INSTRUCTION POUR L'EMPLOI DU SÉRUM ANTI VENIMEUX
Le sérum antivenimeux est du sérum de Cheval immunisé contre le venin des Serpents. Il conserve ses propriétés pendant une année au moins, si on le maintient dans un endroit aussi frais que possible et à l'abri de la lumière, sans sortir le llacon de l'étui qui le
renferme. A une température supérieure à 50°, le sérum devient inactif.
Pouvoir préventif. — Le pouvoir préventif de ce sérum est au moins de 11). 000, c'est-à-dire qu'il sullit d'injecter à des lapins, préventivement, une quantité de sérum égale à 1/10,000* de leur poids pour leur permettre de supporter douze heures après, sans être malades, une dose de un milligramme de venin sec de Cobra capella d'activité moyenne, dose capable de tuer des Lapins témoins en moins de quatre heures.
Action thérapeutique. — Le sérum anlivenimeux, injecté en quantité suffisante aux personnes mordues par des Serpents, empêche les effets du venin si l'intoxication n'est pas arrivée à une période trop avancée. I! faut l'injecter le plus tôt possible après la morsure. En général, chez les grandes personnes, qui succombent rarement moins de trois heures après avoir été mordues par les espèces de Serpents les plus dangereuses, l'intervention est encore très efficace une heure est demie après la morsure.
Le sérum est actif à l'égard des venins provenant de toutes les espèces de Serpents les plus répandues dans l'Ancien et le Nouveau- Monde. 11 a été éprouvé avec les venins du Cobra capella, et du Trimeresurus de l'Asie, du Naja haje et du Cérastes d'Afrique, du Crolalus de l'Amérique, du Bothrops de la Martinique, des variétés de Pseudechis et d'Hoplocephalus d'Australie, et des Vipères d'Europe.
La dose à employer varie suivant l'espèce du Serpent mordeur. suivant l'âge de la personne mordue et le moment de l'intervention,
En générai 10 ce. suffisent pour les enfants au-dessous de dix ans. et 20 ce. pour les adultes. Néanmoins, lorsque le Serpent mordeur appartient aux espèces très dangereuses, telles que le Cobra capella, le Naja haje, le Crotale, le Bothrops de la Martinique, il sera prudent d'injecter d'emblée une dose double.
Traitement des morsures venimeuses. — La première précaution à prendre est de serrer le membre mordu, à l'aide d'un lien ou d'un mouchoir, le plus près possible de la morsure, entre celle-ci et la racine du membre.
On lavera la plaie avec une solution récente d'hypochlorite de chaux diluée à un gramme pour GO d'eau bouillie environ, et titrant à peu près 0 lit. 800 à 0 lit. 900 de chlore par 1000 centimètres cubes.
On injectera une dose de sérum antivenimeux dans le tissu cellulaire sous-cutané, au niveau du flanc droit ou gauche, avec les précautions antiseptiques usuelles. On injectera ensuite avec la même
seringue, dans le trajet de la morsure et autour de celle-ci, en trois ou quatre endroits différents, quelques centimètres cubes (8 à 10 ce. environ) de la solution d'hypochlorite de chaux. Ces injections ont pour but de détruire sur place le venin qui n'a pas été absorbé.
On pourra, dès ce moment, enlever la ligature du membre, frictionner le malade, lui faire prendre du café ou du thé et le couvrir chaudement pour provoquer une abondante transpiration.
On doit éviter d'administrer de l'ammoniaque ou de l'alcool, qui ne pourraient qu'être nuisibles au malade et au traitement par le sérum.
Il est inutile d' cautériser le membre mordu au fer rouge ou avec des substances chimiques.
Note importante. — Les médecins qui feront usage du sérum antivenimeux sont instamment priés de vouloir bien communiquer les résultats qu'ils auront obtenus de son application, au Docteur GALMETTE, Directeur de l'Institut Pasteur de Lille (Nord), France.
