‹ Le verger de CyprisChapitre 4 sur 11 · ÉPITRE A SUZANNE · texte numérisé non relu

ÉPITRE A SUZANNE

LORSQUE de notre amour intime & familière Il ne reliera plus qu'un tertre de vieux lierre ; Quand le tems, qui détruit Thèbe & le Parthénon, Aura fur notre pierre effacé notre nom, Tu vivras dans les cœurs, ma Mufe infpiratrice ! Par un printems léger Danle a vu Béatrice : Et tant que durera le poëme de fer De blonds cheveux tofcans éclaireront l'Enfer. Hélène devifoit le foir à la chandelle Avec Ronfard : toujours nous nous fouviendrons d'elle. Et, par la tiède nuit tombant du ciel romain, Horace a careflé ta gorge de fa main Et tout ton corps fleuri comme une citronnelle, Lydie ! & ta mémoire en demeure éternelle.

Et voici qu'à mon tour, ô Suzanne ! je veux Que ton nom foit vivant pour nos petits-neveux. Et, dominant mes vers, vole de bouche en bouche.

Or fi je veux, ainfi que d'une vieille fouche

Fleurit la grappe neuve au foir de chaque été.

Que mon poëme foit dans mille ans répété.

Jeune rameau d'un tronc où bouillonne la fève ;

Si pour ces vers je veux l'éclat loyal du glaive;

Si je veux qu'ils foient grands, plus grands que des héros,

Plus vigoureux qu'un jeune couple de taureaux,

Plus hauts qu'au ciel lointain l'étoile impériffable.

Et plus nombreux qu'au bord des eaux les grains de fable

Ou qu'aux champs de l'été l'or riche des blés mûrs ;

Plus foUdcs encor que Rome & Ces vieux murs ;

Et fi, pour couronner leur victoire, je rêve

Qu'à l'heure où le défir f'affoupit & fait trêve,

Laillant flotter fur nous un vafte apaifement,

A fa Maîtrefle dife ou murmure l'Amant,

Tout bas, & s'endormant fur fes épaules nues,

Ainfi qu'un chant d'amour, mes cadences connues ;

Oui ! fi moi, prêtre obfcur de la rime et du vers,

J'ai l'orgueil de vouloir qu'à ces rivages vers

Lefquels ont abordé les aëdes, mes maîtres.

Parviennent humblement ces rythmes & ces mètres,

C'eft que je veux laifler, fillages éclatans.

Tous les beaux fouvenirs de nos jeunes printems !

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