‹ Le verger doréChapitre 10 sur 18 · ENVOYÉ A MADAME · texte numérisé non relu

ENVOYÉ A MADAME

Le soir en domino gris Se pourmène par la plaine ; Mon ame abbatue est pleine D'espoirs et songes meurdriz.

Oh ! dueil des chaulves souriz Me frisant ainsi qu'alaine !

Le soir en domino gris Se pourmène par la plaine.

Tout mon cueur n'est que soussys, Mais soubdain fuiroit sa paine Si venoit la chastelaine Dont me sont joye les soubrys, Ce soir, en domino gris.

i Mademoiselle A. L.

L'aurorale clarté qui tremble en vos prunelles •Comme un clair lever d'astre aux horizons pâlis, Est un divin décor pour les fêtes charnelles Et le combat des corps aux chants des hallalis.

Comme le chèvrefeuille épand sous les tonnelles Les arômes qu'en lui le printemps riche a mis, Vos cheveux en le bal sèment des ribambelles De forts parfums en vos torsades endormis.

El quand je pense à vous mon souvenir évoque

— O vous que si souvent au cours des soirs j'invoque !

Votre natte aux replis splendides et joyeux,

Vos regards estompés au lointain de mes rêves, Vagues infiniment, tels les regards des yeux Où se mira longtemps l'immensité des grèves.

23 février 1891 .

Oremiis

Pour Mademoiselle M.

Comme au pied de l'autel embrumé d'encens flous, Devant une madone aux poses douloureuses, Au vent des oraisons âpres ou langoureuses Dans l'adoration se courbent tant de cous.

Celui-là qui jamais n'approchera de vous Voudrait balbutier de ses lèvres peureuses, Le front sur vos genoux, des Proses amoureuses A vos mystiques yeux d'or sur azur si doux.

Ridicule l'aveu sans l'espoir d'un peut-être

Et de chanter l'Aimée, au soir, sous sa fenêtre !

Pourtant des vagabonds dont l'âme se complait

A vous rêver, ne riez pas à l'étourdie ;

Ce sont des mendiants dont le cœur vous mendie :

Pensez — c'est une aumône — à qui passe et se tait l

Pour votre tAme couleur de soir

Pour Madame,

L'allée est déserte et les feuilles mortes Vont rouler en ronde au ras des perrons. Les vents des hivers ont forcé les portes Du château sans maître où nous rentrerons.

Le vieux duc est mort, ses filles sont mortes ; Des créneaux dès lors plus nous n'entendrons Dans les fossés bas le pas des cohortes Et dans l'air meurtri l'appel des clairons.

Nous n'entendrons plus l'appel de jeunesse L'orchestre menteur qui nous enchantait Brise ses violons et puis se tait.

N'est-ce point votre Ame avec sa détresse

L'allée ennuyée et le château seul

Où l'ombre des murs à l'air d'un linceul ?

Madrigal

Pour Mademoiselle Rose B..».

Vos airs très doux et vos airs cruels Vous font la jeune Isis indécise Dont les yeux, d'Ophélie ou de Lise, N'en demeurent pas moins éternels.

Si vous restez au jardin charnel D'un méchant temps qui s'incivilise Rose incitant au péché mortel, Votre âme est bien d'une Cydalise.

Les bosquets des Versailles anciens Vous auraient vu conduire à vos guises Les marquis académiciens

Et mille diseurs de galantises. — Ah ! Veuillez au parc de vos vouloirs Guider la troupe de mes espoirs !

Mai 1892.

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