Nous demandons instamment aux personnes qui se trouvent en mesure de nous procurer du venin de diverses espèces de Serpents, qu'elles veuillent bien nous en adresser la plus grande quantité possible. Leur collaboration nous sci a infinimenl précieuse, car il est nécessaire que nous possédions toujours une réserve considérable de substance toxique pour entretenir l'état d'immunité de nos Chevaux producteurs de sérum. La récolte du venin sur les Reptiles vis ants ou morts ne présente aucune difficulté. Voici, à cet égard, les conseils que nous croyons devoir donner à toutes les personnes de bonne volonté qui voudront bien nous prêter leur concours :
Instructions pour la récolte du venin des Serpents, destiné a vacciner les animaux qui fournissent le sérum anti venimeux
A. — Lorsqu'on a à sa disposition des Serpents venimeux vivant en captivité, il est facile de leur faire produire pendant plusieurs mois des quantités considérables de venin.
On doit, à cel effet, les enfermer dans des cages grillagées et vitrées à l'intérieur, afin qu'ils ne se blessent |>as la tète coutre le grillage. On ménage, sur le panneau supérieur de la cage une trappe assez large pour permettre de saisir fortement les Reptiles soit avec une canne dont l'extrémité est garnie d'un nœud coulant en cuir plat, soit avec une longue pince a mors raj és.
Lorsqu'on veut récolter le venin, on saisit l'animal par le cou avec la canne ou avec la pince, et on l'immobilise solidement, sans le blesser, contre une planche ou sur une table. On introduit entre les mâchoires du Serpent un verre de montre ou un petit verre conique à pied. Le Reptile mord aussitôt, à plusieurs reprises, le M i re, et y laisse écouler une quantité plus ou moins grande de venin.
On porte immédiatement celui-ci sous une cloche à vide, ou, si l'on n'a pas de trompe ni de machine à vide a sa disposition, on peut se contenter de l'évaporer sous un bocal quelconque à très large ouverture, en plaçant le verre de montre qui contient le venin au-dessus d'un petit récipient rempli d'acide sulfurique ou de chlorure de calcium sec.
En quelques heures, le venin est desséché. 11 ressemble alors à une petite masse de résine jaune, écailleuse el fragmentée. On réunil le produit de chaque évaporation dans une petite liole bien bouchée, ou mieux dans un tube de verre mince qu'on scelle à la lampe à ses deux bouts.
En cet état, le venin ne s'altère plus; il conserve très Longtemps son activité et peut être expédié par La poste.
B. — S'il s'agit de récolter le venin contenu dans les glandes de Serpents morts, voici comment il convient de procéder :
Le reptile étant couché sur une planche étroite en bois, on lui fixe la partie supérieure de la tête el le cou avec des pointes. On détache la mâchoire inférieure avec des ciseaux. A l'aide d'un bistouri, on dissèque soigneusemenl les deux glandes à venin qui se trouvent situées de chaque côté de la
mâchoire supérieure, immédiatement sous la peau, en arrière des yeux. Il faul opérer avec précautions pour ne pas blesser les glandes, qui laisseraient écouler la plus grande partie de leur liquide dans les tissus. Ou les enlève l'une après l'autre, d'avant en arrière, avec une pince, et on les porte dans un petit verre conique ou dans un verre de montre, où il est facile d'exprimer le venin qu'elles renferment. Les glandes exprimées sont re jetées. Il ne reste plus qu'à évaporer le venin connue nous l'avons dit ci-dessus, soil dans le vide, soit dans uu bocal dont l'orifice repose sur une soucoupe garnie d'acide sulfurique ou de chlorure de calcium.
