‹ Le vengeur de Montcalm [microforme]Chapitre 19 sur 26 · QE · texte numérisé non relu

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Un fait était certain pour lui: c’est que si les Iroquois s’élaient risqués à pénétrer dans la caverne, ils avaient dû découvrir comment les hommes blancs avaient effectué leur sortie.

D'ailleurs il était difficile de croire que les Indiens eussent abandonné la caverne sans l’explorer, soit dans l'obscurité, soit à la lumière des torches. Un sourire éclairait le visage du chasseur à la pensée que les Peaux-Rouges, s'ils parcouraient la galerie sans lumière, ne pouvaient manquer de se jeter dans les précipices béants sui se trouvaient de l’un et de l'autre côté. D'autre part, en supposant qu'ils eussént la chance vraiment miraculeuse de ne point tomber dans un gouffre, ils étaient exposés à s’égarer dans ces rombreuses galeries latérales et à marcher dans ce la: rinthe inextricable pendant plusieurs jours sans en trouver l'issue.

Quoi qu'il en fût, il était vraisemblable que les sauvages étaient maîtres de la position, ettout portait à croire qu'ils avaient établi en quelque sorte une souricière où les hommes blancs, à leur retour, viendraient se faire prendre.

Le comte était trop au fait des mœurs des Indiens

pour ne pas avoir la conviction que les Peaux-Rou-

ges feraient le guet pendant un mois, s’il le fallait, déterminés qu’ils étaient à venger le massacre de leurs frères.

I! savait que siles Iroquois étaient en possession

de la caverne, ils prendraient la précaution d’effacer soigneusement toute trace de leur présence. Ils devaient, en effet, se persuader que les hommes blancs, se reposant sur leurderniertriomphe, seraient assez simples et assez aveugles pour donner dans le piège. Or, les Peaux-Rouges tendraient naturellement à prendre leurs ennemis vivants.

La conviction queles Indiens ne tireraient pas sur lui, à moins d'avoir perdu tout espoir de le faire prisonnier, entra donc pour une grande part dans le plan audacieux du chasseur,

Tandis qu’il pesait ainsi dans son esprit le pour et le contre de son entreprise, Rochetonnerre était arrivé aux approches de la caverne. |

Le tout était maintenant de savoir si l’entrée en était encore accessible,

Il fallait, en premier lieu, redoubler de soin et de précaution, car la moindre imprudence pouvait être funeste, Il fallait ensuite éviter d’éveiller les échos, un bruit à peine perceptible pouvant tout compromettre.

Le chasseur s’étendit à plat ventre sur le sol, et, reprenant ce mouvement de la panthère qu'il exécutait avec tant de promptiltude et d’habileté, il seglissa à travers l'épaisseur des broussailles.

Parfois il s’arrêtait indécis. Fallait-il continuer jusqu’au bout l'exécution de ce dessein, qui paraissait ne lui promettre que la captivité ou la mort?

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182 LE VENGEUR LE MONTCALM, Il était précisément dans cette perplexité quand ses yeux s’arrètèrent tout à coup sur un Indien qui était perché sur un arbre, et semblait avoir été posté là - pour avertir ses compagnons de l’arrivée des hommes blancs.

Par bonheur, le sauvage, en interrogeant l’horizon, fixait les objets qui se trouvaient au delà de la place que le comte occupait pour le moment.

Apparemment l'Iroquoisr.'était passimplement une sentinelle. Il devait avoir en outre pour mission, une fois les hommes blancs entrés, de leur couper la retraite, de manière à les prendre entre deux feux.

Opiniâtre dans ses résolutions, et peu accoutumé à se laisser détourner d’un projet par des considérations de conservation personnelle, Rochetonnerre avait cette fois, pour ne pas reculer, le plus puissant des motifs : il lui fallait de la poudre à tout prix.

Il continua donc de ramper en avant, en mettant tout en œuvre pour se soustraire aux regards du sauvage qui faisait la vigie.

Il mit plus d'une demi-heure à atteindre l’entrée de la caverne. Il n’en était plus qu'à une vingtaine de mètres quand il fit halte, presque au pied de l'arbre, pour se reconpaître.

