‹ Le vengeur de Montcalm [microforme]Chapitre 16 sur 26 · L'OMDRE LE LA MORT · texte numérisé non relu

L'OMDRE LE LA MORT

Échappé, grâce à un coup d’audace, à l’Ours- Maigre et à l'Oiseau-Blanc, et en outre singulièrement favorisé par les circonstances, le comte de Rochetonnerre avait pu dépasser, saus être aperçu, le cordon des seulinelles qui, pour la plupart, avaient couru comme tout le monde à la tente du sachem. Le vieux chasseur avait ainsi gagné la forêt, S'il avait conlinué sa course en silence, pas un de ses ennemis n’aurait su quelle direction il avait prise, et il aurait eu tout le temps de brouiller sa piste de manière à empêcher les Onontagues de s’y reconnaître.

… Mais le comte avait fait une promesse à René de Vauquelin, et cette promesse, il voulait la tenir, dût-il affronter les plus grands périls.

Il poussa donc un second rugissement, plus retentissant encore que le premier, ét quand il sut l'assurance que les sauv.., 8 venaient derrière lui, ‘

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commença à travers la forêt une course furibonde qui devait, suivant toute probabilité, par suite de l’épaisse obseurité, avoir une issue fatale.

[l comptait moins sur son agilité que sur sa parfaite connaissance de tous les accidents du terrain. Aussi le vieux pionnier, comme pour exciter davantage ceux qui le poursuivaient et les détourner du refuge de Vauquelin, jeta-t-il, à des intervalles rapprochés, trois cris également sonores, c’est-à-dire trois nouveaux défis également outrageants.

Toutefois les Onontagues, quels que fussent leur colère et leur entraînement, ne pouvaient s'empécher de constater l’étrangeté de ce manège, auquel ils ne trouvaient qu'une explication plausible, à savoir que l’audacieux espion cherchait à les attirer dans quelque embüûche,

Néanmoins, ils résolurent d'attendre les événe-

ments.

. Pour déjouer ln tactique de leur ennemi, au Heu de continuer à courir après lui à la file, ilss’éparpillèrent sur un plus grand espace de terrain, de telle sorte que si l’embuscade redoutée existait réellement, elle fût sans effet. Ils se ménageaient ainsi le moyen de se rallier ou de battre en retraite, suivant les circonstances.

Le comte ne se doutait point de cette ruse des | Peaux-Rouges.

Il avait sur eux, il est vrai, une assez grande

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avance. Mais il n’aimait plus beaucoup courir, quoiqu’il n’eût jamais eu dans cet exercice aucun rival. Depuis que l’Ours-Maigre lui avait plongé son couteau dans la poitrine, il avait la respiration lente, et il était forcé de reprendre haleine au bout de peu de temps.

Rochetonnerre eût aisément distancé pendant quelques milles les sauvages qui s’acharnaient après lui, Maïs la souffrance qu’il ressentait au cœur aurait, il le savait fort bien, vite épuisé ses forces, et il serait inévitablement tombé par terre, privé de sen:timent.

Sachant quelles précautions il avait à prendre, le . Chasseur mettait en œuvre toute la puissance de ses muscles pour maintenir autant que possible la dis-

tance qui le séparait des Indiens, et il se réservait | d'employer en temps opportun le stratagème qui lui avait réussi plus d’une fois. Seulement il ne savait point que les Onontagues s'étaient disposés pour

ainsi dire en éventail.

Bientôt il put entendre derrière lui plusieurs aboiements, mais il ne distinguait pas exactement de quel point ils partaient. Presqu'au même moment il éprouva les premiers symptômes de sa douleur, et il sentit ses forces trahir son ardeur. Il ralentit le pas et se jeta brusquement de côté. Persuadé qu'il avait

évité le danger, le comte serra ses deux mains sur sa poitrine ets’accroupit, la têté entre les genoux. Dans

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cette attitude, il ne remarqua point la rapide approche d’un Peau-Rouge qui venait tout droit sur lui. |

Le sauvage allait l’effleurer, quand Rochetonnerre l'entendit et leva la tête. Il n’eut pas le temps de se redresser.

