‹ Le vengeur de Montcalm [microforme]Chapitre 6 sur 26 · A SUS · texte numérisé non relu

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la sauvegarde de la colonie. La destruction du fort de Frontenac, qui servait d'arseual à notre marine sur le lac Ontario et d’entrepôt aux vivres et aux munitions destinés aux postes des Pays d'en haut, avait donné la mesure de ce que l’on pouvait attendre des hommes auxquels on avait confié l'administration de la Nouvelle-France.

En fait, les avantages de la campagne demeu :ient aux Anglais. Le succès de Carillon ne faisait que retarder leur aarche sur Québec, mais ne devait point l'empêcher. Les sauvages, jusqu'alors alliés fidèles de la France, voyant notre puissance chanceler, commençaient à faire défection en grand nombre,

Tant de causes étaient bien de nature à faire naître l'inquiétude et le chagrin dans l’âme droite du comte de Rochetonnerre. Irrité des basses intrigues dont il était fréquemment le témoin, des désordres et des abus qui se passaient autour de lui au grand jour, sans qu'il eût qualité pour les réprimer, voyant clairement où devaient mener les dilapidations impudentes de l'intendant Bigot, il se sentait pris d’un immense dégoût et n’attendait qu’une occasion pour

demander son rappel en France.

L'accueil fait à M, de Bougainville par le ministre de la marine, M. Berryer, mit le comble à l’exaspération du brave officier. Il était manifeste qu'à Paris on ne tenait aucun compte de la situation du Canada, et que l’abandon de la colonie paraissait

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tout naturel au milieu des difficultés avec lesquelles la métropole elle-même était aux prises. M. Berryer n’avait-il point dit : « Quand le feu est à la maison, on ne s'occupe pas des écuries » ? et cet aveu n’équivalait-il point à un refus exprès de rien tenter de décisif pour conserver notre autorité dans l'Amérique septentrionale ?

Horace de Rochetonnerre, naguère encore si enthousiaste, ne pouvait plus se dissimuler que l’armée du Canada, réduite à cinq ou six mille hommes, quelque courageuse qu'elle püt être dans la guerre des bois, ne tiendrait point en bataille rangée contre les Anglais, car elle était au fond abattue et démoralisée. Il ne voulut point être plus longtemps le complice d’une situation contre laquelle protestaient tous ses sentiments. Il demanda son congé définitif, et l'ohtint sans difficulté, tant l’armée du Canada était peu de chose pour le ministre de la guerre.

Il s'était marié peu de temps auparavant à Québec. Sur les instances de la comtesse, qui ne voulait point quitter le pays où elle était née, il acheta la propriété située à la source de l’Alleghany. Pour donner un aliment à son activité, il se livra non seulement au défrichement des bois, mais à la chasse des animaux sauvages, dont les fourrures lui rapportaient un. assez grand profit. :

Ennemi juré des Iroquois, auxquels il ne pardon-

nait point les actes de cruauté qu'ils exerçaient

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contre les Français tombés dans leurs mains, il réunit autour de lui quelques hardis pionniers et fit à ces sauvages une guerre sans pitié. Son nom était devenu la terreur de la contrée. L’audace avec laquelle il se précipitait sur les campements indiens, la promptitude de ses mouvements, la couleur de son costume généralement sombre, lui avaient fait donner le surnom de Buffle-Gris. Ge surnom, seule désignation sous laquelle il fût connu parmi les Cinq-Nations, répandait l’effroi dans toutes les tribus de Peaux- Rouges. Les Onontagues, surtout, tremblaient en l’entendant prononcer, car il leur rappelait leurs wigwams détruits, leurs guerriers massacrés. De là leur haine invetérée.

L'échec éprouvé à l’habitation de l’Alleghany ne pouvait avoir d'autre résultat que de rendre cette haine encore plus profonde. Désormais il n’y avait plus qu’une issue possible à la lutte entre le Buffle- Gris etl’Ours-Maigre : l’un ou l’autre devait succomber sous les coups de son adversaire. Lequel des deux ?

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