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Il essaya de briser ses liens. Ses yeux étaient injectés de sang, sa bouche écumait. Vains efforts ! Il était parvenu à se dresser sur son séant, mais ses muscles étaient désormais impuissants. Il retomba lourdement sur le dos en exhalant sa rage.
À ce moment, ses yeux tombèrent sur le cadavre de l’Onontagne qui baignait dans son sang, le crâne ouvertla face horriblement convulsée.
Rochetonnerre n'eut plus aucun doute sur le supplice qui lui était réservé ; mais il ne craignait pas la mort et un sourire de mépris erra sur ses lèvres.
Ce sourire fit place à une expression de stupeur, quand son regard rencontra celui de l’homme blanc,
— François Brissot ! s’écria-t-il avec un accent dont rien ne saurait peindre la frénésie.
— Lui-même,comme vous voyez, mon cher comte, railla l'homme blanc. N'’êtes-vous pas heureux de me trouver ici?
— Lâche ! hurla le chasseur en faisant un appel désespéré à toutes ses forces pour faire éclater ses liens. Que l’on coupe ces cordes qui m’empêchent de mouvoir ! Qu’on me donne mon rifle, mon couteau ou ma hache, et je vous tiendrai tête à tous tant que vous êtes ! Ou plutôt qu’on ne me laisse rien que mes deux mains avec un bâton pour châtier, comme on châtie un chien, ce misérable que j'ai eu la faiblesse d'épargner |!
— À quoi bon vous emporter ainsi, mon cher
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comte ? continua Brissot flegmatiquement. Vous êtes fou, ma parole. Vous avez tort de me provoquer. Si je ne devais compte de ma vie qu’à moi-même, je me mesurerais volontiers avec vous. Mais j'ai d’abord une tâche plus sérieuse à remplir, et chaque chose à son tour. Vous paraissez surpris de me rencontrer ici. Mon Dieu ! jene veux pas vous cacher ce que je viens y faire. J'ai d’ailleurs la conviction que vous n’abuserez pas de ma confiance. Je cherche à gagner aux Anglais l'alliance des Onontagues. Vous avez cru que je servais sincèrement les intérêts de la France. Vous n’avez point l’œil fin, mon cher comte, et vous
auriez dû comprendre que si j'ai hanté votre camp,
sije me suis insinué dans les bonnes grâces de vos officiers, ce ne pouvait être que pour mieux surprendre leurs secrets et les vôtres. Un jour, vous vous êtes douté de la vérité. Vous m'avez fait espionner comme je vous espionnais moi-même. Trahi par ma propre imprudence, j'ai été l’objet de toute votre sévérité. Vous m’avez condamné à être passé par les armes. Je me suis alors jeté à vos genoux, et j'ai imploré votre pitié. Vous demeuriez inflexible. Il fallait, disiez-vous, un exemple. Cependant mes larmes et mon repentir admirablement joué ont triomphé de votre obstination. Vous avez commué ma peine en trente coups de verge. Je n’ai point oublié votre clémence ; mais je n'ai pas non plus perdu la mémoire de l’affront que j'ai subi devant votre armée, Ce jour-
là, j'ai juré de me venger, et j’ai patiemment attendu mon heure. Elle vient de sonner.
Le comte de Rochetonnerre jeta sans dire une , parole ur. regard de profond mépris sur ie misérable. — Vous m'écouliezily a un instant, poursuivit Francois Brissot avec un sourire victorieux. Mais, caché dans ce buisson, vous n'avez peut-être pas entendu toute ma conversation avec l'Ours-Maigre. Je vais vous la répéter. J'ai mis votre tête à prix, non seulement parce que vous êles mon ennemi, mais parce que les Anglais me rendront au centuple ce que vous allez me coûter. Vous êtes pour eux, mon cher comte, un adversaire trop dangereux, et le plus sûr moyen de n’avoir plus à redouter des hommes comme vous, c’est de les supprimer, dès qu’on en trouve l’occasion.
Le comte eut un nouveau geste de dégoût. Brissot ne parut pas s’en apercevoir.
— J'ai donc offert, dit-il sans s’arrêter, de payer votre chevelure au chef onontague que voici et que vous connaissez, si je ne me trompe, de vieille date. Îl vous traitera comme vous le méritez, et n’eût-il
point de raisons personnelles pour le faire, la récompense que je lui ai promise suffirait pour l’y décider. Ce n’est pas tout. Le chef est chargé aussi de me rapporter la chevelure de votre femme et de vos enfants. Chacun sa manie en ce monde. ! La mienne est de collectionner. Il n’y a pas, vous le voyez, mon
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lire une isérable.