L'Indien, lancé de toute sa vitesse, n’avait point, à cause de l'obscurité, aperçu l’homme assis dans le chemin. Il heurta violemment le chasseur, tomba par-dessus l'obstacle et alla rouler à une douzaine de mètres, en poussant un cri d'alarme, aussitôt étouffé par la terre et les feuilles humides qui lui remplirent la bouche.

Quelque perplexe que fùt la situation du comte, il aurait pu néanmoins ne pas être découvert, s’il avait usé de prudence : le sauvage aurait fort probablement attribué sa chute à quelque accident du sol ou à quelque tronc &’arbre tombé en travers du chemin, et comme la nuii était très noire, il n'aurait pas eu la pensée d'examiner les choses de plus près. Ses compagnons auraient passé outre, et le chasseur eût été sauvé. |

Mais la collision absolument inattendue avait tellement impressionné le vieux pionnier, qu'il avait bondi sous le coup, en accablant le maladroit d'imprécations. Attentifs au moindre bruit, les Peaux- Rouges, avertis de sa présence, avaient poussé à leur tour des cris de triomphe, et par des abojements

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significatifs ils avaient aussitôt informé de l'événement les plus éloignés de la bande.

Rochetonnerre avait l'esprit aussi prompt que la main. Il comprit sur-le-champ qu’essayer de fuir n’était pas possible. Sa douleur, qui n’était point calmée, ne lui permettrait, en aucun cas, de faire un mille de plus. Il n'avait donc qu’à prendre son parti et à se fier à son courage. Aussi fit-il quelques pas pour s’adosser à un arbre, et, tirant à la fois de sa ceinture son couteau et sa hache, il se disposa à vendre chèrement sa vie.

Il ne s'attendait point à ce qui eut lieu. La troupe des Peaux-Rouges passa devant lui comme un ouragan. Presque aussitôt après des clameurs confuses lui annoncèrent qu’une lutte violente s'était engagée.

Un sourire effleura la lèvre du chasseur, lorsqu'il reconnut ce qui était arrivé.

Les Indiens lancés à sa poursuite avaient trébuché sur le sauvage qui se relevait juste au même moment, et,croyant avoir mis la main sur leur ennemi, ils le rouaient de coups.

Profitant de cette méprise qu'il savait d’ailleurs ne pouvoir durer bien longtemps, et espérant que, grâce au tumulte, on ne l’entendrait pas marcher, le comte avait rapidement quitté l'endroit où il se trouvait. À chaque pas qu'il faisait, il se sentait plus rassuré, et il commençait à croire que tout danger

avait disparu,

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Malheureusement il n’en était pas ainsi : des cris de rage éclatèrent tout à coup, puis le silence plans de nouveau sur la forêt.

L'erreur avait été découverte. Les sauvages prètaient l'oreille pour reconnaître la direction qu'avait prise leur véritable ennemi. Rochetonnerre, se doutant de leurs intentions, s'était arrêté. Pas assez promptement toutefois.

Une exclamation de joie poussée par les Indiens lui prouva qu’il s'était trahi.

En effet, la bande furieuse accourait vers sa retraite.

Le moment était décisif. Le chasseur aspira l'air à pleins poumons, puis il s’élança en avant, en faisant appel à toutes ses forces. Il savait qu'il ne résisterait pas longtemps à cette suprême tentative d'évasion ; mais il se disait que peut-être il gagnerait assez d'avance sur les Peaux-Rouges pour se dérober une seconde fois, ou tout au moins pour tomber sans que l’on entendiît sa chute.

I n'ignorait pas, cependant, qu'il avait affaire à des hommes qui eussent aisément rivalisé de vitesse avec le daim le plus agile et de persévérance avec le loup le plus affamé. Plus d'une fois il les avait eus sur ses talons pendant une journée sans qu’ils parussent éprouver la moindre fatigue. Or, maintenant

que leurs passions étaient surexcitées par les décep-! tions successives qu’ils avaient éprouvées, tout por- |

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