Le verbe dans les langues Dénées
Un philologue a écrit: »Nous devons regarder les verbes — excepté ceux qui, en tout ou en partie, se sont dépouillés de leur antique forme substantive — comme de simples noms élevés à une position officielle dans le mécanisme de la phrase et rendus aptes à remplir leur office par la réception du pouvoir attributif*^). Cette assertion, qui est parfaitement applicable à la langue anglaise dans laquelle l'auteur cité écrivait, ne paraît pas juste quand il est question de beaucoup d'autres idiomes. Même en français, une foule de noms sont indubitablement dérivés de verbes, et fort peu nombreux sont les noms qui ont été transformés en verbes par l'addition des éléments qui caractérisent la conjugaison.
Ainsi en est-il dans la majorité des langues de l'Amérique du Nord, ou du moins dans celles que parlent les sauvages de la grande famille dénée. En français nous avons des substantifs comme mise et prise, qui n'étaient à l'origine que les participes passés des verbes mettre et prendre; joint et enduit sont devenus substantifs après avoir joué le même rôle dans la conjugaison des verbes joindre et enduire; doublure et fourrure ont été formés de doubler et de fourrer au moyen de la désinence qui rend l'idée d'extension, de collectivité; dans commencement et achèvement tout le monde reconnaît les enfants légitimes de commencer et d'achéver, habillés du suffixe nominal propre aux langues romanes, et la parenté verbale de noms comme mangeaille et limaille, sciage et mirage n'est pas moins évidente. Les substantifs dérivés du seul verbe laver résument en quelque sorte ces filiations qui sont si fréquentes dans notre langue. Ainsi nous
^) Earle, Philology of the English Tongue. Cap. VII, pag. 295.