‹ Le vénérable père Jourdain Cathala de Sévérac, évêque de Coulam (Quilon) sur la côte de Malabar, aux Indes Orientales (1306-1336)Chapitre 1 sur 4 · V.P.JOURDAIN CATHALA · texte numérisé non relu

V.P.JOURDAIN CATHALA

DE SÉVÉRAC

LA

Évêque de Coulam (Quilon)

Sur la côle de Malabar, aux Indes Orientales.

« Le baiser fraternel de Dominique de Guzman et de François d'Assise, a écrit le P. Lacordaire (1), s’est transmis de génération en génération sur les lèvres de leur postérité. Une jeune amitié unit encore aujourd'hui les Frères- Prêcheurs aux Frères-Mineurs. Ils se sont rencontrés dans des offices semblables sur tous les points du monde; ils ont bâti leurs couvents aux mêmes lieux ; ils ont mendié aux mêmes portes; leur sang répandu pour Jésus-Christ s’est mêlé mille fois dans le même sacrifice et la même gloire. »

La première moitié du treizième siècle n’était pas écoulée que les fils spirituels des deux saints fondateurs, avaient, six cents ans à l'avance, rendu dans les missions lointaines le plus magnifique et irrécusable témoignage à la vérité de cette éloquente parole. Déjà, en effet, à cette époque, on les voyait

(1) Vie de S. Dominique.

+ 4 — partout aux avant-postes de la chrétienté, en face de la barbarie, et à toutes les frontières du monde civilisé : en Scandinavie, en Pologne, en Russie, en Hongrie, en Valachie, en Bosnie, à Constantinople, en Syrie, en Palestine, dans la Tunisie et au Maroc.

Dans la seconde moitié du treizième siècle, ce mouvement admirable d'évangeélisation de là part des deux Ordres en Orient ne fit que s’accentuer. |

En l’année 1291, partaient d'Avignon pour la Chine, le dominicain F. Nicolas de Pistoie et le franciscain, F. Jean de Monte-Corvino, ambassadeurs du Pape auprès de l’empereur des Tartares. Ils suivirent la route que prit trente ans plus tard, celui dont nous esquissons la vie. Arrivé au tombeau de l’apôtre saint Thomas, à Méliapour, près de Madras, le dominicain succombant à la fatigue d’un si pénible voyage mourut entre les bras de son Frère le franciscain, lequel, après avoir déposé les restes bénis de son compagnon dans l'église de Saint-Thomas, s’embarqua, à la première occasion, bien qu'il fût seul, pour la Chine. Sur cette terre de l’Extrême-Orient, sous la puissance des conquérants mongols, F. Jean de Monte-Corvino vit bientôt mürir des fruits abondants de salut. Il l’a raconté lui-même dans deux lettres dont voici quelques extraits : |

Khan-Balik Pékin}, au royaume de Cathay (Chine),

le 8 du mois de janvier 1305 (1).

« Moi, Frère Jean de Monte-Corvino, de l'Ordre des Frères-Mineurs, j'ai quitté Tauris, capitale de la Perse, l’an du Seigneur 1291. J'ai pénétré dans les Indes où je suis demeuré treize mois près de l’église de Saint-Thomas, Apôtre.

(1) Wadding, tome vi, édit. 173. — L. Mosheim, append., p. 114.

Là, j'ai baptisé environ cent personnes. Mon compagnon, F. Nicolas de Pistoie, de l'Ordre des Frères-Prêcheurs, y est décédé et a été enterré dans l’église. Pour moi, pénétrant dans le Cathay(1), domaine de l'empereur des Tartares, nommé le grand Khan, j'invitai ce souverain, en lui remettant les lettres du seigneur Pape, à embrasser la foi de N.-S. J.-C. Mais il est entièrement plongé dans l’idolâtrie, ce qui nel'empêche pas d'accorder de nombreuses faveurs aux chrétiens. Je suis resté seul en ce pays pendant onze années, vers la fin desquelles est venu me rejoindre, il y a environ deux ans, le F. Arnold, Allemand, de la province de Cologne. J'ai bâti une église dans la ville de Khan-Balik, qui est la principale résidence de l’empereur. Cette église est achevée depuis six ans. Elle a un clocher où j'ai fait mettre trois cloches. Jusqu'à présent, j'ai baptisé dans cette église environ 6.000 personnes et sans les diffamations dont j’ai parlé, j'en aurais baptisé plus de 30.000; j'en baptise encore tous les jours. J'ai recueilli et acheté successivement cent cinquante garçons, fils de païens, âgés de sept à onze ans, qui n'avaient encore aucune religion. Je les ai baptisés et leur ai enseigné les éléments des lettres grecques et latines. J'ai écrit pour leur usage des psautiers ainsi que trente hymnaires et deux bréviaires, en sorte que onze de ces garçons savent déjà notre Office, chantent et tiennent le chœur selon la pratique de nos couvents, que je sois présent ou non; plusieurs d’entr'eux transcrivent des psautiers et d’autres livres. L'empereur se plaît beaucoup à les entendre chanter... ............ tar Ciao Te

