Le verger de Cypris
UEiLLE au verger ces fleurs, car Cypris te les donne En échange des pleurs que t'a coûtés Bellone !
O Reine de Sabba ! qui, pour vaincre les hommes, Connoifliez fards, parfums, philtres, effences, gommes ;
Afpasie aux mots d'or! vous qui donniez le ton. En ce divin banquet, à Socrate & Platon ;
Salomé! mouvemens impurs, danfes & fêtes De la chair, qui valiez la tête du Prophète;
A Cythérée offrant un ventre fans défaut, Muficale, impudique & brûlante Sapho !
Didon ! fur ton bûcher, en haut de la terraffe, Tords tes bras, maudiffant ton amant & fa race;
Lefbie ! en votre gorge, où faignent deux coraux, Gardant, comme en leur nid, de frêles paflereaux :
Vous qui cueilliez des lis pâles, blanche Ophélie ! Près du lac où vos yeux reflétoient leur folie;
Julie! aimant l'amour, préférant le latin. Tantôt troublant Corneille & tantôt Triilotin ;
Charlotte ! au tendre cœur fous tes chartes ceintures. Qui donnes ton fourire avec tes confitures ;
Marguerite ! aux cheveux croulant fur votre rein Telle l'aube aux mains d'or fur les vagues du Rhin ;
Tallien ! promenant par les Champs-Elyfées Vos cuiffes, au foleil de thermidor bronzées ;
Vous à qui tous revoient, l'Empereur le premier. Boucles de votre front, Madame Récamier !
Mouche, paniers, perruque, hauts talons, taille creufe, Clairon! chère à Boucher comme au fenfible Greuze :
Vous n'aviez point Ses bras polis, les reins ardens. Son giron maternel & fes cruelles dens;
Ni de fes vafles yeux allongés le vertige Et fon balancement d'ombelle fur fa tige;
Ni le torrent de fes cheveux, fes fines mains Et fon cœur favorable à mes fanglots humains ;
Ni fa laiteufe chair, par le foleil brunie, Et Ton âme, reflet de mon humble génie ;
Ni les framboifes d'or étoilant fes feins nus, Et fes flancs généreux, de mon défir connus;
Ni fa lèvre, tantôt chaude & tantôt humide, Rouge autel de mon culte ou vainqueur ou timide;
Reines ! voilà des fruits que pour vos beaux Bergers Ni vous, ni toi, Cypris ! n'aviez en vos vergers.