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cher comte, de quoi faire tant de bile. On s'occupe de votre femme, de vos enfants, de vous-même. Avez-vous quelque chose à faire dire à votre famille, quelques arrangements à faire prendre? Je me chargerai de ce soin, si vous le voulez bien. Mais dépèchez-vous, je vois que le chef s’impatiente.
En achevant ces paroles prononcées avec lenteur, de manière à rendre le sarcasme plus amer, Brissot bourra complaisamment sa pipe et l’alluma.
— Ogh! gronda l’Ours-Maigre en frappant la terre du pied. Mon frère blanc a une langue de squaw. Il ne cesse de parler. Son nom est mal choisi, il devrait s'appeler le Geai-Moqueur.
—- Encore un mot, repartit Brissot qui conservait son attitude railleuse. Le prisonnier ne peut t’échapper. Il ne tardera point à mourir de ta main. Mais la torture que je lui fais subir est cent fois plus cruelle.
En parlant ainsi, il s’était tourné vers le comte.
— Donc, fit-il en redoublant d'ironie, vous n'avez rien à me répondre, rien à faire dire à vos enfants, à votre femme, à vos amis, à ces bons et crédules Français qui tomberont demain dans le piège que je leur ai préparé?
— Jamais! exclama Rochetonnerre, tandis qu’un tressaillement s’emparait de tout son être.
— Mon Dieu! ricana Brissot avec un accent satanique, vous perdez vraiment votre temps en colères
inutiles. Jetez un regard autour de vous. Contemplez pour la dernière fois ces merveilles de la nature qui se déroulent à vos yeux, Voyez le soleil qui vous inonde de ses feux, écoutez les chantsde ces oiseaux qui célèbrent les joies de la vie. Toutes ces beautés, toutes ces jouissances seront perdues pour vous dans quelques instants. Comte de Rochetonnerre, vous allez mourir et mourir d’une mort terrible et ignominieuse, mourir en emportant la conviction que votre femme sera massacrée, que vos enfants seront écrasés sous les pieds de vos ennemis, et que les chevelures de ces pauvres petits êtres tant chéris par vous seront pendues avec celle de leur mère et la vôtre à la ceinture de l'Ours-Maigre.
Le comte de Rochetonnerre eut un frémissement. Sa puissante poitrine haletait. Il voulut répandre, Les paroles s’étoufferent dans sa gorge.
— Dieu ne permettra point tant de scélératesse, dit-il après un long silence.
— Si vous n’avez pas d'autre espoir, réplique Brissot en haussant les épaules, j je vous plains.
Il se tut et regarda l'Ours-Maigre qui attendait.
— Le prisonnier t’appartient maintenant, dit-il enfin avec gravité. Fais de lui ce que tu voudras. Je te recommande une chose. Aie la certitude absolue de sa mort. Une fois quenous nousserons débarrassés delui, achève ta mission. Quand tu m’apporteras avec la chevelure du Bufffe-Gris celle de sa squaw
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et de ses pappouses, je te paicrai comme je te l'ai promis.
Après avoir ainsi parlé, il jeta son rifle surl'épaule, fit un signe d’adieu à l'Indien, lança un dernier regard de haine au comte et disparut dans la forêt.
Cependant le prisonnier avait fait une tentative suprême pour recouvrer la liberté. Hélas ! cette dernière tentative était restée sans succès comme toutes les précédentes. Plus il essayait de briser ses liens, plus ils se tendaient et s'enfonçaient dans ses-chairs.
Convaincu de son impuissance, l'infortuné promena un regard désespéré sur ses bourreaux, dont il eût été inutile pour lui d'implorer la merci. Que pouvait-il attendre en effet de ceux qu'il avait tant de fois poursuivis à outrance comme on traque des bêtes fauves dans leur repaire ? C’en était fait de lui, il le comprenait, et toutes les espérances qu'il avait eues pour sa famille lui apparaissaient maintenant comme perdues à jamais. Il sentit sa robuste charpente s’ébranler sous l’immense douleur à laquelle il était en proie. Une larme brilla sous sa paupière et roula surses joues.
Tout son passé se retraçait à ce moment devant ses yeux. Il se rappelait le dévouement de sa femme, celle compagne bien-aimée de sa vie d'aventures et de périls. 11 voyait se jouer autour de leur mère les deux charmantes créatures roses et souriantes qui
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formaient les doux gages de son union. Tous ces trésors, il les perdait du même coup. Quelques minutes plus tard, il allait expirer misérablement loin de ceux qui l’attendaient,.
