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lait à croire que, s’il leur restait le plus faible espoir d'atteindre celui qui les avait raillés avec tant de hardiesse, ils n’abandonneraient pas cette terrible chasse à l’homme.
Aussi le comte courait-il avec une célérité prodigieuse. À mesure qu’il dévorait l’espace, sa respiration devenait plus pénible; l'air qui s’échappait de sa poitrine par soubresauts était brûlant, ses tempes battaient violemment, son sang refluait vers son cœur, un voile passait sur ses yeux, Brisant (out ce qui s’opposait à son passage, branches d’arbres et broussailles, il allait, il allait, ne se rendant point compte de ce qu'il faisait, et obéissant uniquement à l'instinct. Par moments, un faible gémissement s’échappait de ses lèvres livides, sous l'excès de la douleur, sans qu’ilosât pourtant ralentir sa course. Peu à peu il perdait la conscience de ses actes, et, landis que son corps cédait à l'impulsion donnée, sa pensée allait pour ainsi dire se paralysant, Les yeux hagards, la bouche ouverte, la langue
‘pendante, les lèvres couvertes d’une écume teinte de sang, il offrait le spectacle d’une de ces visions fantastiques où passe l’ombre de la mort poursuivie par une meute de chiens dévorants.
Au moment où il croyait toucher au terme de cette lutte désespérée, son pied s'embarrassa dans un creux : il tomba la tête en avant, sans donner le moindre signe de vie,
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Etrange effet du hasard, le comte avait roulé tout entier dans la longue excavation, èt les feuilles moites , les débris végétaux, déplacés par ses pieds, avaient complètement reconvert son corps.
Ceperdant les Indiens approchaient,
Par bonheur pour Rochetonnerre, le bruit qu'ils faisaient eux-mêmes les avait empêchés de remarquer que le fugitifavait cessé sa course. Ils continuèrent dunc à poursuivre avec le même acharnement une proie imaginaire. L'ün d'eux, en franchissant le creux, appuya son pied sur Ja tête du chasseur. Le sauvage trébucha plusieurs fois, et finit par tomber de son long. Mais il se releve presque aussitôt avec un grognement de dépit, et courut après ses compagnons, laissant le chasseur couché sous les feuilles, inconscient du danger qui l'avait menacé,
Plus l'ombre qu’ils croyaient voir fuir devant eux se dérobait à leur atteinte, plus les Indiens exaspérés redoublaient de rage et d'efforts, plus aussi ils précipitaient leurs pas, plus ils s’éloignaient, en réalité, de la place où gisait le pionnier évanoui.
Quand ils eurent ainsi franchi près d’un mille, ils commencèrent à soupçonner qu'ils étaient une nouvelle fois leurrés. Obéissant au signal de leur chef, qui était à leur tête, les Onontagues firent halte. Ils écoutèrent attentivement les échos, dans l'espoir que l'un d’eux leur révèlerait l’endroit où se trouvait le fugitif. Frustrés dans leur attente, ils se persuadè:
rent que leur ennemi avait continué à courir devant eux, et leur fureur ne fit qu'augmenter. Si le comte était tombé en ce moment dans leurs mains, ils l'auraient assurément mis en pièces.
Bien qu’ils ne pussent exactement déterminer depuis combien de temps ils avaient perdu la piste, les Peaux-Rouges n'étaient pas de nature à s’avouer vaincus. Au contraire, leur résolution de poursuivre Ja chasse dévenait de plus en plus inébranlable, Ils étaient décidés à ne pas lâcher leur proie. La seule chose qu’il leur restât à faire, c'était de retrouver la trace perdue,
Trop impatients pour attendre le point du jour, les Onontagues se mirent en devoir de se procurer des matériaux convenables pour faire des torches dont la lumière leur servirait, croyaient-ils, à réparer leur erreur. Ces matériaux, ils n'avaient qu'à étendre le bras pour les trouver en abondance dans la forêt. Aussi les torches furent-elles bientôt allumées. | à
Ensuite, chacun se plaça comme il l’entendit. On eut toutefois la précaution de couvrir le plus d'espace possible, Deux Indiens formaient l'arrière-garde. La chasse ainsi réglée, le chef donna le signal du départ.