« Depuis déjà douze ans je n’ai reçu aucune nouvelle, ni de la cour de Rome ni de notre Ordre et j'ignore l'état des affaires dans l'Occident. Je fais bâtir une seconde église. J'ai

(1) La Chine.

appris la langue et l’écriture tartare et j'ai déjà traduit dans cette langue tout le Nouveau-Testament et le Psautier que j'ai fait écrire en très beaux caractères... Enfin, je lis, j'écris et je prêche publiquement la loi de Jésus-Christ. »

La chronique, où se trouve ce précieux document, ajoute : « Le susdit légat du Siège apostolique, Fr. Jean, adressa ses lettres par l'intermédiaire de marchands vénitiens (1) revenant de la Chine, à un Frère-Précheur, homme vraiment spirituel, qui pérégrinait alors à travers les contrées d'Orient et y prêchait la foi du Christ. Ces marchands remirent au Dominicain, en signe de l'authenticité de leur mission, une tablette (2) du grand Khan et Empereur. Le dominicain, à son tour, fit parvenir ces lettres en plusieurs lieux, principalement aux Frères-Mineurs et Précheurs, et il leur fit savoir en même temps que plusieurs dominicains, possédant parfaitement la littérature et les langues latine, grecque et tartare, s'étaient mis en route pour la Tartarie supérieure, avec des livres, des calices et des ornements; mais que parvenus jusqu’à Gazaria, ville des Tartares du Nord, ils n'avaient pu aller plus loin, à cause de la guerre qui sévissait en ces régions, et ils étaient demeurés dans cette ville, s'employant à prêcher et à baptiser jusqu’à ce que la guerre cessät. »

Vers le même temps se formait, dans l'Ordre de Saint- Dominique, une Congrégation d’apôtres, la « Société des Frères Pérégrinants pour le Christ chez les infidèles, » dont le but spécial était de travailler à la conversion des peuples orientaux. En 1318, le Pape Jean XXII ayant érigé Sultanieh, résidence de l'empereur persan, en archevêché(3), désigna

(1) Sans doute le père et l’oncle de Marco Polo. (2) « Tabula. »

(3) V. Bull, de l'Ordre, t. Il, p. 137.

pour ce poste important le Vicaire général de cette Congrégation des Frères Pérégrinants, Fr. Franco de Pérouse, et il lui donna pour suffragants six religieux de son Ordre, les PP. Gérard, Calvo, Guillaume Adam, successeur immédiat de Franco de Pérouse sur le siège de Sultanieh, Barthélemy de Podio, Bernardin de Plaisance, Bernard Moreti et Barthé- Jemy Abaliati. |

A la même date, le Pape écrivait au Maître général de l'Ordre des Frères-Prêcheurs : « Grâce à la bénédiction d’enhaut, de même que le firmament resplendit de lumineuses étoiles, votre Ordre brille, et par le nombre et par la vertu de ses membres: choisissez donc, dans son sein au moins cinquante Frères pieux et discrets et répartissez-les dans vos diverses missions chezles infidèles. Nous accordons à tous et à chacun de ceux que vous désignerez, les faveurs spirituelles et l’indulgence promise à ceux qui vont au-delà des mers porter secours à la Terre-Sainte (1). »

Plus de cent religieux s’offrirent aussitôt, et, là où ils furent envoyés, dit la chronique, ils produisirent tous des fruits abondants.

Le V. Père Jourdain Cathala fut-il de cette légion d’apôtres généreux, ou bien vivait-il en Orient depuis plusieurs années? Y était-il venu dès l’an 1312, lorsque le Général de l'Ordre, Bérenger de Landore, promulgua les salutaires règlements qu'il fit pour la Congrégation des Frères Pérégrinants? Nous n'avons pu le découvrir. Ce qui est certain, c’est que, vers l'année 1320, Fr. Jourdain était en Perse, et avait eu le temps d'apprendre suffisamment la langue du pays.

(1) Bull. de l'Ordre, t. 11, p. 143.

TR ee

On n'est pas davantage renseigné sur les origines de l’hé roïque missionnaire; cependant, sans témérité, on peut conjecturer qu'il était français, quand on lit cette phrase toute patriotique de son traité des Merveilles: « J'estime que le roi de France pourrait par lui-même, et sans aucun concours, subjuguer et convertir à la foi chrétienne le monde entier. » Voulant donner quelque idée d’une ville considérable de l’Inde, il n’imagine rien de mieux que de la comparer à la ville de Toulouse. Son nom, d’ailleurs, est tout meridional. Sévérac-le-Château en Rouergue serait même le lieu de sa naissance, si l’on s’en rapporte au titre de la relation de ses voyages : Mirabilia descripta per Fr. Jordanem Catbalani oriundum de Severaco, in India majori Episcopum Columbensem. Merveilles décrites par Fr. Jourdain Cathala, originaire de Séverac, évêque de Colombo (Coulam) dans les grandes Indes (1).

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