Mais le comte de Rochetonnerre était une âme stoïque. Maintenant que sa perte était inévitable, il était décidé à ne point donner à ses vainqueurs le spectacle d’une défaillance qui n'aurait fait qu’exciter leurs raillerics. La mort allait se dresser devant lui affreuse et sanglante : il voulut la regarder en face.
Pendant ce temps, l'Ours-Maigre délibérait avec s2s compagnons.
Tout à cou) l’Indien se rapprocha du prisonnier étendu devant la tente ;il s'assit, et Jui parlant dans
le dialecte iroquois familier à vous les chasseurs de fourrures :
— Buffle-Gris, dit-il solennellement, avant d'envoyer ton esprit dans les prairies où chassent les guerriers morts, je veux t'adresser quelques paroles. Rassure-toi : l'Ours-Maigre n'est pas une squaw, sa langue est sobre de discours. Buffle-Gris, tu es un homme, tu l'as prouvé aux Onontagues en plus d’une rencontre. À quoi bon dès lors cacher ma pensée sous un nuage? Écoute : tu es brave, tes pas ont foulé le sentier de la guerre pendant plusieurs lunes, ton rifle est sûr, ton bras est fort, tes pieds ont la légèreté
de la plume, ils ne laissent derrière eux aucune piste,
Tu as orné ton wigwam des scalps de mes frères
> âme ble, il urs le xciter nt lui 1 face.
L avec
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rouges. Tu as fait périr sous tes coups plus d'Troquois que je n’en puis compter sur mes doigts. Ce qui est fait est fait. Le Grand-Esprit l'a voulu. Maintenant tu es mon prisonnier, ta chevelure m'appartient ; tu vas mourir, et j'ai juré par le grand Manitou de[t’empècher de continuer à combattre les Onontagues après ta mort. Si je me contentais de te tuer, il en serait dans les grandes prairies de l’autre vie comme dans celles-ci : tu serais là comme ici un grand chef eLun guerrier redoutable, Écoute donc, et qu’aueune de mes paroles ne t'échappel Toutes les fois qu'un guerrier meurt, il revit dans le monde des esprits et y conserve sa première vaillance. Mais si, avant de mourir, ilest privé de sa chevelure, le cœur d’un chien entre sous sa poitrine, ot il devient l’esclave des guerriers qui ont péri sans avoir été scalpés. Mon frère blanc a-t-il entendu? A-t-il compris?
L'Indien avait pour ainsi dire scandé chacune de ses phrases. Son attitude était froide ; mais ses yeux! gris qui dansaient dans leurs orbites et la contraction! de ses lèvres grimaçant un hideux sourire laissaient clairement entrevoir la férocité de son dessein.
Chacune de ses paroles était tombée dans ie cœur du prisonnier et s’y était enfoncée comme eût fait le trait le plus acéré. Le sang du malheureux comte s'était glacé dansses veines. Pourtant il n'eut pas un geste, pas un cri. [l leva lentementles yeux sur le
sanvag”, et d'une voix claire et ferme :
MONTCA ! :” À
— nr — 2 ——— —— cm mt —
— L'Ours-Maigre sait parfaitement, dit-il, que j'ai ‘toute ma raison, Il ne doute pas nn instant que j'aie
compris sa pensée, quoiqu'il ait suivi pour la faire
venir jusqu’à moi une piste détournée. L’Ours-Maigre a le droit de cher her à me torturer avant de me donner Ja mort ; mais la peine qu’il prend est inutile. L'homme rouge est ignorant, et le plus inepte rirait de ses pauvres idées. La mort est un sommeil dont nul ne se réveillera que pour être jugé devant tous, à la fin du monde. L'homme rouge est insensé lorsqu'il parle de grandes prairies où les esprits, altérés de sang, chassent leurs ennemis, le rifle et le tomahawk à la main.
L'Indien eut un geste d’incrédulité.
— Libre à mon frère blanc, dit-il, de parler comme il pense, et de répéter ce que lui ont appris leschefs de sa tribu ; mais l’Ours-Maigre a fait une promesse, il veut la tenir. Le Buffle-Gris est-il prêt?
Tandis qu'il prononçait ces paroles, l’Indien s'était levé etavait passé son couteau sur son pouce pour en essayer Je fil.