Trois Indiens étaient couchés ou assis à une faible distance. Ce poste avancé paraissait chargé d’opposer la première résistance aux assaillants et de donner l'alarme, Seulement, comme il devait compter sur

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la vigilance de la sentinelle et attendre son signal, il était actuellement assez indifférent à ce qui passait autour de lui.

Le chasseur ne se laissa pas déconcerter par cette nouvelle difficulté.

Il espérait pouvoir effectuer son entrée sans être aperçu par les Peaux-Rouges, dont il lui était aisé de constater l’insouciance. Une fois parvenu dans la galerie souterraine, la connaissance parfaile qu’il avait de tous les détours devait lui donner un immense avantage sur les Indiens. Toute la question était en effet d'arriver jusqu’au premier bloc de pierre. Ilmettrait alors facilementune barrière entre lui et les quatre sauvages postés au dehors. Quant à ceux qui se trouvaient au dedans, il estimait qu'ils n'étaient pasplus d’une demi-douzaine, et cenombre n’avait pas de quoi l’effrayer.

On se rappelle que le terrain creux qu’il avait en ce moment devant lui élait caché sous les buissons et les plantes rampantes. Il comptait sur cette circonstance pour couvrir sa marche.

Se fiant donc à son étoile, le Buffle-Gris se coucha de tout son long et commença de se traîner sur le ventre avec aussi peu de bruit qu’en eût fait un serpent, tandis qu’il remuait à peine les broussailles.

Rochetonnerre savait mieux que personne que patience vaut mieux que rage. Aussi avançait-il avec une lenteur calculée, pouce à pouce, dardant les

yeux sur les sauvages et serrant fortement les lèvres pour retenir sa respiration, Si faible que fût la distance à parcourir, le tempsqu'il y employa lui parut une éternité,

Enfin, il touchaau but où, depuis près d’une heure, il s’efforçait de parvenir. Il fit halle pour se reconnaître une fois de plus.

A en juger par l’atlitude des Iroquois, aucun de ses mouvements ne leur avait donné l’alarme, S'il n’y avait pas d'autres Indiens pour garder le bloc de pierre, il était sûr de la réussite. Jusque-là, il lui fallait continuer à jouer sa vie, Il se laissa donc couler doucement le long de la pente, et arriva au bas, sain et sauf.

Un instant après, il se trouva dans la galerie, et s’arrêla pour respirer. Tirantensuwite son large couteau, il l’attacha solidement à la bouche de son rifle avec une longe taillée dans sa culotte de peau, et, tandis qu'il tenait cette baïonnette improvisée devant lui, il rampa vers le bloc de pierre.

Le comte n’avait pas fait dix mètres de chemin, qu’il entendit en avant de lui un frottement bien marqué, Ilretint son souffle et cessa brusquement de se mouvoir.

Quelque chose ou quelqu'un venait. évidemment à sa rencontre, et le passage était trop étroit pour qu'il pût éviter le contact.

Bientôt Rochetonnerre put distinguer le bruit pro-.

duit par la respiration d’un être humain, quand tout

. à coup le silence se rétablit. Quel que püût être cet

homme qui venait au-devant de lui, il était évident qu'il s'était aperçu de la présence du pionnier,

Le comte demeura immobile comme une statue de pierre. Pourtant son cœur battait vivement. Il s’attendait à chaque instant à entendre la détonation d'un rifle et le sifflement d'une balle qui devait infailliblement l’atteindre.

Enfin une voix purla. C'était la voix d’un Indien.

Craignant de réponde pour ne pas précipiter la lutte, le chasseur ne savait à quoi se résoudre,

Il y eut un moment de silence.

Puis le sauvage poussa un faible grognement et continua d'avancer, persuadé, sans doute, qu’il s’était effrayé sans motifs. Le comte saisit alors son arme d’une main de fer, et maintenant la redoutable baïonnette, autant que possible, au milieu du passage, il attendit le dénouement.

Avant même qu'il eût pu réfléchir, il sentit que son couteau rencontrait une légère résistance. En

même temps le sauvage poussa une vive exclamation

et se porta brusquement en arrière.

Mais le comte ne lui laissa pas le temps de faire un mouvement de plus. Il lança sa baïonnette en avant de toutes ses forces, et l'arme pénétra irrésistiblement dans les chairs de l’Indien,

Un cri de douleur et d’agonie succéda à cet horrible

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