Pour procéder plus sèrement, on jugea nécessairo de retourner en arrière, jusqu'à ce qu’on se trouva sur la piste. C’est ainsi que, lentement et sans
laisser échapper aucune des empreintes de pieds, on se rapprocha de l’excavation où le chasseur était demeuré sans avoir repris ses sens,
Cette fois, les patientes investigations des Peaux- Rouges paraissaient devoir être couronnées de succès, La lumière des torches, qui étaient très nombreuses, avait trop d’éclat pour que la piste restât longtemps cachée. En outre, les pas du fugitif élaient trop nettement empreinis dans le sol détrempé par la pluie pour que le regaré exercé des sauvages ne les reconnüt pas aussitôt.
Les Indiens qui avaient rebroussé chemin étaient sur le point d'arriver à l'excavation, quand tout à
. coup ils entendirent à leur droite un signal annonçant clairement que la piste était relrouvée,
Les sauvages eurentun grognement desatisfactions Ils s'élancèrent vers l'endroit où ils étaient appelés, abandonnant ainsi la voie qui allait les conduire, quelques minutes plus tard, au lieu même où était le Buffle-Gris. Ils ne se doutaient point de la nou-
velle méprise qu'ils commettaien’,
À peine eurent-ils rejoint l'Onontague qui avait donné l'éveil, qu’ils le virent agenouillé, la tête inelinée vers la terre, et désignant du doigt avec orgueil la piste parfaitement dessinée devant lui.
Tout concourait à faire accepter cette piste comme la véritable. En effet, elle était représentée par des pieds de large proportion, chaussés de mocassins,
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et l’orteil rentrant montrait, à ne pouvoir s’y méprendre, que ces pieds étaient ceux d’un Indien. Or, l'Ours-Maigre avait formellement déclaré que le fugitif appartenait à la race indienne, et par conséquent les Onontagues se croyaient autorisés à prendre les pas qu'ils avaient sous les yeux pour ceux de l'homme qu'ils cherchaient, Ces pas indiquaient clairement qu’ils avaient été faits en courant, ou plutôt en trotiant régulièrement, Cette dernière allure s’expliquait facilement, car le fugitif, pour mieux les tromper, devait avoir uni la précaution à lu vitesse,
Toutefois, pour agir avec plus de certitude, quel-
ques-uns des Onontagues suivirent les empreintes
des pas jusqu’à l'endroit de leur intersection avec ceux de leur propre troupe. Ils eurent ainsi la conviction qu'ils ne se trompaient point,
S'ils avaient été moins pressés, et s'ils avaient donné un peu plus de temps à la réflexion, ils auraient fini par découvrir l’absolue vérité, Il leur aurait suffi de suivre les empreintes qu’ils prenaient pour celles du fugitif un peu plus longtemps qu'ils ne l'avaient fait, Ils auraient reconnu alors que cette piste, coupée, il est vrai, par la leur, partait, en définitive, d’un point tout opposé de la forêt, et, conséquemment , : n'avail aucun rapport avec Ja trace qui faisait l'objet de leurs ardentes recher- . ches.
[vres de sang, les Peaux-Rouges avaient, comme on le voit, lâché a proie pour l'ombre.
Ils cherchaient la piste du Buffle-Gris; en réalité, ils n’avaient trouvé que celle de l’Oiseau-Blane, le courrier mohawk.
Le jour ne tarda point à paraître.
Tandis que René de Vauquelin attendait avec anxiété le signal du chasseur, le comte de Rochetonnerre ouvrait faiblement les yeux, et, après avoir promené autour de lui un regard étonné, il s'était péniblement dressé sur son séani. Il avait le vertige, ses lèvres étaient sillonnées de profondes déchirures,: une soif ardente le dévorait.
Pendant quelques instants, le comte demeura étourdi ; il ne se rappelait rien des événements de la nuit précédente. Mais il reprit bientôt possession de lui-même ; le sentiment de la réalité lui revint; l’instinci de la conservation se réveilla, et d'une main rapide il chercha son ritle, qui était tombé à côté de lui,
Ne voyant rien qui pût l’alarmer ou lui. révéler la présence de ses ennemis, Rochetonnerre ge !:5a, fl était si faibie que, sans l'aide de son rifle, il se serait atfaissé. Il passa an instant s4 muin sur ses yeux, puis, sa volonté d° er reprenant tout son empire, il maitrisa les défaillances de <. ù corps.