L asseur répondit à son apostrophe par ur
sein de fierté.
- Tes frères rouges verront, dit-il, comment un uomme blanc sait mourir ! .
En même temps il se prépara à subir l’horrible supplice,
Les tiusclesténdus, les dents serrées, il attendait.
que j'ai que j'aie * Ja faire s-Maigre me don- inulile, te rirait neil dont nt tous,
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L'Ours-Maigre se pencha sur lui.
Ïl saisit d'une main la longue chevelure du prisonnier, tandis que de l'autre il faisait passer sous les yeux de sa viclime le couteau qu'il allait lui enfoncer dans la tête.
Le comte de Rochetonnerre ne fit pas un mouvement. Ses yeux ne se fermèrent point et demeurèrent , immobiles, Seule, la pâleur de ses traits indiquait les” sentiments qui l’agitaient.
Un murmure d’étonnement et d’admiration circula parmi les Peaux-Rouges. Tant de courage les frappait de stupeur. L'Ours-Maigre lui-même, quelle que fût sa haine pour le chasseur, semblait indécis :
— Le Buffle-Gris est brave, dit-il, Un chef ne saurait prendre plaisir à lorturer un ennemi tel que lui. L'Ours-Maigre regrette d’avoir donné sa parole; mais il ne peut la retirer.
L'instant fatal était arrivé,
L'Indien fit entrer la pointe de son couteau dans le crâne du prisonnier et décrivit avec rapidité un cercle d’une irréprochable régulariié.
L'instrument du supplice produisit, mn touchant la boîte osseuse, un affreux grincement.
Le comte n'avait pas desserré les dents.
Ses yeux fixes demeuraient cloués sur son bourreau.
L'air qui oppressail sa poitrine s’échappait par intervalles de ses lèvres avec un sifflement lugubre.
Le sauvage était resté courbé sur lui.
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De + ERDAIEAT CRUE GRENIER
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IL avait saisi entre ses dents la peau détachée,
Il l'arracha brusquement.
Une dernière secousse acheva l’œuvre sanglante.
Le chasseur était scalpé vivant.
Sa bouche s’ouvrit, livrant passage à l’air emarisonné dans ses poumons.
Ji eut un faible râle.
Ses membres se détendirent.
Son visage prit tout à coup une paleur cadavirique.
Les Indiens entonnèrent le chant du scalp.
Ut. instant après, ils entourèrent le corps inerte du supplicié.
L'Ours-Maigre se rappela soudain la recommandation de Brissot.
Pour être plus sûr de la mort du comte, ii lui enfonça son couteau jusqu’à la garde dans la poitrine.
Ensuite les quatre sauvages dépouillèrent leur victime de ses vêtements et se les partagèrent.
Le cœur du chasseur avait cessé de battre.
Les Indiens jetèrent un dernier regard mêlé d’épouvante et de joie sur le corps rigide du plus terrible de leurs ennemis, et se glissèrent l’un après l'autre silencieusement dans l'épaisseur de la forût.
Le .eures s'écoulèrent. Le soleil descendit lentement sous l'horizon. La lune se leva, jetant sa pâle
6e, ;lante.
miri-
adavé-
erte du nanda-
hi lui
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ur ViC-
1 mèlé du plus n après , forêt.
tlentesa pâle
lueur sur le site sauvage où venait de se passer l'épouvantable tragédie.
Un linceul de brume enveloppa peu à peu le corps nu et froid du comte de Rochetonnerre. Vers le milieu de la nuit, une pluie fine commença de tomber. Elle pénétra les membres du pauvre chasseur en lavant le sang qui coulait de sa blessure.
lilusion ou réalité, sous l’action persistante de celte pluie l'infortunée victime parut tout à coup faire un mouvement. Un soupir étouffé et presque imperceptible rompit le silence profond qui planait sur Ja favèt.
Était-ce la plainte de la brise dans le feuillage ?
Était-ce le râle suprême du malheureux supplicié ? :
Cependant la lune continuait de monter dans le ciel. Quaud elle eut atteint son point culminant, el! sembla s'arrêter. Sa face blème regarda mélancoliquement le douloureux tableau. Un large faisceau de lumière blanche tomba sur le corps du Buffte- Gris.
