CHAPITRE I
Répartition géographique des Serpents venimeux et mortalité par suite des morsures de reptiles.
Il existe des Serpents venimeux dans presque toutes les régions chaudes et tempérées du globe, mais ils sont surtout répandus dans la zone tropicale de l'ancien et du nouveau monde.
Asie
L'Inde et l'Australie se disputent le triste privilège d'abriter les espèces les plus redoutables pour l'homme et les animaux domestiques. D'après les statistiques officielles du gouvernement anglais, dans l'Inde seule, plus de 22,000 personnes succombent chaque année aux morsures du Cobra capel ou Serpent à lunettes {Naja Tripudians), du Bungare ou de la Vipera elegans (Echidna Russelii ou Dabnia).
La Birmanie et toute la péninsule Indo-chinoise sont à peine plus épargnées. Le Cobra capel y est moins abondant, mais le Bungare, VOphiophagus elaps, le Trimeresurus et le Bothrops viridis s'y rencontrent communément. Dans certains districts de l'Indo-Chine et du Siam, les ophiophages et les cobras font chaque année de nombreuses victimes à l'époque des inondations.
Les régions montagneuses de l'Himalaya elles-mêmes ne sont pas épargnées : la Vipère Daboïa s'y rencontre jusqu'à 1.600 mètres d'altitude. Plus au nord, dans les plaines de la Sibérie méridionale et jusque dans les steppes riveraines du Volga et du fleuve Oural, s'étend le domaine du Trigonocephalus halys. Certaines lies du Japon sont infestées par le Trigonocephalus Blomlio/ji i.
Afrique
L'Afrique n'est guère moins riche en ophidiens dangereux, et les accidents mortels pour l'homme ne sont pas rares dans les régions de ce continent où la population est dense.
L'Egypte possède trois espèces particulièrement redoutables : le Naja haje (aspic de Cléopàtre), la Vipère à cornes (cérastes) et YEfa ou Vipère des pyramides (Echis carinata). Le Naja haje et la Vipère à cornes sont répandus partout, du Nil au Cap et du Zambèze au Congo.
La Vipère heurtante (Vipera arietans) se rencontre communément dans les vallées du Zambèze, du Congo, de l'Ogooué, du Niger et des Rivières du Sud. Elle habite aussi le Transwaal, où les Boers la craignent beaucoup pour eux-mêmes et pour leurs troupeaux. Son venin est utilisé par les Hottentots et les Roschimans pour empoisonner leurs flèches.
Une autre Vipère très dangereuse, la Vipère rhinocéros (Vipera gabonica) reste cantonnée au Gabon, au Cameroun et sur les rives de l'Ogooué.
Europe
De tout l'ancien monde, c'est l'Europe qui est le plus épargnée par les reptiles venimeux. On n'y trouve que des Vipères de petite taille, la Pèliade (Pelias berus), qui habite la
Scandinavie, la Hollande, la Belgique, l'Angleterre et la France.
La Vipère ammodyte (Vipère à museau cornu), qu'on rencontre dans le Dauphiné, les Alpes, la Suisse, l'Italie, l'Illyrie et la Grèce.
Enfin la Vipère aspic, Vipera aspis, qui est répandue à peu près dans toute la France et l'Europe centrale.
Quoique peu dangereuses, si on les compare aux Serpents des pays chauds, ces Vipères d'Europe occasionnent néanmoins un nombre assez considérable d'accidents mortels. M. Viaud Grand Marais a relevé, pour les départements de la Vendée et de la Loire Inférieure seuls, en France, pendant une période de six années, 324 cas de morsures, dont 62 ont été suivis de mort.
En Auvergne, le Dr Fredet, de Hoyat (Acad. de Médecine, 19 mars 1889), en a relaté /* observations qui ont amené 0 morts.
Pour n'être pas très fréquentes ni ordinairement très graves, les morsures des Vipères de nos régions n'en constituent donc pas moins un réel danger dans beaucoup de cas, surtout pour les enfants.
Amérique
L'Amérique est la patrie du fameux Serpent à sonnettes fCrotalus durissus, C. adamanteus, C. homdusj, dont le domaine s'étend depuis les rives de La Plata jusqu'à 40° de latitude Nord.
Ce reptile et d'autres espèces aussi terribles, telles que le Bothrops atrox, Trigonocepkalus contortri.i (appelé par les Américains Copperhead), font chaque année un nombre considérable de victimes, surtout parmi les nègres qui travaillent aux rizières ou aux champs de canne à sucre, dans les Carolines, l'Illinois, l'Arkansas, le Texas, le Mexique, l'Equateur, la Colombie, le Vénézuela, les Guyanes et le Brésil.
Les forêts du Brésil et les vallées de l'Orénoque et de l'Amazone abritent encore d'autres ophidiens particulièrement dangereux : le Jararaca (liothrops brasiliensis) et le Sururucu (Lacbesis mutus).
Ce dernier, très répandu jusqu'aux Guyanes, rend les chasses et les voyages fort périlleux dans ces pays. Son venin est si actif qu'il peut tuer une vache en deux heures.
Le Bothrops lanceolatus [Fer de Lance de la Martinique), n'existe guère qu'à la Martinique, à Ste-Lucie et dans la petite île de Bequia, près de Sl-Vincent. A la Martinique seule, on signale encore chaque année 60 ou 80 morts, causées par la piqûre de ce reptile dans les plantations de l'Ile.
Océanie
On retrouve aux Indes néerlandaises la plupart des espèces les plus redoutées qui habitent l'Indo-Chine et l'Inde, sauf le Cobra capel. Le Bungare, le Bothrops viridis, le Trimeresurus, VOphiophagus elaps et la Vipère Daboïa, se rencontrent communément dans toutes les îles de la Sonde, jusqu'au détroit de Torrès. En Australie enfin, les reptiles sont relativement beaucoup plus abondants que dans toutes les autres parties du monde.
Bien que la population y soit peu dense, chaque année une foule de personnes succombent aux morsures du fameux Serpent tigre (Tiger snake), Hoplccephalus curtisel mriegatus, du Serpent noir (Black snake), Pseudechis porphgrincus, ou du Death adder, Acanthophis antarcticus, A. cerastina.
Aussi est-ce pour ce pays et pour l'Inde anglaise que les recherches expérimentales exposées dans ce petit livre offrent le plus d'intérêt.