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CHAPITRE IX

Immunité naturelle de certains animaux a l'égard du venin

On a signale depuis longtemps ce fait que certains animaux à sang chaud, le Mangouste, le Porc et le Hérisson, par exemple, présentent une immunité naturelle à l'égard des morsures de Serpents. Le Porc dévore très volontiers les Vipères et on le dresse même, dans quelques pays, à détruire ces reptiles.

Pendant uion séjour en Indo-Ciiinc, j'ai inoculé à un jeune Porc une dose de venin de Cobra capable de tuer un Chien de forte taille : l'animal a résisté ; mais je n'ai pas répété cette expérience. A l'Institut Pasteur, j'ai étudié un échantillon de sérum de Porc provenant de l'abal loir ; 3 ce, 3 ce, et 8 ce, de ce sérum mélangés à une dose mortelle de venin de Cobra, n'ont manifesté aucun effet antitoxicjue in vitro. Les Lapins qui avaient reçu ces mélanges, et d'autres qui avaient reçu IOcc.de sérum de Porc préventivement, sont morts dans le ruème temps (|uc les téuioins inoculés avec la dose mortelle de venin diluée dans 8 ce. d'eau.

Grâce à l'obligeance de M. le médecin en chef des colonies Lecorre et de M. Pignel, pharmacien des colonies, j'ai pu rue procurer six Mangoustes vivants provenant de la Martinique, et j'ai constaté (|uc le dicton antiliien rpii attribue à ces petits carnassiers (Viverridés, g. herpestes) une imnuinité

réelle à l'égard des morsures de Trigonocéplialc fer de lance, est partiellement justifié. Les Mangoustes ont été im|)ortés de la Barbade à la Guadeloupe, il y a vingt-cinc] ans, en vue de détruire les Rats dans l'île. On cherciie aujourd'imi à les répandre à la Martinique parce qu'ils font une guerre acharnée aux Serpents et aux Rats, qui abondent dans les plantations de canne à sucre, pour le plus grand malheur des colons.

Los six Mangoustes (|ui m'ont été envoyés avaient été capturés à la Guadeloupe, où il n'existe pas de Serpents venirueux.

Pendant leur séjour à la Martinique, ils étaient restés en captivité : leur immunité à l'égard du venin ne pouvait donc pas provenir d'une accoutumance aux morsures de reptiles venimeux.

Dès leur arrivée au laboratoire, j'ai placé l'un de ces Mangoustes dans une cage en verre avec un Cobra capel de forte [aille. Le Cobra se dressa aussitôt en dilatant son cou et se jeta avec fureur sur le petit carnassier qui, se dérobant avec agilité, put éviter d'être saisi et se réfugia, un instant eflaré, dans un coin de la cage. Mais, très vite revenu de sa stupeur, au moment même où le Cobra s'apprêtait à fondre de nouveau sur lui, le Mangouste se précipita, la gueule ouverte, sur la tète du reptile, lui mordit vigoureusement la mâchoire supérieure et lui brisa le crâne en quelques secondes.

Au point de vue expérimental, cette bataille aussi émouvante que rapide ne nous apprenait pas grand chose, si ce n'est qu'un Mangouste de la taille d'un gros Ecureuil peut facilement venir à bout d'un Cobra de deux mètres de longueur. Il était impossible de savoir sûrement si le Mangouste avait été mordu par le reptile.

•T'inoculai donc, par comparaison, un second Mangouste avec \ riiilligr. de venin (dose mortelle en trois heures pour

deux kilogr. do La|)in), l'animal résista parfaitement à cette inoculation et n'éprouva pas le moindre malaise.

Je prélevai alors du sang à trois autres Mangoustes en leur liant une carotide, sans les sacrifler. Ce sang, mélangé à du venin ou injecté préventivement à des Lapins, présente un pouvoir antitoxique manifeste, mais insufïisant pour préserver sûrement les animaux de la mort. Tous les Lapins qui ont reçu préventivement une dose variant de 2 à 7 ce. de sérum de Mangouste ont succombé à l'inoculation venimeuse, mais avec un retard considérable sur les témoins.

J'ai cherché à déterminer la limite de tolérance du Mangouste à l'égard du venin. Deux de ces animaux qui n'avaient jamais été mis en contact avec des Serpents au laboratoire, et qui n'avaient jamais été inoculés, ont reçu l'un une dose de venin fiualre fois mortelle, l'autre une dose six fois mortelle pour le Lapin. Le premier n'a pas été malade; le second est resté souffrant pendant deux jours puis il s'est rétabli.

Un troisième Mangouste, auquel j'ai injecté une dose huit fois mortelle pour le Lapin, a succombé en douze heures.

Le Mangouste des Antilles est donc peu sensible au venin ; il est capable de supporter sans malaise des doses très considérables relativement à sa taille, mais son immunité n'est pas absolue. S'il triomphe le plus souvent dans ses luttes avec les Serpents venimeux, c'est surtout grâce à l'agilité extrême dont il est doué.

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