Horreur! il s'était dressé sur son séant! Ses yeux ouverts et hagards avaient une expression d’indicible souffrance. Ses mains déliées s’appuyaient faiblement sur son crâne sanglant 2t dénudé. Ses membres pantelaient, Sa poitrine avait par intervalles des soubresauts violents. Le couteau de l’Indien demeu-
rait fixé dans la plaie. Un sourd gémissement
s'échappait des lèvres hideusement contractées. Soudain un tressaillement convulsif agila, comme
sous l'effet d’une commotion électrique, les bras, les
jambes et la tête. Le corps retomba lourdement en
arrière, Une immobilité complète succéda à cette dernière et noignante manifestation de la vie.
La lune disparut sous les nuages. Les ténèbres descendirent sur la forêt, couvrant de leur large manteau l’horrible spectacle. Les heures se succédèrent, lentes et lugubres.
Quand les premiers rayons de l’aurore éclairèrent cette scène déchirante, le comte de Rochetonnerre était debout, la bouche ouverte, adossé à un arbre qu'il enlaçait de ses bras rejetés derrière lui, Le couteau sanglant gisait à ses pieds ; sa tête élait couverte de feuilles légèrement appliquées, d’autres teuilles cachaïent la plaie de la poitrine,
Le supplicié vivait !
Il resta longtemps dans cette attitude,
Peu à peu l’air pur qui pénétrait dans ses poumons le ranima.
Il essaya de marcher. Mais il sentit presque aussitôt ses jambes se € rober sous lui, Toutefois son courage ne l’abandonna point. S’aidant des pieds et des mains, il rampa lentement, péniblement, à travers
ns mm,
sement les ronces et les broussailles, pendant plus d’une ; 8. heure.
comme L A l'endroit même où l’Alleghany, un des affluents ras, les 3 | de l'Ohio, prend sa source, se trouvait, sur une hauent en ue } teuren pente douce, une assez vaste habitation. Tout te der- autour de grands arbres, étendant leur branches . puissantes, donnaient à ce site un aspect calme et nèbres riant. Des terrains cultivés et des prairies bornées e man- par des forêts se déroulaient aux environs. Gà et là lèrent, paissaient des troupeaux et des chevaux en liberté. Quelques hommes vêtus à l’européenne allaient et venaient dans toutes les directions, s’occupant des travaux du labour.
rèrent 1 Tout à coup l’un d’eux poussa un cri d’alarme. Il : inerre venait d'apercevoir à l'horizon, et à quelques pas de arbre 4 la clairière qui masquait l'entrée de la forêt, le corps F Cou: À entièrement nu d'un être humain, immobile et en L cou- 4 “apparence endormi, utres 4 Au même instant, une vingtaine de pionniers armés s’élancèrent de l'habitation dans la direction indiquée. Quelle ne fut point leur stupéfaction en reconnaissant le comte de Rochetonnerre, dépouillé mons | de tout vêtementet évanouil j ne | On s’empressa de le transporter dans la demeure, ussi- Revenu à lui, il rapporta en quelques mots les cou- à . desseins de l’Ours-Maigre.
t des L. Le péril était imminent, Aussi mit-on tout er f vers 4 œuvre pour assurer la défense,
nn ———
Les Onontagues ne manquèrent point à la pro.
messe qu'ils avaient faite à Brissot, A la tombée de la auit, ils cernèrent l'habitation, ne s’attendant d’ailleurs à aucune résistance,
Ils furent défaits el presque tous massacrés,
L'Ours-Maigre seul parvint à s’échapper.
Quant à François Brissot, les recherches qu'on fit pour le retrouver furent inuliles. Soit qu'il eût appris indirectement l'échec des Indiens, soit qu'il eût été, par d’autres circonstances, appelé loin du théâtre de ces tragiques événements, les invesligations que l'on poursuivit en vue de s'assurer desa personne demeurèrent sans résullat.
La guérison du comte de Rochetonnerre fut lente. Pendant plusieurs mois, son exislence resta suspendue entre la vie et la mort.
La nouvelle £e la prise de Québec, apportée par deux des compagnons de Montcalm, fut pourle Supplicié Vivant un coup terrible.
Horace de Rochetonnerre était l'un des officiers les plus brillants de l'armée française du Canada. Il
avait assisté à toutes les expéditions contre les Anglais et s'était couvert de gloire à l'affaire de Carillon. Comme bien d’autres, il avait déploré la jalousie mesquine et le mauvais vouloir de M. de Vaudreuil. Aussi le découragement s’était-il emparé de lui en voyant que, malgré les victoires et l’héroïsme de l'armée, le gouvernement ne faisait rien pour assurer
la pro.
nbée de nt d’ail-
u’on fit il eût it qu'il in du esliga- : desa
Jente.