Le danger qu'il courait était, il ne l'ignorait pas, des plus graves. Toute la forêt devait être, en effet,
investie par l'Ours-Maigre et les Onontagues. Pour s’en assurer, il fit une reconnaissance. Au bout de quelques minutes, il eut la certitude qu'il était ceraé.
Il s’assit pour délibérer sur ce qu’il convenait de faire.
Tandis qu'il se livrait à ces réflexions, il porta machinalement la main sur la poire à poudre qu'il avait au côté. Tout à coup il eut un geste d’étonnement et parut vivement alarmé. Le bouchon qui servait à fermer la poire manquait, et la-poire elle-même s’était complètement vidée.
Cette calamité était la plus grande qu'il pût éprouver,
Quoi de plus effrayant, en effet? Se trouver seul au. milieu de la forêt, entouré d’une horde de monstres féroces, qui tuus étaient ses ennemis acharnés, et n'avoir -our leur résister qu’un seul coup de fusil à tirer!
Rien d'étonnant donc que ie comte de Rochetonnerre ressenti: en ce moment un violent désespoir. 11 savait parfaitement qu'il aurait avant peu à en venir aux mains avec les sauvages, et qu'étant incapable de lutter avec avantage, il succomberait bientôt. ;
Il y avait, il est vrai, lo cuverne. Maïs, selon toute probabilité, les froquois s’en étai2nt emparés; et, en admettant qu'ils n’eussent point osé y pénétrer, «près avoir perdu tant d' murde, tout faisait crei*e néan-
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moins qu'ils avaient continué d’en faire le siège. Le chasseur avait done peu d'espoir d'y rentrer sans être vu, pris ou tué,
Cependant il n’avait pas d'autre chance de retrouver des munitions. |
Avant d'avoir constaté l'accident dont il était victime, le comte avait eu l’intention de regagner l’en-
droit où il avait quitté le jeune officier: il voulait
avertir René de Vauquelin du sort qui l’attendait, à son enirée dans le camp indien.
Maintenaut qu'il se trouvait lui-même sans armes, il crut prudent de ne point se rapprocher du village de l’'Ours-Maigre.
Il savait, au reste, que, pour le moment, le lieutenant n'avait à craindre que la captivité, et il espérait bien pouvoir le délivrer avant l’arrivée de François Brissot. En outre, il était sûr que l'officier jouerait convenablement son rôle.
Ces résolutions arrêtées, le vieux pionnier retrouva un peu de son calme ordinaire. Il employa d'abord toutes les ressources de son esprit inventif à effacer sa piste, que les Onontagues chercheraient infailliblement dans quelques instants. Il n’espérait pas les jouer complètement ; maïs il comptait les dérouter assez longtemps pour pouvoir gagner la caverne.
Il parvint bientôt à une petite crique dont le lit était semé de graviers, Il y entra, et poursuivit sa marche à pas rapides pendant un peu plus d’un
mille. Ensuite, saisissant une branche qui pendait presque jusqu’à terre, il se hissa sur un arbre dont il eut soin de casser plusieurs rameaux comme par hasard. Après quoi il remonta quelque temps le courant, en sautant de branche en branche ; puis il se laissa retomber dans l’eau.
Il reprit sa course en amont, et monta presque aussitôt dans un autre arbre dont il respecta, cette fois, prudemment toutes les branches. Enfin, passant d'arbre en arbre, il se laissa tout de bon glisser à terre.
Revenant alors sur ses pas, il eut l'air d’eifacer avec beaucoup d'attention la fausse piste qu’il venait de tracer ; puis, convaincu que les Indiens lui laisseraient, en s’arrêtant, le temps qu’il lui fallait, il prit définitivement le chemin de la caverne.
Le comte avait maintenant recouvré ses forces. Il marchait d’un pas sûr et précipité, l'oreille tendue, l'œil au guet. Quand il fut près du rocher, il usa d’un peu plus de précaution. Il n’avait pas pris la route directe. Son intention était de pénétrer, s’il était possible, dans la caverne par l'entrée qu'il avait laissé ouverte lorsqu'il avait quitté sa retraite avec René de Vauquelin.
ni nina éme) étions ntmaturtemntien mms donne ,