‹ Le verger de CyprisChapitre 2 sur 11 · LA SAGESSE & LA BEAUTÉ · texte numérisé non relu

LA SAGESSE & LA BEAUTÉ

JE viens prier, ce loir, l'âme tout altérée. En tes divins pourpris, Aphrodite, Vénus, Aftarté, Cythérée, Immortelle Cypris !

DéefTe de la mer & des humides rives,

Des vergers & des bois, Des vignes & des lis, des pinfons & des grives,

Des biches aux abois;

O Féconde! ton fang bout dans le tronc des arbres

Et le flanc des taureaux.

Et ton fein déchiré nous livre les blancs marbres

Et les rôles coraux.

Fondement des cités, peuplant les folitudes.

Tu pris l'homme d'airain, Le pliant à jamais aux douces fervitudes

Du défir fouverain.

Ton fourire éternel nous calme & nous énerve,

DéeflTe ! & ton feul nom Nous évoque à la fois & la froide Minerve

Et la chaude Junon.

Beauté de l'efprit pur & beauté de la forme.

Idée en floraifon, Difcipline, harmonie, ordre, équiHbre, norme,

O Sagefle, ô Raifon !

Déefle ! je fuis né fur ce fol où la treille

Arrondit fon cerceau Sous les figuiers, le fol de Provence, pareille

A ton divin berceau ;

Lorfque je refpirois, enfant plein d'allégrefle,

La lavande & le thym.

Je retrouvois l'odeur fubtile de la Grèce

Et du pays latin.

Prière à Cypris 27

Aphrodite ! toi qui régnas fur les Cyclades

Et fur leurs champs d'anis, Toi qui rends de langueur tes prêtreffes malades.

Amante d'Adonis ;

Cypris ! toi qui cachois ton corps, fous ta chlamyde ,

Aux fatires cornus, Révélant le fecret aux fils pieux de Cnide

De tes beaux membres nus ;

Vénus! qui fouriois à Catulle ou Pétrone,

Mère des durs Romains, Sœur de la courtifane & fœur de la matrone.

Favorable aux hymens ;

Cythérée ! oh, répands fur nos ciels clairs & trilles.

Nos fleuves, nos étangs, Et sur nos ifs taillés, nos bofquets janféniftes.

Ta grâce & ton printems.

Mais ton culte, Afiarté! vient de la terre chaude

Où les religions Naiiïent comme les fleurs, où comme un encens rôdent

Leurs folles légions.

Tu vis le jour fur cette côte levantine,

Par delà l'Archipel, D'où f 'éleva plus tard, venant de Palcftine,

Un plus tragique appel ;

Et je confonds, fâchant ne point faire un blafphème,

L'amour de ton jardin Et l'amour de Celui qui reçut le baptême

Dans les eaux du Jourdain !

Car fi l'heureux époux à l'époufe f'accordc

Grâce à ton tendre don, Jéfus prêcha la loi de la miféricorde

Et celle du pardon.

J'unirai dans mon cœur vos myftiques chapelles.

Ton marbre rofe & blanc, Cvpris ! & tes arceaux par lefquels tu rappelles,

O doux Chrijl! nos élans.

Notre-Dame, Paphos ou bien Sainte-Sophie,

Églifes, minarets, Leur beauté, ma maîtresse ! en toi fe glorifie

Toute quand tu parais.

Prière à Cypris 29

Il fuflit que mes mains poffèdent ta jeunelle

Pour avoir l'univers, Et les cultes défunts de l'Orient renaiflent

Dans tes yeux entr'ouverts.

Il fuffit de baifer ton ventre magnifique

Et fon temple odorant Pour pofleder la terre & la mer pacifique,

Comme un beau conquérant.

Il fe peut que les noms des dieux paffent & meurent :

Ici-bas tout efl: vain ; L'Amour & la Beauté par le monde demeurent

Comme un foufile divin.

Si bien qu'un Sein parfait en fa calme harmonie

Réfume, à fon infu, Tout ce que le labeur & l'effort du génie

Ont lentement conçu !

Auflî malgré Renan, Cypris! malgré Voltaire,

Je n'aurai nul remords A dérouler ton bufte & fon divin myftère Hors du « linceul de pourpre où dorment les dieux morts » !

s MURS

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