Dans les cas où il ne serait pas possible d'évaporer le venin, on pourra se contenter d'enlever les glandes des Serpents morts et de les immerger dans des flacons contenant une très petite quantité de glycérine pure. Le volume de glycérine ne doit pas alors dépasser celui des glandes. Dans ces conditions, le venin conserve longtemps ses propriétés toxiques, et on peut aussi, sous cette forme, l'expédier par la poste dans des boîtes en fer blanc.
toutes les personnes qui vomiront bien se charger de recueillir ainsi du venin de Serpents, sont priées d'adresser leur récolte a l'Institut Pasteur (le Lille (NorcD, France. Ce venin doil servir à vacciner les Chevaux qui fournissent le sérum antivenimeux.
Le sérum antivenimeux esl d'autant plus actif cl d'autant plus tardivement ellicace, que les animaux qui le fournissent sont plus fortement immunisés.
Nous avons déterminé de la manière suivante le délai pendant lequel l'injection est encore capable d'empêcher la mort après l'inoculation d'une dose deux fois mortelle de venin a nos animaux d'expériences :
Inoculons à un certain nombre de Lapins par exemple, sous la peau de la cuisse, une même dose de venin,
un niilligr. do venin de Cobra, et Irai Ions lous ces animaux, sauf quelques témoins, par des injections souscutanées de sérum de Cheval actif au 20 000e. Les témoins, non traités, meurent en trois à quatre heures.
Les Lapins qui reçoivent un demi cent, cube de sérum thérapeutique une demi-heure, trois quarts d'heure ou une heure après le venin, résistent tous.
Ceux qui reçoivent le sérum thérapeutique entre une heure et une heure et demie après le venin, résistent dans la proportion de deux sur trois.
En injectant un cent, cube de sérum une heure et demie après le venin, la guérison est encore la règle.
Passé ce délai, elle n'est plus possible parce que l'hypothermie et les phénomènes bulbaires de l'envenimatioD onl commencé à se manifester.
Chez l'homme, l'intervention à l'aide du sérum antivenimeux après morsure peut être efficace beaucoup plus tardivement, car il est relativement rare que les symptômes bulbaires se manifestent en moins de trois heures.
Dans les cas les plus communs, la mort survient entre dix et douze heures après la morsure, et plus tardivement même lorsque la morsure est produite par le Crotale, les Bothrops et les Serpents d'Australie.
Pour le Cobra, le Daboïa el le Bungare, les statistiques de Fayrer, dressées sur un ensemble de 65 cas ayant amené la mort, la durée moyenne de la survie a été la suivante :
Moins de deux heures proportion 22.96 %
Entre deux et dix heures 24..13 0 0
Entre six el douze heures 23.03 %
Entre douze el vingt-quatre heures .... 9.36 %
Au-delà de vingt-quatre heures 21.10
En admettant, pour ce qui concerne l'Inde, qu*il soil impossible de porter secours en temps utile aux personnes classées dans la 1" catégorie ci- dessus, el qui succombent en
moins de deux heures, on voil que le traitement a les plus mandes chances d'être efficace pour toutes les autres, soit pour 77.04 7» de celles qui seraient vouées fatalement à la mort.
Il convient doue de généraliser immédiatement cette nouvelle application de la sérumthérapie à tous les cas de morsures venimeuses, dans les pays tels que l'Inde, l'Australie, les Iles inalaises, le Cap de Bonne- Espérance, le Natal, le Transwaal, l'Egypte, le Brésil, l'Amérique centrale et les Etats-Unis du Sud, où les Serpents font chaque année de trop nombreuses victimes.
Dans chacun de ces pays, il conviendrait que les Gouvernements s'appliquent à créer, au moins dans les principaux centres agricoles, et dans les exploitations forestières ou minières, des postes de secours médicaux, où toute personne mordue par un reptile venimeux, pût venir en l'espace de temps le plus court possible, demander des soins. Chacun de ces postes serait muni d'un approvisionnement de sérum, de seringues à injections hypodermiques, d'une solution toujours récente d'hypochlorite de chaux, et des autres médicaments ou ustensiles indispensables pour le pansement des plaies.
La dépense a effectuer pour cette organisation serait bien minime eu égard aux services immenses qu'elle rendrait !