne par Martine, I, i fa

conduite et dans son diocèse. En un mot, ce général fit tout ce qu'il put, comme un très charitable père, pour retirer un enfant qu'il aimait d'une voie d'erreur et d'illusion qu'il lui voyait prendre. »

De pareils retours ne sont possibles que quand il s'affit d'un coup de tête passager, et alors même ils n'ont rien d'avantageux pour personne. Ici la séparation franche valait assurément mieux que cette offre de compromis où l'on ne savait plus trop si le supérieur général de l'Oratoire allait commander ou obéir. Le P. Eudes fit donc bien ce qu'il fit. Avec ses six collaborateurs il resta installé dans la maison qu'il avait louée.

Ce n'était pas seulement un séminaire de prêtres ordinaires qu'il entendait établir là ; c'était une congrégation nouvelle, la congrégation de Jésus et Marie qu'il fondait. Elle devait être constituée comme l'Oratoire et comme Saint-Sulpice, « sans autres vœux solennels que ceux du baptême et du sacerdoce j>. Elle devait cependant avoir son caractère à elle, tout empreint des dévotions que le Vénérable allait s'efforcer de faire agréer par l'Église. Le public était si rempli du souvenir des grands succès remportés par le fondateur dans ses missions, qu'il n'appelait sa maison que de ce nom : la Mission. De fait, le P. Eudes entendait bien allier à la formation de ses jeunes prêtres les exercices, si utiles pour eux-mêmes, de missions nouvelles; et ainsi, formations sacerdotales, propagation d'une dévotion choisie, missions populaires, les trois choses devaient aller de front.

Aussi, à peine installé, sa chapelle à peine meublée par les soins de Mme de Budos et de quelques bernardines, sans se préoccuper de rédiger des constitutions et des règles complètes, se contentant d'inau-

l'établissement des séminaires. 107

gurer les études et les pratiques de piété, il repartit donner lui-même des missions.

Il en prêcha successivement deux à St-Sauveur-le- Vicomte et à Valognes. Le succès allait tellement en grandissant que les récits de prodiges, comme celui d'un orage écarté de l'assemblée à la seule parole du prédicateur, commencèrent dès lors à circuler. A Valognes il fut vivement secondé par l'un de ceux qui l'avaient suivi au séminaire, le P. Manchon. Ces missions étaient à peine terminées qu'il rentrait à Caen pour s'occuper tout à la fois de la fondation de Notre- Dame du Refuge et de l'afiermissement de sa propre congrégation .

Nous disons cette fois « de sa congrégation )> : car le développement qu'il voulait lui donner était nécessaire pour pouvoir fournir à l'établissement qu'il projetait d autres séminaires en dehors du diocèse de Bayeux. Pour donner cette extension à son œuvre, il lui fallait l'approbation de Rome. Aussi se mit-il en devoir de préparer les démarches nécessaires. Il savait qu'elles ne pouvaient être que longues. L'évêque de Coutances, Mgr Matignon, et surtout Mgr d'Angennes, évêque de Bayeux, — qui s'était si bien prêté à ses désirs, — étaient résolus à le seconder de tout leur pouvoir. L'un et l'autre écrivirent au Pape Urbain YIII et s'exprimèrent sur le compte du fondateur dans les termes les plus élogieux. <x II y a huit mois, écrivait, le 22 octobre i643, Mgr d'Angennes*, j'ai établi h Caen, ville de ce diocèse, un séminaire sous le titre de séminaire des prêtres de la congrégation de Jésus et Marie, et il a été confirmé par lettres royales. J'ai voulu par là donner à ceux qui allaient

I, Lettre retrouvée aux Archives de la Propagande*

être ordonnés prêtres et admis au gouvernement des ?\mes la possibilité de s'instruire, auprès de prêtres d'une probité et d'une science éminentes, de la manière d'administrer saintement les sacrements et d'accomplir avec décence les rites sacrés. Enfin, pour leur permettre d'acquérir la dignité et l'aptitude nécessaires à l'exercice régulier de leur charge, j'ai placé à la tête de ce séminaire le susdit maître Jean Eudes*. Avec lui, ceux qui désireront travailler à leur propre perfection et au salut d'autrui auront sous la main un maître qui, n'étant lié par aucun vœu, jouit des mêmes droits, vit sous les mêmes lois que les autres prêtres.

« Toutefois, sa charité et celle de ses associés ne se renferment pas entre les murs du séminaire. Ils se mettent entièrement à la disposition de nos révérendissimes seigneurs les évêques pour faire des missions, des curés pour entendre les confessions, et des fidèles pour les multiples besoins de leur piété, je l'ai constaté en maintes occasions. Tous leurs emplois tourneront, je l'espère, à la plus grande gloire de Dieu et à l'édification de l'Église si la bénédiction apostolique les consolide et les confirme.... »

Une période nouvelle commence ici dans la vie du Vénérable, celle des démarches, des explications, des luttes contre les intrigues, toutes choses que les fondateurs ne peuvent pas ne pas connaître. Les difficultés devaient encore être accrues par l'orientation qu'allait prendre la politique française. Richelieu était mort: Louis XIII l'avait suivi de près. Anne d'Autriche allait subir malgré elle l'ascendant de Mazarin, et celui-ci avait si bien commencé sa réaction regret-

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